49b - Voyage Tours-Beyrouth

Tours – Beyrouth : voyage en voiture et caravane

En juillet 1967 , les projets de voyage de Claude et Nelly Josset sont le Moyen –Orient .
Lors d’un voyage précédent en Turquie , en Cappadoce , le Liban et Israël se sont révélés à portée de voiture et de caravane .
Le projet qui avait mûri au printemps 1967 concernait la côte sud de la Turquie , la Syrie , le Liban ….et Israël .
Hélas , au mois de juin , ces beaux projets se voient confrontés à la guerre éclair des 6 jours au Moyen-Orient.
La guerre des Six Jours est la guerre qui oppose, du 5 juin au 10 juin 1967, Israël à une coalition (la Ligue Arabe) formée par l’Égypte, la Jordanie, la Syrie et l’Irak, mais des troupes viennent aussi du Liban. L’Algérie envoie aussi des chars et des avions.
Le 3 juin, la déclaration de De Gaule irrite Israël : « L’État qui le premier emploierait les armes n’aurait pas l’approbation de la France ». Le refus français de s’associer à une déclaration sur la liberté de navigation dans le golfe d’Aqaba «consterne Israël » .
Cette guerre est déclenchée comme une attaque préventive d’Israël contre ses voisins arabes, à la suite du blocus du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Egypte le 23 mai 1967 ( pourtant les Israéliens avaient préalablement annoncé qu’ils considéreraient cet acte comme un casus belli).

Au soir de la première journée de guerre, la moitié de l’aviation arabe est détruite au sol . Et au soir du sixième jour, les armées égyptiennes, syriennes et jordaniennes sont défaites. Les chars de Tsahal ont bousculé leurs adversaires sur tous les fronts. En moins d’une semaine, l’état hébreu a triplé sa superficie : l’Egypte a perdu la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, la Syrie a été amputée du plateau de Golan et la Jordanie de la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
Plus symbolique encore de la défaite arabe est la prise de la Vieille Ville de Jérusalem. Annexée, la cité des 3 religions du Livre devient la capitale d’Israël - non reconnue par la plus grande partie de la communauté internationale.
A ce moment , vu de la France , le conflit semble stoppé , en particulier , la Syrie a été bloquée sur place , et le Liban non affecté directement .
Avec une certaine inconscience , nous maintenons notre projet de voyage jusqu’à Beyrouth .
Début Juillet , nous partons , comme d’habitude nous avons à traverser la France d’ouest en est sur des routes épouvantables , bombées , avec des nids de poule , aussi rêvons-nous des autoroutes italiennes.
Heureusement la caravane Pitt est très légère , avec une suspension à barre de torsion auto-amortie , la Ford « Consul 315 » n’a aucun mal à la tracter .
Le trajet est bizarre et tortueux : Tours , Vierzon , Bourges où nous passons la nuit au terrain de camping municipal , puis Nevers , Digoin , Charolles , Macon , Bourg , Aix les Bains , St jean de Maurienne , Modane , le col du Mont Cenis .
Séduits par le calme et le paysage nous campons sur une prairie du col du Mt Cenis , à 2000m , fatale erreur car dans la nuit un énorme orage se déclenche , les éclairs crépitant autour de la caravane en bois qui ne pouvait pas jouer le rôle de cage de Faraday , des rafales de vent nous auraient précipité dans le vide si la caravane n’ avait été solidement fixée à la voiture .
Grâce aux autoroutes Italiennes , le trajet Mt Cenis Venise , pouvait aisément se faire dans la journée , il faut dire que la vitesse de l’attelage sur autoroute avoisinait les 100 à l’ heure , vitesse largement suffisante pour doubler les camions à condition de surveiller dans les rétroviseurs qu’une Lamborghini ne surgisse pas à 250 kmh .
Nous avons un terrain de Camping à Mestre , depuis 1954 , idéal pour visiter Venise avec bus puis vaporetto , une bonne journée de repos après cette première étape .
Pour quelques temps , nous abandonnons les autoroutes , mais de Mestre à Trieste la route italienne est correcte .
