94- “Croisière” dans les Cyclades 1993-2003
Une croisière dans les Cyclades ….le rêve ….cependant nous sommes méfiants car au départ du Pirée le bateau pour les Cyclades est relativement …petit !
Il faut dire que nous sommes ignorants des Dieux des vents Grecs ..nous les barbares gaulois !

Nous nous plongeons dans notre guide à la rubrique des vents : Eole est considéré comme le maître de tous les vents. Fils d’Hippotas marié à Cyané, fille de Lisparos, ils vécurent sur l’île d’Eolia et eurent 12 enfants : 6 filles
et 6 garçons. Eole les retient prisonniers sous une masse énorme de montagnes et de rochers dans les îles éoliennes ou
dans des outres ( en peau de bouc ).
S’il désobéit à Jupiter (Zeus) et libère les vents sans y avoir été convié, il déchaîne les désastres, les tempêtes et les
naufrages.
Dès les temps homériques, les Grecs ont distingué quatre vents principaux en plus d’Éole, les quatre Anémoi. Ce sont les
gouverneurs des quatre vents correspondant aux quatre points
cardinaux et qui ont chacun un caractère particulier rattaché à une saison :
- Boreas, vent du Nord, incarne le souffle froid de l’hiver,
- Zéphyrus, vent d’Ouest, incarne les brises légères du printemps,
- Notus, vent du Sud, incarne les tempêtes de pluie de la fin de l’été,
-Eurus, vent d’Est incarne les tempêtes de l’automne.
Nous choisissons Zéphyr qui doit nous amener à bon port (rassurez-vous il y a un moteur..assez poussif dans notre bateau)

Nous ne sommes pas très rassurés par la description de ces vents qui tourbillonnent entre les îles .
Il faut dire qu’à partir du Pirée il faut au moins 7 heures de bateau (si les vents sont favorables ) pour notre première ile : Mykonos …..mais les vagues sont dures en méditerranée …enfin au bout de la première heure , soulagement nous ne serons pas malades !
Dès notre approche de Mykonos nous apercevons les moulins , la ville toute blanche qui s’étale sur la colline …puis le traditionnel pélican sur le port .
Nous obtenons une chambre près du centre de la ville car tout le plaisir est de parcourir les « ruelles » et les quais du port …..en effet il y a deux buts de promenades incontournables : la recherche du pélican aux alentours du port et les moulins !!

La légende veut qu’un pêcheur mykoniote ait trébuché sur un pélican blessé. Il fut si ému par la douleur du pélican qu’il décida d’en prendre soin. Il le baptisa Petros (l’équivalent grec de Pierre). Une fois que Petros eut retrouvé ses forces, le pêcheur voulut le remettre en liberté. Mais celui-ci ne reprit jamais la route des airs pour retrouver son pays natal. Il adopta l’île et décida d’y élire domicile. C’était en 1954. Pendant trente ans, Petros vécut une longue et heureuse existence sur Mykonos, et devint peu à peu la célébrité de l’île.

À la mort de Petros en 1986, les Mykoniotes furent inconsolables. Jacqueline Kennedy, compatissant à leur tristesse, offrit un nouveau pélican aux habitants de l’île, baptisé Irène. Peu après, le zoo de Hambourg fit don d’un second pélican, nommé Petros comme son prédécesseur. Ces généreux cadeaux permirent de faire perdurer la tradition. Quelques années plus tard, on raconte qu’un autre pélican blessé fut trouvé sur l’île, que les habitants soignèrent et baptisèrent Nikolas.

