105-Voyage au cap nord en juin 1996

Le Cap Nord .

Pas facile de prévoir un voyage dans les pays Scandinaves lorsque vacances égalent  soleil , farniente , baignade , batteries rechargées pour l’hiver .
Cependant d’autres arguments se disputent le choix : soleil de minuit , rennes , cercle polaire , cap nord .
Deux fois nous avons été frustrés : en 1964 avec nos amis Redor ….mais à l’époque il n’y avait pas de routes mais des pistes caillouteuses , trop heureux d’avoir atteint Trondeim et d’avoir grimpé avec la caravane Pitt une côte de 25% !!! ;
Deuxième voyage en 1979 avec une traversée Norvège , Suède , Finlande , URSS en Camping-car J7 mais sans dépasser le 62 ème parallèle de latitude nord !!
Cette fois nous sommes décidés à foncer vers le nord pour atteindre le Cap Nord pour le solstice d’été …le 27 juin 1996 .
Notre J5 Peugeot (4 roues motrices !!! ) se met à faire des bruits inquiétants dans la traversée de la Hollande …puis cela se confirme notre tranmission 4X4 est entrain de nous « lâcher » . Nous atteignons la ville de Brême , et comme nous ne savons pas parler allemands …c’est un marocain qui nous amène au garage Peugeot et qui nous sert de traducteur !!
Le verdict est terrible , la transmission « américaine » est fichue ……nous sommes définitivement immobilisés ….

Cet incident a un avantage : nous visitons la magnifique ville de Brême : nous « tombons » aussitôt sur la pyramide d’animaux …symbole de la ville …    Dans un village situé non loin de Brême, un meunier vit avec son âne. Ce dernier prenant de l’âge, son maître décide de le tuer pour récupérer sa peau. Mais dans la nuit, sentant les ennuis venir, l’âne s’enfuit. Il décide de se rendre à Brême pour devenir musicien.

En chemin, l’âne rencontre un chien devenu trop âgé pour la chasse dont son maître voulait se débarrasser. Il propose alors au chien d’aller avec lui à Brême pour s’engager dans l’orchestre municipal. En chemin, l’âne et le chien rencontrent un chat et un coq dans la même situation qu’eux et leur proposent de les suivre sur la route de Brême. Un soir, les quatre animaux découvrent une maison habitée par des voleurs. Bien décidés à prendre leur place, ils se débarrassent des voleurs grâce à un plan : l’âne se met devant la fenêtre de la maison, le chien monte sur l’âne, le chat sur le chien et le coq sur le chat ; quand ils sont ainsi installés, ils bondissent par la fenêtre et les voleurs s’enfuient. Après la disparition des voleurs, ils décident de s’installer dans la maison.

Nous finissons par comprendre comment se déplacer à pieds en respectant les règles : les pistes cyclables , les espaces pour vélos , les rails de tramway ….tout le monde est canalisé !! Nous parcourons le quartier ancien avec le magnifique hotel de ville , la cathédrale Saint Pierre , les ruelles étroites avec des enseignes extraordinaires .

Après un repas à l’hotel …où nous sommes incapable de comprendre le menu…en allemand …nous passons une nuit ..anxieux …du résultat de l’examen de notre J5 .

Le verdict est sans appel : la transmission arrière est fichue !! je suggère que pourrions continuer avec la transmission traction avant ….les mécaniciens sont « dubitatifs » …. Cela ne coûte rien d’essayer ….et ça marche !!! à la surprise de tout le garage .La note est raisonnable , mais les allemands refusent chèques , carte bleue , carte Américan Express à l(époque ils se promènent tous avec des liasses de Deutchmark ) il faut donc appeler la MAIF (IMA) pour faire régler la réparation . là , miracle…le J5 délesté de sa transmission arrière va plus vite , fait moins de bruit et consomme moins .
Il faut faire vite , pour ne pas « louper » le solstice d’été !
L’Allemagne est « avalée » pour atteindre  Puttgarden et une courte traversée pour Redbyhaven une île du Danemark  , ensuite d’île en île on atteint Kopenhague où nous « souflons » dans un camping urbain .
Nous faisons une petite visite d’une demi journée à Kopenhague .
Nous visitons une exposition fabuleuse de Tableaux de « maîtres » associés à des mannequins (femmes) habillées de robes fastueuses : le résultat est remarquable :

Il ne nous reste plus qu’à faire une petite traversée Helsingor-Helingbord  pour la Suède (voir la carte car le trajet est très compliqué)


Pour rattraper le temps perdu nous roulons ensuite sans arrêt vers le nord …nous verrons Oslo au retour !!
Nous Campons à Lillehammer  où l’on célèbre encore les Jeux Olympiques d’hiver de 1994 !! un coup d’œil sur le tremplin et nous reprenons la route du Nord .
Il fait de plus en plus froid , et arrivés à Trondheim nous tentons de nous renseigner sur « l’express côtier » , malgré les efforts linguistiques de Nelly dans les agences nous ne pouvons avoir aucun renseignement.
Nous reprenons la route vers le Nord et bientôt nous sommes dans la neige …certes la route est bien dégagée mais les hauteurs de neige sur les côtés sont impressionnantes . C’est donc après la ville de Mo I Rana que nous passons le cercle polaire .