Nous contournons Trieste et prenons la route de Lublijana en Yougoslavie , une route étroite , bombée , bordée d’arbres qui rappelle les anciennes routes nationales en France .
Nous nous arrêtons aux grottes de Postojna .
Les grottes sont accessibles par un train touristique électrique qui amène les touristes au cœur des grottes. Des guides accompagnent alors en plusieurs langues (Italiens, Slovènes, Allemands, Anglais et Français) les visiteurs pour une randonnée d’environ 1h30 à travers les galeries illuminées accessibles au public.
Nous continuons notre voyage vers Zagreb , nous ne nous arrêtons pas à Zagreb et nous nous engageons sur « l’autoroute Zagreb – Belgrade » .
Cette autoroute n’est en réalité qu’une route à deux voies non séparées , seuls certains carrefours sont sécurisés par des ponts . Cette autoroute a été construite par des chantiers de jeunesse dans les années 50 . Les courbes s’enchaînent sans fin ce qui réduit la visibilité et interdit de doubler les autres véhicules , la route a été construite sur un remblais qui domine les terrains avoisinants , ce qui rend impossible de quitter la route .
Nous arrivons à Belgrade que nous traversons de part en part pour atteindre le terrain de camping .
Le lendemain nous reprenons la route de Skopje que nous suivons jusqu’à Nis . La route est encombrée de grosses voitures américaines que les Turcs ramènent de Belgique .
Nous quittons le flot des voitures américaines pour prendre la route de Sofia , et là , à l’embranchement de la route , nous apercevons la tour des crânes .
Après la retraite de l’armée serbe,le Turc : Hurs¸id Ahmed Pas, qui commandait l’armée ottomane, fit élever une tour à Nis avec les crânes des soldats serbes tués au cours de la bataille, en signe d’avertissement pour tous les rebelles. Le crâne de Stevan Sinceliç fut placé au sommet de la tour. Les Serbes appelèrent cette tour “la Tour des crânes ».
(Stevan Sinceliç né en 1770 - mort le 19 mai 1809), était l’un des chefs de la première révolte serbe contre les Turcs.
Après cette macabre visite nous prenons la route de la Bulgarie , la Yougoslavie et la Bulgarie n’entretenant pas les meilleures relations , l’ état de la route se détériore à mesure que nous approchons de la frontière , et c’est un chemin dans la montagne qui nous amène au poste frontière .
Il faut absolument arriver avant minuit car le visa bulgare pris à la frontière impose une présence de deux jours en Bulgarie .
La ville de Belgrade n’est pas éloignée et nous allons droit au terrain de camping que nous avons pratiqué lors d’un voyage précédent .
Sur la route de la Turquie nous visitons la vieille ville de Plovdiv , avec ses maisons de bois .
Nous mangeons dans des restaurants ou les serveurs se sentent insultés si on les appelle .
Nous conduisons avec beaucoup de prudence en Bulgarie car , manifestement , les habitants ne sont pas habitués au trafic automobile .
A la frontière turque on se méfie des épizooties , les roues de la voiture et de la caravane sont désinfectées dans une fosse remplie d’ une solution antiseptique .
Edirne , la première ville turque nous émerveille par sa mosquée , la mosquée Selimiye. Elle est aux yeux de beaucoup de spécialistes le plus grand chef d’oeuvre de l’architecture ottomane.
Erigée sur une petite colline par le grand architecte Sinan, elle fut construite entre 1569 et 1575. Sinan a réalisé avec cette mosquée sa plus belle oeuvre. La taille de la coupole, qui coiffe l’édifice, dépasse légèrement la coupole de la très belle basilique Sainte-Sophie d’Istanbul (31,5m de diamètre). Elle est décorée de délicates peintures du XVIème siècle et percée de nombreuses fenêtres, ce qui apporte une grande luminosité à la salle de prière .
Les quatre minarets de 84 m de haut sont un modèle d’élégance.
En respectant les règles de bienséances nous pouvons visiter l’intérieur : le minbar (la chaire d’où l’imam prononce son sermon) en marbre blanc sculpté serait le plus beau de tout le pays ! La loge du sultan est quant à elle un florilège de céramiques d’Iznik.
Nous rencontrons notre premier montreur d’ ours .