Mais le plaisir extrême est de savourer au soleil couchant,une brochette d’agneau arrosée d’un ouzo bien frais devant la rangée de moulins à vent alignés au dessus du port .
Il faut dire , qu’au pays d’Eole , pays de marins , les ailes des moulins sont conçues comme des voiles , enroulées sur des vergues !
Ce système requière au minimum 8 perches ou vergues. Les quatre les plus éloignées du corps du moulin supportent la toile lorsqu’ elle est enroulée. Elles servent de bords d’attaque lorsque les ailes sont déployées.. Les 4 plus proches du moulin donnent le pas de l’hélice car l’extrémité triangulaire (bord de fuite) de la voile y est attachée.
Les 8 vergues sont maintenues entre elles par des câbles afin de tendre la voilure et d’augmenter la résistance de l’ensemble face au vent. De plus chaque vergue est aussi reliée à l’extrémité de l’arbre principal toujours pour en augmenter la résistance face au vent, car contrairement aux autres moulins, celles ci sont généralement fines.
Le vent en s’engouffrant, repousse l’arrière de la toile et donne le pas. De ce fait chaque vergue possède une toile. Elles peuvent varier de 8 à 12 contre 4 traditionnellement.
Suivant la force du vent on déplie plus ou moins la toile !!
Au détour d’une rue , tranchant sur la blancheur de la chaux … nous découvrons un Bougainvillier aux couleurs éclatantes :
Le premier spécimen de l’une de ces espèces a été découvert par le botaniste Philibert Commerson au Brésil lors de l’expédition autour du monde dirigée par l’explorateur français Louis Antoine de Bougainville en 1767 . Commerson rend alors hommage à Bougainville en nommant le genre Buginvillaea, orthographe par la suite rectifiée en Bougainvillea.
Ce sont des arbustes épineux grimpants aux vives couleurs qui contrairement aux apparences ne sont pas dues aux fleurs. Celles-ci sont petites et blanches, et ce sont les bractées de l’extrémité des rameaux qui les entourent qui offrent des coloris variés : rose, rouge, mauve, orange, jaune, blanc.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin , et , selon le programme que nous nous sommes fixé nous reprenons le bateau vers le sud , vers l’ile de Santorin .
Rien ne peut surpasser le choc ressenti le jour suivant quand le bateau s’approcha de l’immense falaise , vestige du cratère de Santorin .

A l’horizon , l’Ile de Santorin grandit , nous entrons dans l’immense rade …ou plutôt « cratère »dominé par des falaises vertigineuses ! Le premier étonnement est de voir les bateaux accrochés à des « corps flottants » : le cratère envahi par la mer est si profond : près de 400m ….que les bateaux ne peuvent jeter l’ancre !
Malgré l’érosion qui rabote les reliefs , la brutalité de l’explosion du volcan transparaît dans le découpage de la falaise de plus de 100 mètres qui domine le port par un a-pic vertigineux .
La falaise entre à peine dans le viseur de l’appareil photo : je colle deux photos l’une au dessous de l’autre pour rendre compte de cet immense a-pic .
C’est raté car il n’y a pas d’échelle de hauteur , pas de référence visuelle ….

On ressent la petitesse de l’homme devant ce soubresaut de la terre très rare heureusement depuis l’ère quaternaire !
Mais avant d’aborder sur cette ile extraordinaire , nous consultons les ouvrages scientifiques et historiques qui tentent de nous apporter des explications .
Thèra, l’île des Dieux était de forme circulaire avec un sommet qui culminait à plus de 1000 mètres d’altitude, visible loin en mer. A l’origine, il n’y avait qu’un volcan circulaire appelé Strongylé (la ronde).

En 1626 avant J.-C., l’explosion volcanique géante du Santorin était de classe VEI6, produisit 30 km3 de matière volcanique et forma une colonne plinienne qui s’éleva à 36 km d’altitude.


Elle provoqua ensuite un tsunami de plus de 100 m de haut sur la côte nord de la Crête, qui détruisit toute la prospère et brillante civilisation minoenne. En effet, la dendrochronologie (étude des anneaux de croissance des arbres) indique que l’année 1626 av. J.-C. fut nettement plus froide que la normale : la croissance des plantes fut ralentie en Europe et en Amérique du Nord. Ce froid inhabituel fut certainement provoqué par le nuage de cendres qui suivit ce cataclysme.
Selon les calculs des scientifiques, cendres et particules s’expulsèrent du Santorin à la vitesse du son. Elles formèrent une colonne qui se dressa sur 36 km avant de s’étaler en direction du sud-est, guidée par les vents dominants vers la Crète et l’Egypte.
L’effondrement progressif du cratère permit à l’eau de mer de s’engouffrer, provoquant plusieurs explosions violentes qui sculptèrent une caldeira béante de 8km de diamètre. Le tsunami qui s’ensuivit ravagea la côte Crêtoise et provoqua (peut-être) le retrait des eaux des marais côtiers qui laissa passer les hébreux en fuite , précédant la vague qui engloutit l’armée égyptienne !