Dans la boutique nous achetons une peau de renne et quelques babioles et reprenons la route .

Le paysage est assez lugubre , plus de forêts mais seulement des arbustes de deux métres de haut couchés par le vent … nous n’en menons pas large et décidons de nous arrêter à Bodo .
Notre quête de renseignements sur « l’express côtier » finit par aboutir ….Hurtigruten ..voilà le mot magique , mais bizarrement , chaque fois que nous prononçons ce mot on nous renvoie de plus en plus loin de la ville , enfin sur un quai désert « au milieu de nulle part » nous demandons au seul être humain présent : hurtigruten ….il acquiesce ,  nous fermons notre camping-car et attendons , deux ou trois véhicules nous rejoignent .

A l’horizon un petit point noir apparaît , il grossit , c’est l’Express Côtier , on nous le confirme , nous assistons à un accostage spectaculaire , la passerelle est sortie deux voitures montent à bord …. Nous n’avons pas de billet  et en quelques minutes nous avons un billet pour Honningsvag …avec une cabine !!!
De tous nos voyage en bateau , c’est certainement le plus extraordinaire , à partir de Bodo l’Express Côtier ne navigue plus en haute mer , il se glisse entre les îles Lofoten Qu’il dessert , jouant le rôle de bus de campagne chargeant les habitants , les enfants , les légumes , les poules et les lapins , enfin ..tout…

Hurtiguten .

En 1891 , on lança l’idée d’un service de bateaux express entre Trondheim et Hammerfest
Une Compagnie accepta le défi et le 2 Juillet 1993 le vapeur Vesteraalen quittait Tromdheim pour Hammerfest .
Le trajet par terre  qui était de trois semaine en été et de cinq mois en hiver était ramené à quelques jours . Ainsi en cent ans d’existence plus de 70 navires ont été mis en service sur la ligne , en voici quelques de la fin du 20 ème siècle
Ces navires  ont tous des points communs : manoeuvrables , tirant d’eau de 4,50 m , vitesse 15 nœuds , ponts couverts important pour le rude climat on les appelle les RoRo ce sont des  rouliers c’est à dire des navires  utilisés pour transporter entre autres des véhicules, chargés grâce à une ou plusieurs rampes d’accès. On les dénomme  Ro-Ro, de l’anglais Roll-On, Roll-Off
Cette ligne Hurtiguten  dessert aujourd’hui quotidiennement 34 ports répartis sur 2 700 km entre Bergen (sud-ouest de la Norvège) et Kirkenes (frontière russe, au-delà du cap Nord). La flotte compte onze navires modernes, combinant transport de fret, transport de passagers et croisière, qui effectuent le voyage aller-retour en onze jours. Avec l’instauration du principe du RoRo sur la génération de navires construits au début des années 1980 (génération intermédiaire), la durée de l’escale à Bergen a pu être réduite d’un jour et demi à huit heures. Grâce à cette réduction, le nombre de navires nécessaires pour assurer le service a pu être réduit de 14 à 11.


En été, alors qu’ils desservent les Geirangerfjord et Trollfjord, les navires parcourent 1 460 milles marins (environ 2 700 km) entre Bergen et Kirkenes et 1 335 milles (environ 2 500 km) au retour, soit un total de 2 795 milles (environ 5 200 km). En hiver, la distance est réduite à 2 670 milles (environ 4 940 km).

Mais les touristes comme nous sont gâtés car le pont supérieur du bateau , entièrement vitré offre une vue panoramique sur le paysage !!
Cette « croisière » nous réserve une belle surprise , il fait beau , le capitaine est heureux de nous offrir un petit extra : il   s’enfonce dans un étroit passage : le trollfjord  , ce petit fjord mesure 2km de long et seulement 100mètres de large à son embouchure !! Nous nous enfonçons dans un ce Fjord «étroit , seulement de 100 mètres à son embouchure , au dessus le pic de Trollindan s’élève à 1100 mètres ,  la neige et la glace recouvre tout le relief , le bateau atteint l’extrémité du fjort et manœuvre lentement pour le demi tour , les marins déguisés en troll distribuent de «  l’aquavit » !!
Un spectacle incroyable c’est la neige et la glace qui couvrent le rivage du continent .

