Hommage à Claude
L’auteur de ce blog, Claude Josset est décédé le 19 Novembre 2016. Merci à tous ceux qui étaient présents lors de la cérémonie de son enterrement : la famille, les amis et les camarades de la CGT.
Voici le texte lu ce jour là :
Claude aurait été plus à l’aise que moi dans cet exercice : les discours c’était sa spécialité !
Il y a quelques années, il avait commencé un journal de la famille… Il a toujours eu la plume facile, alors c’est plusieurs centaines de pages que chaque Noël j’imprimais et je reliais avec l’aide de Jennifer, l’informaticienne officielle de la famille. On était déjà au tome 3 de ce qui ressemblait de plus en plus à l’encyclopédie d’Alembert et de Diderot.
Dans toutes ces pages, on retrouve des informations généalogiques, des photos et l’histoire de Claude, de Nelly et de toute la famille, mais aussi des récits de voyages, des descriptions d’inventions qui ont marqué le monde et les temps qu’il a traversé.
Il y a tellement de choses à dire et à raconter sur Claude…
Et c’est si difficile de séparer son histoire de celle de Nelly, de ses amis, de ses collègues et de sa famille, c’est sans doute ça une vie.
Ce n’est donc pas toute sa vie que je vais évoquer ici, certainement pas une biographie ordonnée. Vous avez tous des souvenirs de lui, certains que je partage sans doute, d’autres qui me sont inconnus, mais laissez-moi juste en rappeler maintenant quelques-uns que nous évoquions ces derniers jours avec mon frère et ma sœur.
Claude est né en 1932 ses parents sont instituteurs : Fernande et René Josset.
On se rappelle de ce qu’il disait de son enfance pendant la guerre, les prisonniers français retenus dans l’école communale, et les soldats allemands, les abeilles du voisin juif qui dont il s’occupait pendant son absence, et les blagues qu’il faisait à ses profs (la patte de lapin accrochée au dos d’une prof par exemple…). Celles-là il nous les racontait quand, devenus parents à notre tour, on se plaignait de nos enfants dissipés à l’école. Et aussi la première grève menée contre la cantine de l’école et les négociations avec le conseil municipal.
Je sais qu’il a ensuite fait des études de science à partir de 50, d’abord à Poitiers pour obtenir sa licence en 55. À la rentrée d’octobre 1956 il est nommé Professeur adjoint à Loches, puis à Châtellerault , puis demande un congé pour entrer à EDF
Il a toujours été d’une grande curiosité scientifique : il adorait Jules Vernes, cette confiance et ce rêve d’un monde meilleur grâce au progrès. C’était un enfant de la belle époque, de la célébration de l’exposition universelle de Paris, la remise à flot du paquebot Normandie qu’il a vu en 1939… Cette curiosité, il l’a toujours eu jusqu’à écrire un long article sur sa maladie et ses traitements qui aurait sa place dans une revue médicale.
Il fait donc un stage de quelques mois au CEA avant d’entrer à EDF en 1956…
Il y sera successivement Ingénieur Travaux puis Chef du Département études et Travaux au Centre de Distribution Mixte de Tours.
En 1982 il est élu membre de la commission exécutive de la Fédération de l’Éclairage CGT à Pantin . Il siège également dans des organismes statutaires d’EDF-GDF au niveau du Centre, de la Région et du National : en particulier au Conseil Supérieur Consultatif des C M P (Comité Mixte à la Production) à Paris. Claude est détaché complètement auprès de la Fédération de l’Énergie CGT depuis 1983 jusqu’à son départ en retraite en 1989. Après sa retraite, il continuera à effectuer des missions d’expertises pour les comités mixtes EDF - GDF au sein de l’I.E.D.
Il faut revenir en arrière, en été 49 pour parler de la rencontre de Claude avec Nelly, et raconter comment ils se sont mariés en Angleterre en 1954. Nelly était à ce moment assistante en Angleterre à Southall et Claude l’avait rejointe en juillet.
Ils ont eu pour témoins les colocs de Nelly : Peter et Betty, qui sont resté des amis proches. Claude nous avouait qu’il n’avait pas vraiment compris ce qu’on lui avait fait réciter pendant la cérémonie et ça nous faisait toujours rire quand Nelly ou lui nous racontaient cet épisode.
En rentrant en France, ils avaient eu leur première voiture.
Il y a quelques constantes dans les récits du journal de Claude, les voitures en sont la principale : de sa première voiture à pédale jusqu’aux explications sur les moteurs hybrides de la Toyota Prius. On pourrait passer la journée à les rappeler : La voiture de mon grand père dont les freins lâchent en pleine descente d’un col dans les alpes, des courses poursuites, la première voiture offerte au retour d’Angleterre, la Ford Taunus, le J7 puis le J5 aménagés en camping car… Yves parlerait sans doute mieux que moi de ce thème-là, mais il est au piano, il ne peut pas tout faire.
