48 c- Claude au Lycée Descartes
L’internat du Lycée Descartes .

Pour Claude le passage de l’enseignement court à l’enseignement long n’était pas facile : ou bien faire du latin : tentative qui fut exclue avec les bombardements de Tours , alors que le professeur était trouvé , ou bien apprendre une deuxième langue , c’est cette deuxième solution qui fut adoptée : ma tante Germaine était amie avec un prof d’allemand du Lycée Descartes : Monsieur Gérin , qui habitait Saint Christophe sur le Nais , il pensa qu’il était impossible de me donner une teinture de langue Allemande en un mois , mais il pensa qu’une teinture d’Espagnol était possible avec l’aide de la méthode Assimil d’Espagnol , il réussit à me donner cette “teinture” d’Espagnol en 4 semaines !!!
Restait le problème du logement à 35 kilomètre de Tours !! Refusé à l’internat du Lycée Descartes en 1950 , et obligé de partager une chambre en ville , j’eu le « privilège » enfin d’être admis à l’internat du Lycée Descartes l’année suivante en 1951 pour mon année de première .
Dans la crise économique de l’après – guerre … les conditions matérielles de l’internat …étaient dures : pas de chauffage dans les dortoirs , des douches très « tièdes » !! impossible de se réchauffer pendant toute la matinée après la douche , des repas très frugaux ….heureusement nous ne laissions pratiquement rien à manger à midi aux demi-pensionnaires.

La fenêtre du dortoir à côté de mon lit était juste en face de la caserne des pompiers , aussi la nuit nous pouvions suivre minute par minute la préparation et le départ des camions échelles et pompes .
Mais, à part ces inconvénients, l’internat avait de nombreux avantages : en particulier pour les devoirs de maths : rien de plus stérile de sécher sur un problème … en étude du soir , après un quart d’heure de blocage , on pouvait faire le tour des internes de la classe pour recueillir une « piste » .. et terminer le devoir , le lendemain on considérait avec beaucoup de commisération les pauvres externes qui n’avaient pas eu accès aux dernières questions du problème .
Dans les autres matières , l’échange des idées était toujours profitable pour progresser ….un interne ne pouvait pas rester « sec » ou ne pas comprendre une explication ……et en cas de blocage , dans l’étude d’à côté il y avait ceux qui préparaient les grandes écoles : on était sûrs d’avoir la bonne explication …..ou d’apprendre que le prof était un vrai « con » !!.
Mais le gros avantage était le gain sur les transports , l’absence des petites corvées domestiques , l’abondance de documentation : il y avait toujours un camarade ayant acheté le manuel recommandé même s’il était cher !
Pour profiter vraiment de l’internat il fallait avoir les « clefs » des locaux : soit celles que l’on arrivait à soustraire à l’administration , soit des « passes » bricolés avec une bonne lime à la maison : mon trousseau était impressionnant … et aucune serrure me résistait . D’où la possibilité de me « planquer » en toute circonstance et d’explorer tous les recoins du lycée .
La tenue vestimentaire des externes du lycée , issus de la bourgeoisie tourangelle était impressionnante : Cravate , veste , pantalon , chaussures vernies , …les internes , eux en rajoutaient dans le laissez aller : blouses grises avec inscription dans le dos !! pas de cravate !! surtout pas , une corde comme ceinture et des savates éculées dans les pieds .. certains profs renvoyaient les internes .. se rhabiller lorsqu’on franchissait les limites de la décence ..par exemples des shorts trop courts qui ressemblaient plus à des caleçons .

Mais le « sport » le plus prisé des internes était la sortie en ville .. lorsqu’on avait épuisé les prétendues sorties pour le dentiste on avait la solution de la sortie par l’arrière dans la rue de la Préfecture . Le concierge qui gardait cette porte , en principe réservée aux profs , était installé derrière un guichet … en se baissant on pouvait passer sous le guichet et disparaître dans la rue sans se faire prendre , un vrai plaisir que de déboucher au bout de 50 mètres dans la superbe rue nationale et de gagner la place du Palais ( place Jean Jaures ) !!