Nous débarquons sur un quai minuscule , construit au pied de la falaise , un escalier de 588 marches nous amène dans la ville , nous sommes doublés par les mulets qui offrent aux touristes une montée moins fatigante mais peu confortable !

Il vaut mieux prendre son temps et admirer les harnachements colorés des mulets .
La ville est typique des autres villes des îles avec cette blancheur bleutée caractéristique des enduits à la chaux , mais dès que l’on se rapproche de la falaise « à brut » sur la mer intérieure c’est un véritable vertige qui nous étreint . C’est ainsi que nous rejoignons notre chambre juste en retrait d’une terrasse suspendue au dessus du vide .

Théra , ou Phira , le chef-lieu de l’île est une petite bourgade de 1500 habitants , aux ruelles très pittoresques coupées d’arcades et d’escaliers ménageant parfois des percées sur la rade et la mer (guide bleu 1983) .
Mais rien n’est plus beau qu’une coupole bleue coiffant une tour d’une blancheur éclatante avec en arrière plan la mer bleue sombre (à cause de l’abîme sansfond du cratère ….) .

Ceci accentue la sensation étrange de l’homme installé sur les sites les plus dangereux de la planète , bravant les soubresauts de la croûte terrestre
A partir de la ville nous avons le choix d’aller à l’extrème ouest de l’île pour admirer le coucher de soleil sur la mer Egée ou d’aller à l’ est pour découvrir les restes d’Akrotini ensevelie sous la cendre !!
Un taxi nous amène sur le site de la ville antique :
En 1967, l’archéologue Spyridon Marinatos a découvert une ville appartenant à la civilisation des Cyclades, avec une forte influence minoenne. En plein épanouissement, la ville a été enfouie par une éruption volcanique analogue à celle qui enfouit les villesd’Herculanum et de Pompéi. C’est ainsi qu’elle a été conservée pendant plus de 3500 ans. L’excellent état de conservation des bâtiments et de leurs magnifiques fresques permet d’avoir un aperçu de l’histoire sociale, économique et culturelle de l’âge du bronze dans la mer Égée.
Le site des fouilles est nommé d’après le nom moderne du village d’Akrotiri, situé au-dessus sur une colline.
Le chantier de fouilles d’Akrotiri (commencé en 1967) n’est pas sans rappeler Pompéi. Cette ville minoenne fut en grande partie détruite par une éruption volcanique et recouverte d’une épaisse couche de cendres (6 m) vers 1500 av JC. La gangue de pierre ponce imperméable a remarquablement protégé les ruines partiellement dégagées (seulement 10 000 m2 sur 200 000). Les habitants avaient eu le temps de déserter la ville avant la catastrophe car aucun squelette n’a été retrouvé et ils avaient eu le temps d’emporter leurs meubles.
On peut donc voir aujourd’hui la ville telle qu’elle était il y a 3500 ans : les maisons à 2 ou 3 étages avec leurs escaliers (certaines ont conservé l’encadrement de leur porte), les rues pavées avec des égouts, les magasins remplis de pithoï (jarres d’argile dont certaines contenaient des denrées fossilisées).
La chaleur fut si intense que les pierres furent calcinées.
Il est bon de rappeler les dates des évènements :
_ au deuxième millénaire avant JC des marins phéniciens s’installent sur l’île avec des liens étroits avec la Crête minoenne .
_ c’est en 1626 avant Jésus Christ que le volcan explose mais la population avait quitté l’ile .
_vers la fin du millénaire av JC , Théra reçoit des populations doriennes .
- en 236 av JC un séisme fracture la partie nord de l’île en formant Thérasia .- en 196 av JC surgit l’îlot Hiéra .
- en 46 après JC apparu Thia qui disparut ensuite .
- En 1570 le rivage sud de la grande île disparaît avec le port d’Eleusis .
- en 1573 surgit Mikra Kaîmeni
- en 1711 – 1712 surgit la nouvelle Kaîmeni
- en janvier 1866 commença une nouvelle éruption qui dura 2 ans
- de nouvelles éruptions se produisirent en 1925 – 1926 , puis en 1928
- en 1956 tremblement de terre .