Nous prenons la route d’ Istanbul , large , toute droite , où nous nous familiarisons avec la conduite inattendue des turcs Nous effectuons nos derniers cent kilomètres afin de rejoindre le camping « Ataköy Kamping » situé entre Yesilköy et Bakirköy. Nous sommes dans la banlieue d’ Istambul et nous sommes surpris de la qualité des installations .
Nous préfèrons prendre des taxis pour visiter Istambul
Notre première visite est celle du palais de TOPKAPI. Après avoir pénétré dans un premier jardin, nous prenons un billet pour la visite des salles du trésor puis du harem. Nous pouvons apercevoir d’ énormes pierres précieuses .
Ensuite nous pénétrons dans le palais. Nous imaginons l’atmosphère du palais et les fastes des sultans dont témoignent le luxe des décors : faïences, stucs, boiseries et vitraux, rehaussé par des collections d’une incroyable richesse.
Par les fenêtres du palais nous avons de merveilleux aperçus sur le Bosphore et la corne d’or.
Le Grand Bazar n’est pas très éloigné de Topkapi c’est un de nos lieux de visites préféré à Istanbul. Il s’étend sur plusieurs hectares de couloirs et d’allées bordées de boutiques. A elle seule, l’architecture vaut le détour. On y trouve en effet deux grands marchés couverts au toit en coupole, dont le premier fut construit entre 1455 et 1461, sous le règne de Mehmet II le Conquérant. Petit à petit, le marché s’est étendu dans les ruelles avoisinantes . Ces ruelles elles-mêmes ont été couvertes, puis le bazar a été ceinturé et percé de quatre portes correspondant aux types de marchands : bouquinistes, chapeliers, bijoutiers et tailleurs.
Nous aimons flâner , marchander , car les marchands sont agréable et non agressifs comme au Maroc ou en Tunisie .
Au milieu du bazar , un restaurant café permet une halte reposante .
L’honnêteté règne comme en témoigne ce commerçant qui finit par nous retrouver pour nous rapporter le passeport que Nelly avait perdu . Il est vrai que Nelly lui avait acheté un manteau en cuir retourné vert ……un peu hippie .
Une visite intéressante est celle de la Citerne-Basilique . Cette citerne byzantine, véritable
forêt de 336 colonnes de 8 mètres se reflétant dans l’eau tel un palais englouti, construite au 6 eme siècle est la plus grande réserve souterraine d’Istanbul alimentant Topkapi en eau jusqu’au 18 ème Siècle . Cette visite est recommandée en plein été .
En face de la citerne , c’est la merveille des merveilles , la mosquée bleue , nous quittons nos chaussures et les gardons à la main semelle contre semelle pour ne pas souiller la mosquée .
Je peux filmer sans m’attirer de regards hostiles de la part des fidèles
Le plan de la mosquée s’inspire de celui de la cathédrale de Justinien, édifiée près de mille ans plus tôt. Sa coupole, en particulier, tente de s’approcher des dimensions de celle de Sainte Sophie (23,5 m de diamètre, contre 31 m à Sainte Sophie. Cette coupole est soutenue par quatre piliers massifs dits en « pattes d’éléphants » et contrebutée par quatre demi-coupoles. 260 fenêtres inondent l’édifice de lumière. L’intérieur est décoré de 21 043 carreaux de faïence d’Iznik à dominante bleue, dont la mosquée tire son surnom.
Elle est le point de départ des caravanes de pèlerins vers la Mecque et reçoit le privilège de présenter six minarets, fait unique au monde : seule la Mecque en dispose de sept .
Nous ne pouvons quitter Istanbul sans visiter Sainte Sophie qui est considérée comme un musée .Les architectes se sont inspirés du Panthéon de Rome et de l’art chrétien primitif d’Occident. Ce style est aujourd’hui qualifié de « byzantin ». Ce style byzantin a inspiré, à son tour, des architectes arabes, vénitiens et ottomans. Le chantier, qui mobilise 10 000 ouvriers et 100 maîtres maçons de 532 à 537, a duré 5 ans 10 mois et 10 jours, une durée étonnamment courte à cette époque pour un ouvrage d’une telle ampleur. Si la structure est en brique, permettant ainsi d’alléger la coupole, elle est néanmoins puissante. L’empereur, qui assistait à la consécration de la basilique le 27 décembre 537, se serait écrié « Oh ! Salomon, je t’ai surpassé ! » et il fit placer, à proximité de celle-ci, une statue de Salomon admirant Sainte-Sophie.
