111- le Vélomoteur “Derny” de Claude

Vacances en Derny

Il faut se reporter au Chapitre « Derny » pour connaître ce « vélomoteur » qui m’ouvrait les routes de France . Donc , en 1952 , Nelly Rebière m’annonce qu’elle part en vacances avec ses parents …à Thonon les bains et Chamonix .
Pretextant de rejoindre en vacances mon ami Poiraud , je charge ma petite tente et mon matériel de camping sur mon vélomoteur Derny et je me lance sur ce périple de 600km : Tours , Bourges , Digouin , Charolles , Macon ,Nantua , Chamonix !
Dans le terrain de camping GCU (Groupement des Campeurs Universitaires) , au pied du glacier des Bossons , je rejoins les familles Rebière et Audas qui campent .
Mais , mentionner un sigle ne suffit pas pour éclairer …le lecteur .
Le GCU est le prolongement de la Mutuelle Accident Automobile des Instituteurs de France . Il a été créé en 1937 par quelques militants de la M.A.A.I.F, désireux de partager ensemble les joies du camping. Fondé dès son origine sur les principes d’autogestion, de tolérance et de laïcité, il regroupe principalement les sociétaires MAIF.
Pour un habitant des plaines , la présence permanente de sommets enneigés au dessus de nos têtes est une expérience inoubliable , surtout à la tombée de la nuit , lorsque la vallée est dans l’ombre et que les sommets enneigés brillent au soleil couchant .
Malheureusement , pratiquant le camping « Itinérant » , je ne pourrait plus fréquenter les Camping GCU avec leur système des volontaires pour l’accueil , l’entretien des toilettes , le ménage des installations ce qui supposait un séjour d’une semaine !!.
Pour nos voyages futurs nous fréquenterons un camping voisin très sympa : Camping des Bossons avec vue sur le dôme du  et le Pic du Midi .

A cette époque nous pouvions apercevoir les travaux du téléférique du mont Blanc Le premier tronçon, ouvert en 1954, qui mesure 2 553 mètres et possède trois pylônes de ligne de respectivement 70, 40 et 25 mètres de hauteur. Il relie le centre-ville de Chamonix-Mont-Blanc à 1 038 mètres au plan de l’Aiguille à 2 317 mètres d’altitude, soit une dénivelée totale de 1 279 mètres. Le trajet s’effectue en 8 à 10 minutes à la vitesse de 8 à 10 m/s dans une cabine pouvant accueillir 75 passagers (charge maximale de 5 040 kg). L’endroit constitue déjà un point de vue intéressant sur la vallée de l’Arve et offre plusieurs parcours de randonnées vers les aiguilles de Chamonix .
Mais revenons à 1954 , la grande attraction , c’est la mer de glace qu’on atteint par le petit train a crémaillère de Montenvers .
Un train à crémaillère est un type de remontée mécanique où des trains circulent sur une ligne de voie ferrée qui dispose en son centre d’un rail supplémentaire denté .Les locomotives utilisées sont équipées d’une ou plusieurs roues motrices dentées qui viennent s’engrener sur ce rail, permettant aux convois de conserver l’adhérence en pente et ainsi de gravir des déclivités importante .

Voyager , c’est découvrir le monde , et arriver devant la mer de glace c’est un choc ….et marcher dessus (imprudemment) c’en est un autre , cela vaut bien une photo !

Debout sur la glace sans chaussures à crampons …quelle imprudence !

Mais pour épater la galerie nous prétendons , moi et Poirault rentrer par le sentier de Planpraz .Mauvaise idée car mon copain a le « mal des montagnes » . (Le mal aigu des montagnes (MAM), ou maladie de Monge, est un syndrome de souffrance, lié à une montée trop rapide en haute altitude, à l’absence d’acclimatation et à une sensibilité personnelle plus ou moins importante. Ses symptômes sont des céphalées, des nausées et des vomissements, , des vertiges, des troubles de l’équilibre ).
Revenus dans la vallée les troubles s’arrêtent .

