42 - Fernande Josset-Brossier et la débacle
La débâcle
En Juin 40 , les nouvelles deviennent alarmantes , les Allemands approchent , L’ oncle Maurice Robert , qui trop âgé a été mobilisé dans les territoriaux à Tours , conseille à sa femme Germaine de fuir au Sud de la Loire car l’ offensive allemande sera stoppée sur la Loire , mais il faut faire vite car tous les ponts sont minés et vont sauter dans les jours qui suivent , la tante Germaine a de la chance car un jeune homme de 18 ans , qui travaille chez les voisins Boulesteix va conduire sa voiture .
Germaine téléphone à ma mère de la rejoindre à Saint Christophe , mais qui va conduire la Peugeot 201 ? Maman qui a parfois pris le volant sur des petites routes pour parcourir un petit kilomètre décide de partir avec la voiture . Le chargement de le voiture est impressionnant , l’intérieur , la malle , sont remplis de vêtements , sur le toit et sur l’aile avant des matelas sont arrimés .
(moi , la 201 et tata Paulette )
Le départ a lieu avec ma grand’mère paternelle ( petite mère ) ma tante Paulette et moi-même , mais la voiture surchargée est difficile à conduire , dans le premier virage à l’ entrée du village du Sentier la voiture fait une embardée que ma mère réussit à maîtriser , mais la Grand mère et la tante ont poussé des cris , ma mère les prévient : elle n’admettra aucune réaction .. ;désormais ce sera le silence complet dans la voiture .. ; nous arrivons sans encombre à Saint Christophe .
Le lendemain c’ est le grand départ , il n’est pas question de passer par Tours encombré par l’ exode et par les militaires qui refluent vers le sud , nous passerons donc la Loire à Port Boulet , lorsque nous arrivons à proximité du pont, c’est la panique car les avions allemands bombardent en piqué les ponts suivants à Fontevraud ou Saumur , mais les militaires annoncent que le pont va sauter d’ une minute à l’ autre , il faut passer au plus vite , la traversée au milieu des charrettes , des véhicules militaires et des files de réfugiés est interminable , on a le temps de voir les avions allemands qui piquent sur Saumur , on apprendra plus tard que les cavaliers de Saumur ont opposé une défense héroïque face au tanks allemands . C’est l’ épisode des « Cadets de Saumur »
La route vers le Sud paraissait ouverte mais des gendarmes avaient reçu pour consigne de stopper tous les véhicules civils ,.Arrêtés à proximité du barrage nous nous concertons , le jeune conducteur de la voiture de la tante Germaine propose de foncer sur le barrage de Gendarmes il recommande à ma mère de le suivre de près , nous doublons la file de voitures arrêtées à toute allure , nous arrivons sur le barrage à fond …peut être à 70 km à l’ heure , les gendarmes se jettent en arrière et nous passons , nous nous étions baissés dans la voiture mais heureusement aucun coup de feu ne fut tiré .
La marche vers le Sud se poursuit , mais nous rejoignons la nationale 10 sur laquelle se concentrent des milliers de véhicules civils et militaires , cela ressemble aux bouchons de la fin du siècle.
La traversée d’ Angoulême est infernale , on avance mètre par mètre , ma mère expérimente le difficile exercice du démarrage en côte , un monsieur qui nous suit avec une magnifique voiture demande à ma mère de ne pas reculer pour épargner sa calandre , il se fait proprement envoyé sur les roses , mais au cinquantième démarrage en côte , ma mère devient une spécialiste de cette manœuvre difficile .

Nous approchons du but : une adresse fournie par les voisins de tante Germaine : les Boulesteix , à Cozes , auprès de Royan… la nous serons en sûreté , loin du front !!!
Hélas , les allemands devaient aller aussi vite vers Bordeaux .
Pour que les avions Français ne tombent pas dans les mains ennemies , ils sont sabotés au sol , nous allons voir ces centaines d’ avions éventrés , sur le terrain d’ aviation le plus proche .
Quelques jours plus tard , les Allemands étaient là , enfin…nous n’en avions vu aucun … surréaliste…c’ était cela la guerre éclair ,….maintenant il fallait remonter vers Tours .
Le retour , sans histoire , (il restait de l’ essence dans les garages !), ressemblait presque à un retour de vacances ;;;nous avons entraperçu quelques allemands dans leurs merveilleuses voitures qui leur avait permis de foncer si vite derrière les quelques tanks , incroyable avance sans occupation visible du terrain . D’ ou cette impression qu’ il ne s’ était rien passé avec des magasins encore pourvus de stocks de marchandises .
Seul le passage de la Loire posait problème car tous les ponts avaient sauté , le passage se faisait sur un bac sommairement aménagé , il fallait toute la dextérité de maman pour hisser la 201 sur le bac , mais bizarrement les allemands ne s’ opposaient pas au passage des civils .
L’arrivée au Boulay nous réservait une mauvaise surprise la maison avait été pillée mais pas vandalisée . Quelques objets précieux avaient été volés , comme la collection de timbres de papa , mais ce qui affecta le plus maman ce fut le vol de tous les vêtements et sous vêtement de papa , pillage allemand ou français ? on ne le sait pas .
La rapidité de réaction de maman fut efficace , nous nous rendîmes rapidement à Tours ou les magasins , curieusement regorgeaient encore de marchandises , et elle acheta une garde robe complète pour papa …..intuition géniale car quelques jours plus tard les magasins devaient se vider et rester vide pendant 4 ans et plus .
Au retour de captivité mon père fut habillé de neuf , exceptionnel dans cette période de pénurie .