Parfois nous utilisons un parking au bout du pont flottant de Galata: c’est Le quatrième pont construit en 1912 par une société allemande pour 350 000 livres d’or. Ce pont flottant fait 466 mètres de long pour 25 mètres de large.
Des petits restaurants ambulants proposent des brochettes et l’ attraction du lieu est un pélican .
En traversant le pont nous arrivons dans le quartier européen avec ses boites de danse du ventre et ses restaurants , mais comme nous ne sommes pas très riches mais nous nous contentons de fréquenter quelques gargotes .
Dans ce quartier les culs de jatte se sont donné rendez-vous pour mendier , assis dans des caisses à roulettes avec deux fers à repasser pour avancer .
Tous les repas commencent avec les fameux “Meze” et un verre de raki (boisson anisée): concombres au yaourt, tarama, maquereau mariné, aubergine farcies, et le borek (pâte feuilletée farcie de fromage ou de viande)
Les plats sont à base de viande grillées (brochettes Kebab) ou de poissons frais. en général accompagnés de boulgour, riz ou de salades tomates-concombres.
On finit le repas avec les célèbres patisseries tel que le Baklava (feuilleté au miel et aux pistaches) et un café turc qui vous sera servi sade (sans sucre), orta (moyennement sucré) ou sekerli (très sucré). On le boit à petites gorgées, après l’avoir laissé déposer.
Nous sommes fascinés par les bateaux à vapeur qui sillonnent le Bosphore en envoyant des fumées noires de charbon comme au début du siècle . Nous embarquons sur l’un deux qui remonte presque jusqu’à la Mer Noire . Le spectacle des palais , des châteaux et des villas sur les deux rives escarpées est captivant .
Au dessus de la Corne d’ Or nous visitons la Mosquée de Soliman , la plus importante mosquée d’ Istambul , construite en 1557 avec tout un ensemble de dépendances . elle renferme le tombeau de Soliman .

Mais la visite d’ Istanbul se termine et nous songeons à traverser le Bosphore sur l’ un des ferry qui le traversent et qui se font quelque fois harponner par les bateaux russes qui passent de la mer noire à la mer méditerranée .
Nous nous arrêtons à Bursa ( Brousse) pour visiter la mosquée verte et le mausolée vert
Ces monuments, qui sont le symbole de Bursa, sont appelés ainsi à cause des faïences vertes d’Iznik qui recouvrent leurs murs intérieurs. La mosquée Yesil Cami fut construite en 1419-1420 par le sultan Mehmet Ier Çelebi et l’intérieur fut décoré d’une mosaïque de carreaux de faïence émaillée verte ajoutés par son fils et successeur Murat II en 1424 après la mort de Mehmet Ier. La mosquée possède un superbe portail en marbre sculpté. De l’autre côté de la rue et au milieu d’un jardin se trouve le mausolée octogonal, le Yesil Türbe, qui se distingue par ses faïences bleu-vert (turquoises) qui recouvrent ses murs extérieurs. Une grande partie des faïences ont été remplacées par des faïences de Kütahya suite aux dégâts causés par le séisme de 1855.
Nous descendons le long de la mer de Marmara vers le S-O Le site de Troie nous paraît décevant seules quelques traces au sol, quelques pans de murailles rappellent la célèbre cité antique. La visite n’est pas simple malgré la bonne présentation et les panneaux didactiques des parcours.Mais la magie de l’Iliade et le magnétisme du site font le reste.
