48c’-Maison Breuil de la Riche
Les années 50
Après la guerre , jusqu’en les années 60 , notre niveau de vie était …très…bas .
Nous eûmes la chance Nelly et moi d’emménager au 56 rue de la mairie à la Riche en 1954 , d’où une économie de loyer substantielle !! et une vraie maison au lieu d’une chambre en ville.
Dans la maison sans « tout à l’égout » la vie était spartiate l’eau coulait à l’unique robinet sur l’évier , je trouvai cela merveilleux car mon enfance se rappelait de la corvée d’eau épuisante à la pompe dans la cour de l’école du Boulay.
A la Riche il y avait donc le robinet de cuivre sur l’évier de la cuisine avec l’eau qui coulait dans l’évier puis dans le caniveau de la rue …qui s’ « écoulait » sauf quand la température descendait sous les moins 5 degré ce qui était courant dans les années cinquante ! Alors la rue qui n’avait aucune pente , se transformait en une immense patinoire .
La nappe phréatique se trouvait à un mètre cinquante au dessous de la surface du sol et nous pouvions suivre ses fluctuations dans la cave , au grand dam des étiquettes des bouteilles de vin qui quittaient leur support . Cependant la petite pompe à main dans le jardin marchait très bien , installée sur un simple tube enfoncé dans le jardin à 4 ou 5 mètres de profondeur .
Le « porche » qui traversait la maison de part en part était en perpétuel courant d’air , particulièrement en cas de vent du nord . Les pièces situées de chaque côté et au dessus étaient de vraies glacières en hiver .
De part et d’autre du porche il y avait deux logements symétriques : l’un d’eux pourvu d’une porte sur la rue bénéficiait également d’une cave cimentée !! ( une ancienne cuisine de charcutier ? ) l’autre , le nôtre , sans porte sur la rue , avec une petite cave sur terre battue .

C’est cette partie avec accès sur la rue qui était occupée par Mademoiselle Pellin , ancienne Directrice de l’Ecole de Filles de la Riche depuis le moment où elle avait été mise à la retraite d’office par le gouvernement « fantoche » de Vichy . Cette amie de la famille avait veillé aux études de Nelly et de son frère Marc .Sur le plan ci-après on voit que la maison de la Riche se situait à deux petits kilomètres de la place Jean-Jaures

A mon arrivée à EDF-GDF j’eu la bonne surprise de « bénéficier » d’une fourniture de coke à très bas prix , sous produit de l’usine à gaz ( la production de « gaz de ville » se faisait en chauffant dans des fours de la houille , une partie du carbone se combinant à l’oxygène pour donner de l’oxyde de carbone , CO , gaz combustible , mais toxique : autrefois on se suicidait au gaz !!! .
Mais la combustion du coke étant difficile , impossible de maintenir le feu pendant la nuit : il fallait rallumer le feu tous les matins dans une maison glacée .
Au fond de la cour , c’était la caverne d’Ali Baba ! , l’ancienne écurie à cheval du grand-père de Nelly , une remise-atelier et un premier étage rempli des meubles les plus divers …et d’objets parfois incongrus .
Monsieur Rebière eu la mauvaise idée de faire appel à la famille de brocanteurs auvergnats qui étaient installés dans la ville de Tours et la banlieue , la plupart avaient été aidés par le grand-père Breuil de Nelly , le premier à réussir dans la profession , ils firent le tri des objets valables et laissèrent tout le reste !!
A la naissance de Jean-Marc , la toilette dans une bassine nous apparu barbare , et le cousin de Nelly , Georges Rigal qui faisait son service militaire à la base aérienne de Parcay Meslay se fit fort de réaliser des travaux de plomberie pour installer une mini salle de bain dans la cuisine .
Il débarqua avec tout l’outillage de plombier …et quelques accessoires prélevés à la base pour mettre en place un chauffe-eau de 125 millithermies !!!, un lavabo une baignoire sabot , un rideau de douche , le tout enfermé derrière une mini-cloison en plastique ondulé , très joli avec l’éclairage de l’armoire de toilette .
Avec cette mini-salle de bain on entrait dans le confort de la deuxième moitié du vingtième siècle en France , vingt années après les anglais ! Mais l’eau de la douche se déversait dans le caniveau . Pour le « tout à l’égout » il fallait encore attendre .
En marchant dans la rue , en observant le caniveau , on pouvait identifier les maisons qui avaient une salle de bain , heureusement en très petit nombre .
Chacune des deux moitiés de la maison avaient un « cabinet » (WC) au fond du jardin , avec un simple trou dans la terre et une cabane en planche de notre côté , une fosse cimentée ….mais avec une étanchéité douteuse , du côté de mademoiselle Pellin ( pas
besoin de vider souvent la fosse !!! ).
Dans le cadre de la modernisation de ces installations « début du siècle » , j’équipai la fosse d’une cuvette à siège , dite de banlieue (ainsi nommée sur le catalogue de Manufrance de l’époque ) en l’absence d’eau courante un broc d’eau et une balayette complétèrent cette équipement commun pour les deux logements .
Pour compléter l’évacuation manquée des stocks de matériel inutile dans les remises du fond de la cour mon oncle vint avec son camion pour désencombrer quelque peu l’ensemble , sans grand effet visible !!
Il faut dire que le camion peugeot de 1945 n’était pas très « grand ! »