En tout cas, Claude était un sacré conducteur, et quand on partait en voiture dans des pays lointains, il lui arrivait de rouler des journées entières pour relier la Yougoslavie à la Grèce, traverser la Turquie, les Etats Américains ou rallier Leningrad depuis la Finlande. Conduire à gauche en Angleterre, klaxon bloqué en Italie, ou sur les trottoirs en Turquie ne lui posait aucun problème. Et, jusqu’à ce qu’Yves puis Mylène soit en âge de le relayer au volant, il aura été le seul conducteur de nos raids d’étés.
Il avait aussi une énergie, une force, un sens de l’organisation qu’il a mis au service de ses engagements professionnels et personnels et aussi de nos projets à nous, petits ou grands. Yves encore une fois parlerait mieux que moi de ces années d’organisation du festival du piano en creuse, du duo magnifique qu’il formait avec Claude, avec les grandes sculptures qu’il réalisait à chaque fois pour promouvoir le festival. Des pianos suspendus comme des mobiles de Calder, ou fiché en haut d’un poteau, aimablement installé par des collègues d’EDF. Imaginez aussi un piano embarqué sur une remorque tractée derrière la voiture et les manœuvres délicates en de Claude en plein marché de Guéret pendant que derrière, Yves jouait avec sa concentration habituelle.
J’ai parlé des sculptures que Claude fabriquait en bois et en métal soudé à l’arc… Claude était aussi un roi du bricolage, électricité, murs, toitures, portes et fenêtres… Rien ne lui faisait peur, et nous avons tous été à un moment ou un autre ses apprentis : Yves, Mylène, et surtout Catherine avec qui il faisait un duo redoutable et reconnu pour la pose du carrelage…
Avant de poursuivre, il est temps de présenter les 3 superbes enfants qui ont fait sa joie toute sa vie. Dans l’ordre d’arrivée : Jean-Marc né en 1961, Yves en 63 et Mylène surnommée « l’adorable petite sœur » en 66.
En parlant de ses voitures, j’ai déjà évoqué les nombreux voyages. Il faut dire qu’on était les enfants d’un couple d’aventuriers, je me souviens d’avoir rêvé de ces voyages avant, enfin, d’en faire partie quand il m’ont emmené en Grèce à l’âge de 10 ans, et Puis Yves, et puis Mylène, et cette tradition s’est poursuivie avec leurs petits enfants.
Ces voyages, c’était une initiation, c’était des aventures : ensablés au milieu du désert, slalomant entre les rochers d’une avalanche au bord d’un ravin en Yougoslavie, descendant tout freins serrés un chemin vertigineux en Norvège…. Et Claude disait d’une voix grave « cette fois-ci les enfants, je ne sais pas si on va s’en sortir… » Et Nelly promettait un cierge à Saint Martin, protecteur mythique de la famille… Blottis sur la banquette arrière, on frissonnait de peur sans trop y croire quand même. Quand on a ces parents là, il ne peut rien arriver de grave !
Il faut aussi parler des Picassos de Claude, ces reproductions qui ornent tout les murs de la famille et font l’admiration des visiteurs… Aussi loin que remontent mes souvenirs, il y a toujours eu des Picassos autour de nous. De la Sylvette de l’escalier de la maison de La riche, aux danseurs de la « joie de vivre » qu’on peut contempler au petit déjeuner à Saint Cyr. En passant par les petits faunes, le gigantesque Ulysse et les sirènes de la maison de Préfailles, les pigeons, et tous les autres. Claude adorait Picasso, chaque tableau était une occasion de recherche, la matière, les enduits utilisés, les couleurs… Il confrontait les reproductions, revoyait les originaux chaque fois qu’il en avait l’occasion, et s’appropriait tellement les œuvres qu’il faisait de ses copies ses propres originaux. Et on riait entre nous en avouant que parfois, en revoyant un original lors d’une exposition, on ne pouvait s’empêcher de le comparer avec critique à l’œuvre pour nous réelle qui faisait partie de notre vie quotidienne. Ce Pablo est certes drôlement doué, mais, pour nous, il lui manquera toujours un petit quelque chose pour atteindre le niveau des œuvres de Claude.
Voilà, j’arrêterai là ces évocations bien pâles en regard de sa vie. Que tous ceux qui sont présents me pardonnent d’avoir surtout évoqué le Claude de mes souvenirs, je sais bien qu’il était beaucoup plus que cela pour chacun d’entre vous : un parent, un ami, un camarade, un frère.
On ne choisit pas sa mort, mais en partant Claude nous a fait un dernier cadeau, celui d’une fin paisible entouré de sa famille et s’il nous manque si fort aujourd’hui, notre douleur en est quand même apaisée.