Les 9 niveaux du site ont subi des tremblements de terre , des incendies , des disparitions inexpliquées des population , des reconstructions successives : c’est la Troie 7 qui est la cité de Priam (Guerre de Troie v. - 1250),ensuite les occupations successives par les Eoliens , par les Perses , par Alexandre ,puis l’ occupation romaine par César. Schliemann en 1873, exhume un ensemble de bijoux en or, qu’il dissimule aux autorités turques et aux ouvriers, grâce à sa femme grecque Sophia, qui les passe pièce par pièce en les cachant sous son châle. Parallèlement, Schliemann découvre un grand nombre de vases, de pointes de lances et de boucles d’oreille aux niveaux de Troie II ou de Troie III (2200 av. J.-C ) voir la photo ci-dessus .
Nous reprenons la route du sud jusqu’à la cité de Pergame qui était le haut-lieu de la culture hellénistique, le centre d’un royaume qui possédait un rayonnement politique et culturel particulièrement important.
Le site archéologique offre de prestigieux monuments qui ont été fouillés depuis le siècle passé (1878) par des archéologues allemands. La population atteignait environ entre 150.000 et 200.000 d’habitants au 2ème siècle de notre ère.
Le site de Pergame très étendu , est découpée en quatre zones.
La ville Haute, l’Acropole,qui était la cité officielle, domaine de la famille royale ou résidaient les rois, les aristocrates civiles, militaires et une garnison.
L’ Asclépieion avec les sanctuaires d’Asclépios (le centre médical)
La ville basse comprise entre Asclépieion et le théâtre romain, où fut la ville romaine.
Et la ville Médiane, construite sur les flancs de la colline, entre Acropole et la ville basse.
Le site est grandiose et la vue s’étend jusqu’à la mer.
Nous nous arrêtons à Ismir ( Smyrne ) Où Bleuette Pion , notre amie nous a indiqué un ami , avocat Turc , qui a fait des études en France , et qui défend des accusés politiques de gauche en bute au pouvoir réactionnaire en place en Turquie . Nous retrouvons son bureau en ville et il nous invite chez lui le soir .
Sa maison est sur pilotis , au bord de la mer , parmi une rangée de maisons construites sur les rochers du rivage , nous assistons à un coucher de soleil somptueux sur la mer . Il est heureux d’avoir des nouvelles de Bleuette mais reste discret sur les difficultés de son engagement politique .
Après une nuit dans un camping de Smyrne , nous quittons la côte pour nous enfoncer dans la montagne et soudain , mauvaise surprise , un voyant rouge s’ allume sur le tableau de bord et la vapeur s’échappe du capot de la voiture . Le capot est couvert intérieurement d’ une boue rouge .
Une première tentative de dépannage grâce à un petit ruisseau d’ eau fraîche le long de la route , me permet de parcourir un kilomètre , et à nouveau voyant rouge et vaporisation .
La cause de la panne est évidente , les traces rouges partent de la pompe à eau , dès que la pression augmente l’eau sort par l’axe de la pompe , en supprimant le bouchon du radiateur il n’ y a plus de surpression , donc plus de fuite , nous roulerons jusqu’à Tours sans bouchon en remettant un peu d’eau de temps en temps .
Nous continuons dans la montagne jusqu’à Pamukkale : le château de coton
Près de l’antique station balnéaire d’Hiérapolis, non loin de la ville Denizli, dans la vallée supérieure de Méandre, la nature a créé un féerique ” Château de Coton”, en turc Pamukkale.
Ces terrasses ne sont apparues qu’à une époque relativement récente, elles sont formées de matières blanches provenant des eaux thermales.
Sur le site, l’ action de certaines sources thermales contenant de l’oxyde de calcium a provoqué des concrétions sur les structures rocheuses en travertin. L’effet est unique: du haut de degrés se succédant en terrasses, la chute de ces eaux chaudes riches en carbonate de calcium a dessiné de bizarres cascades pétrifiées, d’un blanc aveuglant, qui changent de couleur selon l’éclairage des rayons de soleil. Ces sources chaudes sont exploitées depuis les Romains pour leurs vertus thérapeutiques.