A chaque escale le spectacle est captivant et l’accostage est un sans faute .. : Stamsund , Svolvaert , Ledingen , Narvik ( tiens ce nom nous rappelle quelque chose !!

L’Allemagne nazie avait  envahi la Norvège dès les premiers jours d’avril 1940, afin de sécuriser le transport du fer suédois en provenance des mines de Kiruna. Le minerai transitait alors par la ligne de chemin de fer Malmbanan/Ofotbanen jusqu’au port de Narvik  Cette matière première était indispensable pour les Allemands dans leur poursuite de la guerre

Les Allemands, après avoir rapidement conquis le sud du pays, arrivent à Narvik avec 10 . Ils n’eurent que peu de répit une fois amarrés au port de Narvik puisque le 10 avril, 5 destroyers britanniques font leur apparition à l’entrée du fjord. Ils transforment le port en véritable cimetière pour bateaux. Cependant la flotte allemande parvient à les repousser mais accuse de sérieux dégâts. Trois jours plus tard, les Alliés envoient cette fois 8 destroyers et 1 cuirassé pour déloger l’expédition allemande. En infériorité, les Allemands reculent et sabordent leurs derniers navires dans le port .

Des américains , qui font la croisière sur l’Express Côtier interrogent des écoliers qui viennent d’embarquer , dans un anglais impeccable ceux-ci expliquent cet épisode de la seconde guerre mondiale .

Pourtant ces élèves ne font pas allusion à la “Bataille de l’eau lourde ” : un épisode primordial de la seconde guerre mondiale !!

En Février 1940 , les scientifiques français , Joliot Curie et Kowarski sont prêts pour une expérience décisive dans la fission nucléaire . La France détient alors un stock d’Uranium obtenu dès 1939 par Joliot , mais elle ne possède que quelques grammes d’eau lourde (oxyde de deutérium ) , indispensable en grande quantité pour jouer le rôle de “ralentisseur” dans l’expérience que les deux savants ont imaginée .

La Société Norvégienne d’ azote a réussi à fabriquer dans son usine hydroélectrique de Vemork (commune de Tinn , comté de Télémak) situé  à 120 km à l’ouest d’Osloi , dans la Norvège encore neutre , 185 kg de ce précieux liquide , qui constitue l’unique stock mondial .

Raoul Dautry , ministre français de l’armement confie alors au “Deuxième Bureau” , à la veille de l’invasion de la Norvège par les Nazis dont le but principal est de s’emparer de ce stock .

Au début du mois de mars , le commandant Perruche , chef du service des renseignements envoie d’abord un officier de réserve du Service des poudres pour négocier l’achat du stock .

Cette dernière farouchement opposée aux Allemands , cèdera gratuitement , en prêt , l’intégralité de l’eau lourde . Trois agents sont alors dépêchés en hâte à Stockolm : le capitaine Muller , les lieutenants Knall-Demars et Mossé .

Ils vont avoir la mission difficile de déjouer la surveillance des services de renseignement allemands déjà sur place , et de rapatrier ce stock .

En février 1942 , les alliés obtiennent des renseignements donnant à penser que les Allemands essayent de mettre au point une bombe atomique !

Pour réaliser ce projet , les spécialistes considèrent qu’il est indispensable de disposer d’eau lourde . Un agent norvégien , sur place , informe les autorités britanniques de l’évolution de la situation .La décision est prise de faire détruire l’usine par un commando .

L’opération britannique appelée Freshman et Grouse est lancée le 19 octobre 1942 : quatre parachutistes norvégiens rejoignent l’agent local  et le 19 novembre deux planeurs tentent un attérissage dans la zône de l’usine : l’un s’écrase , l’autre est capturé .

Les 5 Norvégiens se cachent tout l’hiver dans une hutte .

L’opération norvégienne (Gunnerside) démarre en février 1943 : 6 parachutistes rejoignent les 5 autres. Le 27 février , 9 parachutistes escaladent la montagne et atteignent l’usine , ils parviennent à placer leurs charges et à détruire une partie de l’usine .

En novembre 1943 la production de l’usine a repris , les alliers bombardent l’usine sans grands résultats .

En février 1944 les Allemands décident de transférer par mer le stock d’eau lourde , deux parachutistes norvégiens restés sur place font sauter le bateau !!

Les recherches de l’Allemagne pour concevoir la bombe atomique sont définitivement endiguées

Notre croisière se poursuit : Harstad , Finnsnes , Tromso .

A Tromso nous débarquons pour quelques heures .