Une excursion inoubliable et inattendue , c’est la visite de l’église d’Assy . Ce qui a fait la notoriété internationale de Notre-Dame-de-Toute-Grâce est sa décoration, confiée par l’abbé Devémy aux plus grands maîtres de la première moitié du XXe siècle ; de ce fait, l’humble église de montagne s’est transformée en un véritable manifeste des mouvements artistiques de l’époque, marquant un renouveau de l’art sacré.
Par un jeu d’amitiés sincères, l’abbé contacte, grâce à son ami le père Couturier, les artistes les plus importants de l’époque, qui acceptent tous de collaborer au projet avec enthousiasme. Parmi ceux-ci, Georges Rouault, Pierre Bonnard, Fernand Léger, Jean Lurçat et son élève Paul Cosandier, Germaine Richier, Jean Bazaine, Henri Matisse, Georges Braque, Jacques Lipchitz, Marc Chagall, Jean Constant Demaison, Ladislas Kijno, Claude Mary, Carlo Sergio Signori, Théodore Strawinsky, etc., vinrent signer peintures, sculptures, tapisserie, vitraux, céramiques, mosaïques, pièces d’ameublement et objets de culte.
Les artistes ont été choisis pour leurs qualités artistiques et non pour leur engagement religieux, ce qui provoqua une vive polémique (la « querelle de l’art sacré »).

Quelle splenteur!!

( ne faisant pas de photos en couleur à cette époque , je prends une photo sur internet : photos by Pierre Marc ) .
Le retour vers la Touraine s’effectue en plusieurs étapes , le GCU possède un terrain de camping au bord du lac Léman à Thonon les Bains . Camp de Ripaille GCU .
Nous découvrons avec surprise le bruit des vagues du lac sur les galets du rivage du Thonon les Bains , rien à voir avec les vagues de l’océan , une fréquence plus grande …tous les 5 secondes …mais elles peuvent atteindre 1,70 m en cas de tempête !! et bien sur pas de marée perceptible à peine quelques cm !!!!..
Le gros plaisir c’est de se payer une petite croisière sur un bateau à aubes comme sur le Mississipi ( lecture Tom Sawyer ).



sans oublier le fameux jet d’eau de Genève et les délicieux  chocolats . A l’époque on avait tellement peur de la douane qu’on entamait toutes les boites de chocolats. Après cette étape et cette courte incursion en suisse , je disai adieu à la famille Rebière et en route vers le Boulay .
600 km avec un arrêt d’une nuit sous la tente montée dans le pré d’une ferme (avec l’accord du fermier) . Il faut dire que le Derny ne délivrait sa puissance optimale qu’à « haut régime » ce qui signifiait qu’en complément de la force musculaire du pilote , entre la première vitesse ( 15 km/heure) et la seconde (50 km/heure ) l’écart était tel que la force musculaire était indispensable !!Mais la mécanique(moteur Zurcher) était fragile , lubrifiée comme tous les moteurs deux temps par de l’huile diluée dans le carburant .
Sur la route de Royan , en Juillet 1953 , le moteur du derny se bloque dans un craquement lugubre … un garage rejoint en pédalant accepte d’ouvrir le carter , à l’intérieur le pignon a perdu quelques dents , après un coup de fil au constructeur on m’annonce l’envoi d’une pièce sous quinze jours , je décline cette solution et demande la fermeture du carter .

Ayant déclaré que je continuai sans moteur tous les mécaniciens du garage sortent dans la rue , stupéfaits ,  de me voir disparaître au loin à toute « vitesse » .