Un hôtel restaurant , avec une vaste piscine alimentée par les sources chaudes ,thermales nous permet de nous reposer et nous permet de passer la nuit . Un petit vieux , sorte de derviche, reste un quart d’ heure accroupi au fond de la piscine ,accroché à une colonne !!!,
Les ennuis de voiture ne sont pas terminés , en effet j’ai de plus en plus de mal à débrayer pour changer de vitesse , il faut pédaler plusieurs fois pour débrayer et les vitesses passent de plus en plus difficilement , c’ est un circuit hydraulique qui commande l’embrayage , et il n’y a plus de liquide dans le circuit ! je m’arrête à un garage , le mécanicien turc détecte une fuite sur le cylindre récepteur de l’ embrayage , c’est fichu , le voyage risque de s’ arrêter là .Avec un grand sourire le mécanicien prend un bidon d’ huile à moteur et avant que je proteste il remplit le réservoir du liquide de frein .
Miraculeusement , l’ embrayage marche à nouveau avec ce liquide beaucoup moins fluide que le liquide de frein et qui fait gonfler les joints.
Nous pouvons repartir et regagner la côte à Antalia .
Le théâtre romaine d’Aspendos est le plus important et le mieux conservé de toute l’Asie Mineure. Il a été construit au pied d’une colline au 2 ème siècle après J.C.
Le théâtre pouvait accueillir 15 000 spectateurs, il était dédié aux divinités nationales et à la famille impériale. Le théâtre est célèbre surtout pour ses galeries, sa scène ostentatrice et son acoustique qui reflète la réussite de l’architecte Zénon
La construction suit les principes de l’architecture romaine, à l’inverse d’un théâtre grec, il forme un ensemble fermé sur lui-même et coupé du paysage environnant. Un diazoma sépare, à mi-hauteur, les gradins qui sont surmontés à la partie supérieure d’ une galerie voûtée à colonnes.
Les gradins forment un peu plus d’un demi cercle de 95 m de diamètre. Le bâtiment de scène comprend une façade qui à l’origine était recouverte de marbre ayant la hauteur du théâtre et une estrade avec cinq portes d’accès. Cette façade intérieure était ornementé sur deux étages supportés par des colonnes interrompues au centre par des balcons. La scène était couverte par un auvent en bois.
On entre dans le théâtre par deux tunnels latéraux de 29 m long.
Nous passons la nuit à Antalya , dans un terrain au dessus de la plage , ou à la tombée de la nuit nous entendons des hurlement de fauve , une bonne nuit en perspective !
Le lendemain nous visitons la ville située en contrebas de la citadelle, qui a été restaurée , c’est le centre touristique de la ville, équipée de nombreux hôtels, de restaurants, de boutiques et d’un bazar.
Le Yivli Minare (minaret Cannelé): c’est l’emblème d’Antalya, pas loin du vieux port. Ce superbe minaret fut érigé en 1230 de briques rouges et de faïences bleues. A proximité, la mosquée Aladin fut construite au 13ème siècle par le sultan seldjoukide Keykubat 1er Aladin.
Dans la vieille ville (Kaleiçi): les rues étroites constituent le bazar avec de nombreuses maisons ottomanes du 18ème et 19ème siècles. On peut voir le curieux Minaret tronqué (Kesik Minare), ruine d’une église byzantine transformé en mosquée et détruite par un incendie.
La Porte d’Hadrien: en marbre a été érigée pour célébrer l’empereur romain, venu visiter en 130 après J.C., haute de 14 m, elle s’ouvrait dans le mur d’enceinte de la ville, flanquée de deux tours massives qui la constituent et sont réunies par 3 arcades finement décorés.
A partir d’ Antalya , nous ne quittons plus la mer Méditerranée , la côte est magnifique et la mer d’ un bleu profond jusqu’à Mersin , la base navale Turque qui est interdite de photographie , nous passons rapidement .
Après Iskendérum ( l’ancienne Alexandrette ) nous prenons la route d’ Antakya ( ancienne Antioche : nous sommes sur la route des croisés )
Nous approchons de la frontière Syrienne et la route dans la montagne se dégrade de plus en plus .
Nous sortons sans difficulté de la Turquie , mais une surprise nous attend : une centaine de véhicules sont arrêtés au poste frontière Syrien .
On ne passe pas disent les gens qui attendent vainement un visa .