Mais mon grand plaisir fut de m’aménager petit à petit , un atelier de bricolage dans une partie de la remise , il restait une multitude d’outils du début du siècle , un étau , et des boites de clous , de boulons , de vis à bois , une mine d’or à une époque ou il n’y avait pas de magasins de bricolage en dehors de quelques quincailliers.
En 1961 , cette remise permit d’abriter notre première « caravane » Pitt .
Mais le grand confort ce fut l’installation de radiateurs électriques dans la maison , pour cela il fallu réaliser un branchement « 4 fils » sur le réseau 127-220 volts de la rue , un peu faiblard …. Si je branchai tous mes radiateurs électriques , l’éclairage public s’éteignait !!
La marche vers le progrès fit un grand pas le jour où le tout à l’égout fut enterré dans la rue , un vrai WC fut installé et suprême luxe une petite mais luxueuse salle de bain trouva sa place entre les chambres du premier étage .
La famille s’agrandissant , nous ouvrîmes une porte de communication au premier étage pour accéder au logement voisin de Mademoiselle Pellin qui pu nous céder une chambre .
La mère de Monsieur Rebière , veuve et presque aveugle était une charge trop importante pour sa femme , ébranlée psychiquement par la mort de son fils Marc , Nelly accepta courageusement de la prendre 6 mois d’hiver en charge à condition que le frère Gaston Rebière l’accueille les 6 mois d’été . Je fixait une barre le long de l’allée centrale du jardin qui lui permettait de marcher sans se perdre .
L’arrivée de la télévision que nous avions pu voir lors d’un voyage à Paris était un tel événement que nous mourrions d’envie d’accéder à ce « progrès » !
Sur la revue « haut parleur » que j’achetai souvent depuis mon service militaire dans les transmissions et les « Radar » ( j’en avais gardé quelques connaissances d’électronique ) je vis qu’un grossiste de Paris bradait des carcasses de postes de télévision : un tas stocké à l’abri , un tas stocké dehors aux intempéries , pour une somme très modique j’achetai un châssis stocké à l’abri .
Après avoir fabriqué un antenne râteau avec des tiges de cuivre , installée dans le grenier et l’orienter vers l’émetteur de Nantes !!! à 250 km à vol d’oiseau je réussi à capter une image tremblotante et fugitive de la chaîne unique en service à cette époque .
La construction d’un pylône de 200 m près de Nantes, permettait à partir du 7 avril 1960 d’amener la télévision à presque toute la Loire-Atlantique, à l’ouest du département de Maine-et-Loire et à la moitié nord de la Vendée. Il n’était pas question de rayonner jusqu à l’Indre et Loire , mais l’absence d’obstacles dans la vallée de la Loire faisait qu’on pouvait y capter un faible signal !
L’émetteur aurait normalement dû entrer en fonction fin 1958 ou début 1959, mais les crédits n’avaient pu être obtenus plus tôt, la télévision n’étant pas alors considérée comme une priorité par les divers gouvernements de l’époque.
Pendant plusieurs années suivant les caprices de l’ionosphère , nous avons pu capter quelques émissions , il fallait chaque fois accorder la réception avec une bobine couplée à l’antenne pour optimiser le signal . Le meilleur moment était le coucher du soleil !!
Sur le sujet de l’audiovisuel , je m’intéressai à la construction d’un « baffle » dans les années 70 on utilisait ce mot anglais remplacé ensuite par l’expression française enceintes acoustiques puis par enceinte tout court . Pour amplifier les fréquences basses on essaie d’absorber les ondes sonores émises par l’arrière des membranes du haut parleur pour qu’elles ne viennent pas interférer voire annuler les ondes sonores émises par l’avant , je finis par en faire construire un par un ébéniste que j’équipai d’un haut parleur de 40 cm de diamètres , et de deux « tweeters » pour les aigus ….le must pour écouter les microsillons de l’époque .
Pour en terminer avec mes velléités de bricolage audiovisuelles , l’arrivée des transistors et l’abandon des lampes diodes , triode , pentode …..fut la fin de mon intérêt pour l’électronique.
En utilisant la même filière de vente de matériel à Paris j’achetai un énorme téléviseur noir et blanc invendu de 70cm ! qui nous dura jusqu’à la télé en couleur .
Après la mort de notre chère voisine « Pimpin » je fis un plan pour agrandir le rez de chaussée de notre maison en déplaçant le porche à l’emplacement de son rez de chaussée (voir la description détaillée ) .
Un nouvel accès sur la véranda permit d’aménager une mini cuisine et de mettre en place une banquette d’angle autour d’une table en forme « de haricot » .
Une grande porte fenêtre s’ouvrit sur une terrasse surélevée avec un sol de dalles de pierres .
Sur la photo avec Yves on voit les deux vasques récupérée de la remise du grand père , la table et les chaises , cadeau du départ en retraite de monsieur Rebière , la nouvelle porte fenêtre donnant sur la terrasse, la vieille véranda fut fermée et se transforma en serre , un brise soleil vertical (lames blanches tournantes ) complétait l’aménagement .
La mauvaise idée fut de planter au bord de la terrasse dans un bac sans fond , une haie de cyprès qui se révéla être de véritables arbres …qui poussèrent vigoureusement et qu’on ne pu maitriser !!!