Heureusement la route présentait une succession de descentes et de côtes modérées et l’énergie accumulée dans les descentes , grâce à mon « développement » de 10 mètres me permettait de franchir la côte suivante .(développement : distance parcourue pour un tour de pédalier).
Arrivé dans le terrain de camping GCU du clapet , où nous regroupons les familles Josset , Rebière et ma cousine Annette je peux commander la fameuse roue dentée cause de la panne , chez le mécanicien local .
Le séjour au clapet sera marqué par une invitation chez les parents de Bélliard (Bébé) avec dégustation d’huitres de Marennes arrosées par du Pineau des Charentes (surprenant ) après visite des parcs à marée basse .

La visite du phare de la Coubre .
Haut de 64 mètres en surplomb de la baie de Bonne Anse , le phare de la Coubre éclaire et sécurise l’accès à l’estuaire de la Gironde par la grande passe de l’Ouest, en facilitant le contournement des secteurs du banc de la Coubre et du banc de la Mauvaise, sur lesquels gisent de nombreuses épaves.
De bien sinistre réputation, le banc de la Mauvaise, situé au large de la Côte Sauvage, est fortement déconseillé à la navigation de plaisance, du fait de la présence de hauts-fonds variables dépassant le zéro hydrographique et d’épaves, de déferlantes, de forts remous, et de courants contraires .En transit depuis l’estuaire vers le nord, il est préférable de contourner ces zones au large du Matelier Nord.
C’est le phare le plus élevé de la côte charentaise (300 marches)  .
Autre visite intéressante : le village de Talmont sur la Gironde :


La visite commence par la promenade des remparts dominant la Gironde et conduisant à l’église du XIIème siècle, joyau de l’Art Roman Saintongeais. Le cimetière marin qui la borde, fleuri de roses trémières , est empreint d’une poésie sauvage Après une halte sous le tilleul vénérable de la place de la Priauté  on suit le chemin de ronde de la falaise, vers le port, avec ses yoles  traditionnelles et les célèbres carrelets sur pilotis .
Au bout de quelques jours miracle , je reçoit la pièce du Derny et un mécanicien local la remonte avec succès . Le retour sera sans histoire .
Mais , la vraie mort du Derny sera la chasse au bruit qui se développe , ce n’est pas l’échappement du moteur qui est en cause mais la boite de vitesse et ses engrenages qui ne fonctionnent pas dans l’huile , d’où un sifflement dans les aigus insupportable pour les piétons , impossible de traverser une ville !!! .
Le Derny sera remplacé par ….une 4 Chevaux Renault offerte généreusement par Monsieur Rebière qui justifie son cadeau par l’économie du banquet de  mariage !!!.
En effet avec Nelly nous avons pris la décision de nous marier en Angleterre .
Cette décision règle le grave problème du mariage civil , le mariage anglais sera validé par le consulat français de Londres : procédure simplifiée ; pas de « prise de sang » !!! , pas de réunion de la famille ( problème des parents de  Corrèze !!) , cela règle le déséquilibre du nombre des invités entre les deux familles 10 Josset pour 70 Rebière !!
Je pars donc pour l’Angleterre , « terra incognita » avec pour seul bagage mon passeport et mon déplorable accent anglais et ma pauvreté de vocabulaire …mais , miracle j’arrive à Londres où je suis accueilli par Nelly et ses deux amis Peter et Betty Goddard .
( se reporter au chapitre Nelly en Angleterre )
Le pauvre vélomoteur Derny rouillera lamentablement dans la remise humide de la Riche et finira vendu (ou donné à un jeune désireux de le remettre en état ?) .
J’en fus réduit à assister , avec un pincement au cœur de la course du Bordeaux-Paris derrière Derny . Cette épreuve était unique en son genre, par sa longueur d’environ 600 km et par son déroulement. Elle commençait au nord de Bordeaux à 2h00 du matin et se terminait à Paris 14 heures plus tard. Pendant la seconde partie du parcours, le coureur se plaçait derrière un engin motorisé appelé derny, conduit par l’entraîneur, afin de réduire la résistance de l’air, ce qui lui permettait d’atteindre des vitesses de l’ordre de 50 à 60 km/h.