Nous nous présentons au poste frontière avec nos passeports , et un sourire sympathique apparaît sur le visage du douanier , nous sommes Français et De Gaulle vient de rassurer le camp arabe après la guerre des 6 jours : « aucun fait accompli au Moyen- Orient ne saurait être tenu pour acquis »
Quelques formalités plus tard la barrière se soulève et nous passons en Syrie .
Notre fanion bleu blanc rouge nous ouvre la route , les barrages successifs avec des tanks placés en chicane s’écartent
pour nous laisser passer , l’ambiance militaire est pesante cependant nous nous arrêtons au Kracq des Chevaliers
Nous faisons un arrêt trop rapide pour ce magnifique château fort des croisés . A partir de 1110 les croisés occupent cette position restée stratégique depuis Ramsès 2 , les fortifications consistent en deux enceintes renforcées de tours , séparées par un fossé , la deuxième enceinte renfermant un donjon, une chapelle et différentes salles .
Saladin n’a pu s’en emparer , mais en 1271 le Sultan Baïbars fit le siège de la forteresse qui se rend .
Il faut peut-être accorder des circonstances atténuantes aux croisés , en territoire hostile et manquant de moyens , pour avoir construit les remparts en démantelant les monuments antiques qui leur servaient de carrière ; cependant c’est avec un pincement au cœur que nous voyons les tronçons de colonnes antiques en marbre inclues dans les murs du Krack .
Après cette visite rapide c’est avec beaucoup de soulagement de voir cesser la présence militaire que nous atteignons la frontière du Liban en slalomant entre les tanks .
Nous ne pourrons cependant pas réaliser notre rêve de visiter Palmyre , l’ antique cité de la reine Zénobie , en effet , au poste frontière on nous confirme que nous ne pourrons pas revenir en Syrie .
Côté Liban , tout est calme , paisible , les Libanais ne semblent pas concernés par la guerre , nous nous arrêtons sur la plage de Tripoli ( le Tripoli du Liban ) .
La route pour Beyrouth , le long de la mer , est agréable avec des marais salants en terrasses , alimentés par des petites éoliennes qui actionnent des pompes qui font remonter l’eau de mer de bassin en bassin .
Nous nous arrêtons à Byblos ou le camping de Amchit, fut le premier au Moyen-Orient , (il a été créé en 1965) . À l’origine de ce projet, Denise, une Française mariée à Malek Lahoud . Ennuyée de voir la salle de bains de sa maison envahie par les touristes et les étrangers, que son époux invitait à camper dans le terrain qui entourait leur maison au lieu de passer la nuit dans leur voiture, elle eut l’idée de créer un camping où elle pourrait les héberger. Elle percevait alors des prix symboliques pour couvrir les frais de son projet. Le camping de Amchit était même recommandé par les guides internationaux et les offices touristiques.
La frontière de Syrie étant fermée à la plupart des touristes , nous ne sommes que deux ou trois installations sur une terrasse qui domine la mer et le port .
La propriétaire du camping nous vend d’énormes pots de yaourt , ce qui constitue notre repas .
Nous visitons Beyrouth avec son front de mer , la corniche de la grotte aux pigeons , et l’avenue de Paris avec de grands immeubles et de magnifiques restaurants .
La ville ressemble aux villes méditerranéennes comme Marseille , Alger , ou Athènes , avec des rues à arcades et des jardins ombragés .
Mais ce qui nous surprend le plus c’ est l’usage courant du Français et la richesse de la vie culturelle : dans les journaux ( en français ) les spectacles annoncés sont les mêmes qu’ à Paris , de même les concerts et les films . Beyrouth est un morceau d’ Europe et cela il le paiera cher .
Notre première excursion est pour les cèdres du Liban , ce qu’il en reste , la route monte , monte en lacet , nous traversons des villages grecs , des villages maronites , avec toujours , au loin la mer bleue – violette , et après la Ville de Bécharré nous apercevons les premiers cèdres .
Ils sont sous la protection des prêtres Maronites , Ils peuvent atteindre 30m de haut avec des troncs de 12m de circonférence ,et peuvent avoir 1500 ans , ce sont les restes des vastes forêts qui ont été exploitées pour construire des navires , des temples , des statues.