L’aménagement intérieur fut complété par une hotte de cheminée en pierre d’Evres et tôle noircie que j’avais dessiné en m’inspirant d’une revue de mobilier moderne , le must : voir photo (le panneau d’éclairage au plafond est de ma fabrication )

Enfin une chaudière à gaz murale permit de chauffer efficacement cette énorme maison mal isolée !
Pour que la télévision soit visible de tout les lieux de rassemblement de la famille ; table de cuisine , salon , coin salle à manger , j’eu l’idée de fixer un rail au plafond et de faire rouler sur ce rail la boite contenant le poste ! idée un peu folle mais qui amusa longtemps la famille et les visiteurs .
Plus tard à cette télévision extraordinaire on adjoignit un récepteur satellite anglais en installant une petite parabole sur le mur coté sud . Pendant que la France s’engluait dans des projets grandiose de Satellite ( le plus grand fiasco industriel de notre époque ! ) l’Angleterre possédait un nombre impressionnant de chaînes sur le Satellite Luxembourgeois Astra .
Les satellites ASTRA sont captables en Europe depuis la position orbitale de 19,2 degrés Est grâce à une antenne parabolique d’au moins 60 cm de diamètre .
Nous fûmes donc pratiquement les premiers à recevoir les programmes satellites de la BBC qui plus tard furent codés car devenus payants .
Enfin nous eûmes les satellites Télécom qui demandaient des paraboles plus grandes .
Ces paraboles , jusqu’à 3 ! s’allignèrent sur le mur du 2ème étage coté sud .
Lorsque j’aménageait notre premier camping car dans un fourgon J7 rallongé , la remise se révéla trop courte pour l’abriter , qu’à cela ne tienne , avec deux murs de parpaings , un toit de tuile et une porte coulissante , je réalisait une avancée pour rallonger le garage .
Dans l’ancienne écurie du cheval du grand père , je réalisait un studio isolé phonétiquement pour que mon fils , Yves , puisse jouer du piano à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit sans gêner les voisins .
Tous ces aménagements parfois un peu farfelus , montraient cependant quelques faiblesses :
- notre chambre du deuxième étage , accessible par l’escalier étroit et un long couloir se serait révélé dangereux en cas d’incendie , quand nous étions jeunes une corde roulée sous notre lit nous aurait permis d’évacuer par la fenêtre .
- pas de WC au rez de chaussée .
- une douche au second étage
- un escalier assez « raide » surtout pour le second .
- l’obligation d’ouvrir en grand la porte du porche pour garer la voiture tous les jours .
- la crainte de subir le bruit des voisins mitoyens des deux murs est et ouest !
Nelly était très attachée à sa maison natale , moi je délirai sur des projets d’aménagement de la maison de Saint Cyr devenue libre après le départ de monsieur Rebière en maison de retraite !!
Nelly me reprochera toujours de lui avoir imposé la solution Saint Cyr , pourtant il fait bon y vivre !