La plupart des internes ne regagnaient leur famille que 2 à 3 fois dans le trimestre …dans la mesure où ils n’étaient pas collés . Impossible de faire lever une punition par le surveillant général ou le censeur … le seul recours était le proviseur .
Le Proviseur , maître après Dieu était tout en haut du bâtiment central , accessible par un escalier impressionnant genre château , après un passage chez la secrétaire qui transmettait la demande on était introduit dans un grande salle dont on ne voyait pas la fin , avec au loin le proviseur derrière son bureau d’acajou … « approche mon petit » … il fallait ensuite raconter l’histoire la plus attendrissante possible pour obtenir la précieuse autorisation qui était répercutée via la secrétaire et le censeur jusqu’au surveillant général .
On pourrait croire que les internes étaient en partie privés d’activités physique ….. et bien non ….la « pelote » avec une balle de tennis contre les murs était un sport intense pratiqué par plusieurs équipes contre les murs de la cour . Je n’ai jamais su si c’est en prévision de ce sport que l’intendant du Lycée avait équipé les fenêtres au sud de la cour de protection en grillages que l’on appelait les paillasses et qui provoquaient des amortis agrémentant les parties .
La propulsion des balles se faisait avec le poing fermé avec une force insoupçonnable ce qui entraînait une surface de jeu de 20 mètres de profondeur par 7 ou 8 m !! une surface énorme à couvrir pour 4 joueurs !
A ce jeu pratiqué surtout par les « taupins » , les autres internes étaient parfois associés , et j’eu la fierté d’y être autorisé (n’étant pourtant pas sportif .. du tout)
Un taupin ou taupine (il y avait quelques filles !!) est un ou une élève de classe préparatoire scientifique. Ces élèves préparent pendant deux, trois ou quatre ans les concours aux grandes écoles d’ingénieurs. La filière scientifique est ainsi dite taupe en argot scolaire : c’est la réunion des taupins.
Ce qui caractérisait l’ambiance de l’internat entre des internes de 8 ans en 11ème (parfois) et des taupins ou des cyrards de 18 à 20 ans , c’était une grande solidarité . …et une grande gentillesse , les conflits étaient réservés aux relations avec les externes !
Les « petits » internes étaient des fils d’expatriés , de coloniaux , de militaires …qui souvent ne quittaient jamais l’internat pour les petites vacances..même pour Noël .
L’événement attendu dans la vie des internes était la foire de Tours !
A l’époque la foire était installée au coeur de la ville à 100 mètres du Lycée .
Donc , après Pâques nous attendions « la Grande Semaine » .. la Foire de Tours .
Sur la place Jean-Jaures , devant l’Hotel de Ville , étaient exposées les
machines agricoles , cette exposition se prolongeait sur le boulevard Heurteloup
Enfin le long de l’Avenue de Grammont , s’alignaient les stands de dégustation !!
Rien ni personne ne pouvait empêcher les internes de faire un tour de foire .
A l’époque un jeune de 15 ans pouvait déguster des vins et des alcools gratuitement aux différents stands spécialisés …bonjour les dégâts .. ceux qui se laissaient aller à trop de dégustations revenaient au Lycée entre deux copains , ivres morts , les pieds « à la retourne » traînant dans la poussière , curieusement , ces retours se faisaient discrètement , les pions eux-mêmes concernés par les dégustations avaient tendance à fermer les yeux .
Parmi mes sorties en ville , le samedi , je ne manquai pas de jeter un coup d’œil au marché aux grains qui se tenait dans la magnifique Brasserie de l’Univers place du Palais .

Cette brasserie possède une magnifique verrière construite en 1896 par le maître verrier Lux Fournier , pour l’admirer il fallait se frayer un chemin parmi la foule des négociants …J’achète , je vends , comme à la Bourse , c’est là que mon oncle Maurice Robert vendait ses tonnes de Blé stockées au premier étage de sa « Remise » , à Saint Christophe sur le Nais , attendant samedi après Samedi le meilleur cours pour vendre !
Mon meilleur souvenir du Lycée de Tours ce fut les cours de Physique de première moderne .
L’avantage de l’enseignement court que j’avais suivi au Cours Complémentaire de Chateaurenault , était que nous avions bénéficié , pendant trois ans d’un programme de Physique et de Chimie assez « poussé » .
En seconde nous étions donc 2 anciens de C.C. à assister au cours de Physique dispensés par un Prof de Math Monsieur Martin très pédagogue mais assez ignorant des démonstrations d’expériences de Physique .
Imperturbablement les garçons de Laboratoire du Lycée mettaient un place un important matériel de Laboratoire sur l’immense « paillasse » de l’amphi .
Devant la perplexité du prof plus matheux que physicien nous proposâmes , mon copain Michel Gauthier , issu du Cours Complémentaire et moi , de réaliser les expériences préparées sur la paillasse , et , toute l’année nous réalisâmes les expériences …avec succès ..qui illustrèrent le cours de physique …..quel fabuleux matériel possédait le Lycée depuis sa création par Napoléon !!! un vrai musée .

Anecdote : pendant mes deux années de Prof à Paul Louis Courrier …nous fûmes collègues ..avec cet ancien prof du Lycée !
Parmi les profs les plus pittoresques que j’ai eu au Lycée :


Un prof de français qui envoie au tapis un élève par une prise de Judo , un prof de math qui raconte sa tentative pour passer l’agreg : première question : y sèche disent les élèves , deuxième question y sèche ..etc ..etc.. , le prof de Gym en costard , le prof d’ anglais inaudible , le prof d’espagnol qui dialogue avec un seul élève , un prof de Philo qui ne peut pas relire les annotations écrites par sa femme et qui nous raconte ses expériences
avec son bébé comparé au chimpanzé (test de la banane) , un prof d’histoire qui confond ses fiches et qui répète inlassablement les mêmes astuces , et un prof de sciences naturelles qui nous annonce : mes pauvres enfants , vous allez être int
errogés au Bac par mon pire ennemi à Poitiers , enfin un prof de Géographie qui avait omis de traiter les Etats Unis et l’URSS au programme : résultat je fus collé à l’oral du Bac sur la question des Grands Lacs aux Etats Unis .
En résumé , les trois années passées au Lycée Descartes à Tours furent des années inoubliables , malgré le passage du bac de Sciences Ex en Septembre…la honte .!
Note : des illustrations sont extraites du livre de Michel Laurencin : « le Lycée Descartes : Histoire d’un établissement d’enseignement à Tours (1807- 2007)
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