Nous sommes impatients de découvrir la deuxième merveille du Liban : le temple de Baalbek à 85 km de Beyrouth .
Ce qui stupéfie le visiteur , ce sont les 6 colonnes du Temple de Jupiter Heliopolitain , de 20m de haut et de 2,20 de diamètre , tellement importantes que certains pensent qu’elles sont l’œuvre d’ extraterrestres.
A proximité le temple de Bacchus est bien conservé qui comporte un pronaos , une cella avec un portail monumental . Le monument a cependant endommagé par le tremblement de terre de 1759 .
A proximité du temple , dans une carrière , un bloc de pierre taillée de 21,5 m de long et 4,20 m par 4,80m et un poids de 2000 tonnes est la plus grosse pierre taillée du monde . Ce qui laisse perplexe sur les moyens des bâtisseurs romains .

Lors de nos excursions nous passons parfois à coté des camps palestiniens , entourés de barbelés ce qui montre la méfiance des Libanais vis à vis des Palestiniens .

Nous effectuons une visite de la côte sud jusqu’à Tyr à proximité de la frontière israélienne . On ne voit pas beaucoup de vestiges antiques car la côte a été submergée , le port actuel a été construit avec des matériaux antiques.
En remontant le long de la côte nous nous arrêtons à Saïda ( l’ancienne Sidon ) .

A l’entrée du port le Château de la mer est un souvenir des croisés qui le bâtirent en 1230 et y Restèrent jusqu’ en 1291 à la suite de la prise de Saint Jean d’Acre .

A 49 km au sud-est de Beyrouth , dans la montagne nous visitons le Palais de l’ Emir Béchir qui fut pendant trente ans (1788-1840 ) le souverain du Liban .
Son palais , du début du 19ème fut construit par des architectes italiens et des artistes damascènes , avec des arcades légères , des galeries superposées , des dômes et des colonnettes , dominés par des tours crénelées .
Du coté nord la grande cour est fermée par la Madafa où logeaient les hôtes de passage . Au fond de cette cour un escalier à double volée permet d’accéder aux pièces principales où habitaient les secrétaires de l’ émir .
Mais après toutes ces splendeurs , la traversée Beyrouth- Marseille dont nous avons obtenu les billets avec le reste de notre fortune doit mettre fin à notre séjour au Liban .
Nous nous préparons à l’embarquement sur un bateau turc à destination de Marseille .


La traversée était relativement bon marché car la compagnie vit du trafic de la drogue entre le Liban et l’ Italie , les deux bateaux : l’Akdeniz et le Karakdeniz seront été d’ailleurs arraisonnés en europe quelques années plus tard .
L ’embarquement de la voiture se passe bien , mais quand toutes les voitures ont été hissées sur le pont , la caravane reste toute seule sur le quai . Le départ est imminent, et je descends parlementer avec les dockers , ils refusent de fixer les élingues sur la caravane sans un bakchich , je n’ ai plus un sou et je me contente d’hurler sur le quai , de guerre lasse un docker passe deux cordes autour de la caravane et fait signe au grutier, la caravane est ronde et les cordes risquent à tout moment de glisser , mais ouf , elle arrive sur le pont !
Pendant la traversée nous sommes surpris du zèle des marins qui astiquent sans relâche un hublot , qui se révèle être le hublot des douches des femmes !
En passant à Naples des colis suspects sont jetés à l’eau , certainement des trafics inavouables .
Cependant la traversée de 3 jours se passe sans incident , mais à Marseille les douaniers bloquent la caravane , et je suis invité à rencontrer le Chef de la Douane . Celui-ci n’y va pas par 4 chemins , tous les chargements en provenance du Liban sont suspects car la drogue arrive de Beyrouth en grande quantité , il pense que ce serait dommage de démonter la caravane en pièces détachées pour y rechercher des caches , il préfère me faire raconter mon voyage et se faire une opinion sur nos motivations de voyageur .
Après un entretien d’un quart d’ heure ,rassuré il me donne congé et débloque la caravane .
Ainsi se termine ce voyage où nous avons été mêlés de façon inattendue à un épisode majeur de l’histoire du moyen-orient .