Au cours de notre randonnée dans l’île nous traversons des vignobles :
Sur la route d’Akrotiri nous traversons un vignoble étonnant : ce vignoble est considéré comme l’un des plus vieux vignobles encore cultivé … Les vignes sont taillées en nid d’oiseau ou panier, appelé aussi la méthode “Koulara”, qui permet de protéger les raisins des vents forts et du soleil brûlant.
Après plusieurs années, les nutriments passent dans plusieurs mètres de vignes avant d’arriver aux raisins ce qui affecte fortement les rendements. Si éventuellement les rendements deviennent trop bas, le nid d’oiseau est coupé à sa base. Ceci est généralement fait lorsque le nid d’oiseau approche les 75 ans d’âge… Un nouveau sarment part ensuite d’un oeil dormant provenant de la base du cep et un nouveau nid d’oiseau se forme qu’il est possible de vendanger après 2-3 ans. Il est connu que ce processus a été fait quatre à cinq fois durant ces derniers siècles, donnant des ceps ayant plusieurs centaines d’années…

Nous arrivons sur le site de la ville du 16ème siècle avant Jésus Christ .
En 1867, une entreprise de bâtiment française exploitait la pierre ponce et la pouzzolane sur Santorin, pour la construction du canal de Suez. Ferdinand André Fouqué, le géologue de l’entreprise, trouva et enregistra des restes de murs et des tessons préhistoriques dans une vallée au-dessous d’Akrotiri, ainsi que sur la petite île voisine de Thirassía.
Trois ans plus tard, des archéologues français, puis en 1899, l’allemand Robert Zahn, firent des fouilles sur le même terrain. Une estimation temporelle n’était pas encore possible alors, faute d’information sur la civilisation des Cyclades .
La première partie de la ville trouvée : au premier plan le moulin nord.

L’archéologue grec Spyridon Marinatos né en 1901 est le premier à énoncer la thèse que les pierres ponces pourraient provenir d’une éruption du volcan de Santorin, et que la civilisation minoenne en Crète aurait pu être éradiquée par un tsunami provoqué par cette éruption. Il a vu dans cette catastrophe l’origine de la légende de l’Atlantide. Près de 30 ans plus tard, après la Seconde Guerre mondiale et la guerre civile grecque, Marinatos, qui était entre temps devenu professeur d’archéologie à l’université d’Athènes, a eu la possibilité de rechercher des preuves de sa thèse au moyen de fouilles systématiques. Le 25mai 1967, le premier coup de pioche fut donné sur le site actuel des fouilles.
Dès la première campagne de fouilles, les résultats furent spectaculaires. Marinatos et son équipe trouvèrent une ville de l’âge du bronze, qui se rapprochait de la civilisation minoenne
On a trouvé des peintures murales exposées au musée d’Athènes .

On a également trouvé des poteries remplies d’aliments fossilisés .
On trouve des pièces d’habitations ayant conservé des encadrements de portes ou de fenêtres , des constructions à étage , et des tronçons de rue pavée .






Nous quittons ce témoignage émouvant de cette civilisation des cyclades pour poursuivre notre visite de l’île qui se termine par une excursion sur l’îlot de Néa Kaïmeni qui est une île volcanique située dans le centre de la caldeira de Santorin. Elle constitue la partie active du volcan ayant donné naissance aux îles actuelles du complexe de Santorin.
L’île qui culmine à 150 mètres d’altitude est couronnée par un cratère. Sortie de la mer en 1707, elle a fusionné avec l’îlot de Mikri Kaméni entre 1866 et 1870.
Sa dernière éruption remonte au début de l’année 1950.
Enfin nous repartons de l’ile en bateau pour le Pirée les yeux pleins d’images sur fond bleu !
Nous passons au large du cap Sounion qui accueille toujours les marins qui arrivent à Athénes !!
Merci Neptune pour cette bonne traversée
Mais , comme notre croyance dans les Dieux de l’Olympe et les autres Dieux faiblit , nous nous tournons vers les scientifiques pour nous apporter des réponses sur les civilisations antiques , mais finalement on trouve une certaine cohérence dans ces diverses approches de l’antiquité religieuses et scientifiques !
FIN