Nous visitons la ville située à 300 kilomètres au delà du cercle polaire à la même latitude que le nord de l’Alaska et qui abrite l’Université la plus septentrionale du monde .

L’Ishavskatedralen , la cathédrale artique est construite en béton et comporte un magnifique vitrail de 23 mètres représentant le « retour du Christ »

Nous avons également le temps de visiter le Tromso Museum consacré à la culture lapone  et pour couronner le tout  une projection  au  Planétarium avec plafond transformé en écran de cinéma 180×180 degrés panoramique  sur les aurores boréales et le ciel de nuit .
Nous regagnons le bateau à minuit avec le soleil rasant à l’horizon ….impression très étrange  je sors mon appareil photo .

Nous reprenons notre croisière au milieu des terres enneigées .
Nous quittons , à regrets , notre bateau à Honnigsvag .
Nous nous précipitons  pour trouver une chambre à l’hôtel …puis taxi pour le Cap Nord .
Le Cap Nord est une île située tout au nord de la Norvège. Ce site est considéré pour être le point le plus septentrional de l’Europe même si cela n’est pas tout à fait exact.  .
Nous y arrivons en autocar , et nous marchons sur une énorme plate forme encombrée de rochers . En approchant de son extrémité , nous découvrons que le Cap Nord est une falaise de granit noirâtre de plus de 300 mètres au dessus de la mer , nue de la base au sommet , qui plonge dans l’océan

La photo ci-dessus est censée donner l’échelle du monument et de la falaise !!!
Comme je ne suis pas sur que ma photo traduise l’ampleur du site , je vous « rajoute » une carte postale de vue aérienne du cap qui traduit mieux cette avancée du continent vers le nord !

Mais le vent balaie ce rocher dénudé nous nous réfugions dans les boutiques encastrées dans le rocher : après les boissons chaudes , la revue des trolls , des peaux de rennes et de tout les objets en bois …nous reprenons un taxi pour notre chambre d’hôte que nous payons par avance …après une nuit au soleil de minuit et une chambre à 10 degrés (il fallait choisir entre la couverture sur le lit ou à la fenêtre pour éviter le soleil de minuit dans l’œil !!) nous nous réveillons dans une maison déserte …pas question de petit déjeuner ..nous partons en stop pour reprendre l’Express-Côtier vers le Sud .
En fait nous ne refaisons pas le même voyage car les horaires , astucieusement , font que les escales sont décalées et les visites qu’on ne pouvait pas faire à l’aller on peut les faire au retour !
Donc : nouvelle croisière sur le Midnasol .
Sur la photo du bateau on peut voir le pont supérieur entièrement vitré .

Certaines escales plus longues  permettent des visites , ainsi à Hammerfest nous visitons un musée des animaux du grand nord , des magasins de fourrures …et , sur les quais des tonnes de morues sans tête prêtes à être salées et séchées , et aussi des salées-séchées !!

On nous propose une visite des iles Lofoten : le principe est astucieux : on quitte le bateau et on roule en car pour visiter l’île et on retrouve le bateau deux escales suivantes !!
Vues de la mer les îles sont belles , mais cela vaut vraiment la peine de parcourir la route qui saute d’ile en ile grâce à de superbes ponts toujours très hauts pour permettre le passage des bateaux .
Première surprise : le séchage des morues .

Tout le long de la route les morue sèchent au soleil .
Nous faisons un arrêt dans un magasin sur pilotis au dessus de l’eau .


C’est ici que l’usage de sécher la morue est née  car toutes les conditions climatiques sont réunies pour l’obtention d’un stockfish de premier choix.
Les îles Lofoten, membre de la Hanse dès le XIIIe siècle, connurent aux siècles suivants un essor important du commerce de la morue vers l’Europe du sud.  Les morues rejoignaient, via Lisbonne, les comptoirs méditerranéens où Génois et Vénitiens adaptaient la morue sèche à leurs habitudes alimentaires. Le poisson doit être préparé immédiatement après sa capture. Éviscéré, il est suspendu à l’air libre, de février à mai, par la queue, sur des treillages de bois.

Mais cette croisière de rêve s’arrête à Tromdeim ou miraculeusement notre Camping car nous attend …heureusement que nous avons un radiateur à gaz car la température avoisine 0 degré .
Nous redescendons à Trondheim que nous avons le temps de visiter : les canaux , la cathédrale , les façades colorées , et le musée de Ringve spécialisé dans les instruments de musique .
Et puis nous visitons un Musée de plein air …spécialité des pays nordiques où sont rassemblés églises en bois , fermes construites en rondins aux intérieurs ornés de peintures naïves.
Au retour nous embarquons à Göteborg pour Frederikshaven pour un retour rapide par le Dannemark , la Hollande et la Belgique .