53 b- Voyage avec Colette en Algérie 1984
Vacances de Pâques 1984 : ma sœur Colette qui est professeur à Médéa en Algérie , est venu passer ses vacances de Pâques en France ….elle n’a pas retenu son voyage de retour …d’où cette idée folle …de la raccompagner en Algérie .
La solution la plus simple … prendre la voiture et revenir par l’Espagne – Algésiras et le Maroc ….
La voiture !!! pas si simple …en fait de « grande routière » nous n’avons qu’une « petite »R5 !!!
Etant habitué aux voyages au long cours …nous prévoyons deux roues de secours … un Jerrycan d’essence et quelques pièces détachées !!! il ne reste pas beaucoup de place (sur le toit ) pour les bagages .
Les passagers sont Colette Josset ( professeur à Médéa) , Mylène Josset ( étudiante) , Nelly et Claude Josset (les parents) .
Afin de tester le conducteur et la voiture , nous roulons sans arrêt (presque) de Tours à Tolède !!! 1180 kilomètres .
Cette étape présentait un GROS inconvénient !!!! celui de traverser le pays Basque !!
A cette époque l’autoroute dans la traversée du pays Basque était si peu sûre que la circulation n’était autorisée qu’en convoi ..protégé par la police Espagnole … inconscients nous partons sans escorte avec notre jerrican d’essence sur le toit !!
A la tombée de la nuit nous arrivons à Tolède où nous ne trouvons pas de chambre d’hôtel , mais seulement une chambre chez l’habitant …. Une petite mère que nous évitons durant le transfert du Jerrycan et des deux roues de secours !!!
Ouf , la première étape s’est bien passée , notre projet de traverser l’Espagne en deux jours paraît réalisable .
Le lendemain : Samedi 31 Mars nous permet sur des routes quasi désertes de parcourir 600 kilomètres par Jaen , Grenade et Malaga .
Cette route se révèle assez difficile car nous empruntons un profond défilé creusé dans la Sierra Morana par le río Despeñaperros qui est le passage naturel entre l’Andalousie et le reste de l’Espagne. Redouté des voyageurs d’antan en raison des bandits qui infestaient la région, le Desfiladero de Despeñaperroest est très impressionnant , mais avant d’atteindre Grenade nous avons à franchir un col à 1057 mètres avant de redescendre .
Cependant rien ne peut nous détourner de notre destination : le Maroc .

Cependant , surprise , comme l’Espagne possède une enclave au Maroc nous prenons un bateau espagnol pour Ceuta !
Notre arrivée au Maroc se fait sous une pluie diluvienne , ce qui ne nous facilite pas les formalités douanières entre l’ Espagne et la Maroc .
Après de long « palâbres » avec les douaniers Marocains nous pouvons parcourir quelques kilomètres au Maroc à la recherche d’un hôtel .
Le lendemain : 1er Avril !! nous roulons dans le Rif Marocain : constamment des jeunes
tentent de nous arrêter pour nous vendre du « kif » . Ils obligent Colette à s’arrêter ; je suis obligé de reprendre le volant et de les intimider en me dirigeant droit sur eux !! ils sautent dans le fossé !!
Nous faisons étape dans la dernière enclave espagnole de Al Hoceima , sur le bord de la méditerranée .
Maintenant nous filons vers la frontière algérienne …dans la nuit …sur une petite route de montagne … jusqu’à Oujda .
Les Douaniers Algériens se montrent tatillons …paperassiers …et peut-être un peu corrompu …il faut en passer au billet discrètement glissé dans le passeport !!
La route jusqu’à Tlemcen enchaîne virage sur virage ….enfin , à minuit nous arrivons à Tlemcen où nous trouvons un hôtel …quelle étape !!
Le lendemain : cap au sud , direction Colomb Béchar , la porte du désert , après les étendues arides des hauts plateaux nous commençons à entrevoir le sable du désert .
Clin d’œil à La Riche , cette pancarte qui marque la direction d’El-Aricha !!!
Mais le sort en est jeté , nous prenons la direction plein sud : le Sahara !
Cette route est tracée dans la vallée d’un Oued qui se perd au Sahara , dans « le Grand Erg Occidental » : l’oued Saoura connu surtout par son nom marocain : oued Guir .
C’est au pied des dunes qui dominent cette vallée que nous nous arrêtons dans l’Hotel Rym (gazelle).

Cet Hôtel , comme beaucoup d’autres a été construit par Fernand Pouillon architecte français , « obligé » de fuir la France pour des opérations douteuses mais …architecte génial !Fernand Pouillon, fut un des grands bâtisseurs des années de reconstruction après la Seconde Guerre mondiale en France. Il a réalisé de nombreux équipements et bâtiments publics à Marseille, Aix-en-Provence, en région parisienne, en Algérie ainsi qu’en Iran. Ses réalisations se caractérisent par une insertion dans le site, un équilibre des masses né de proportions harmoniques rigoureuses, des matériaux nobles et la collaboration d’artistes sculpteurs, céramistes, paysagistes.
Malheureusement cette remarquable réalisation que nous avons pu admirer commençait à se dégrader…. !!
Le lendemain matin , en grimpant sur l’immense dune qui dominait l’hôtel nous pûmes admirer l’ampleur de la vallée de l’Oued Saoura , et l’imposante falaise entaillée par le fleuve !
Les crues de cet oued sont terribles et meurtrières , elles provoquèrent la mort en 1904 d’Isabelle Eberhardt écrivain d’origine russe, devenue française par mariage. C’est Le 21 octobre 1904, à Aïn Sefra, que l’oued se transforma en torrent furieux et la ville basse, où elle résidait seulement depuis la veille, fut en partie submergée. Son compagnon Slimane fut retrouvé vivant, mais Isabelle Eberhardt périt dans la maison effondrée. Elle repose dans le petit cimetière musulman Sidi Boudjemaâ à Aïn Sefra .

Nous suivons cette vallée sèche qui s’enfonce vers le sud le long du grand erg occidental , et peu à peu nous entrons dans le désert .
Cependant ce fleuve qui fut autrefois un véritable Nil continue à alimenter un chapelet de palmeraies souvent désigné sous l’appellation de « rue des palmiers » , on a même ressenti l’effet de ses crues jusqu’à Adrar !!!
Nous commençons à observer les effets du sable qui a tendance à envahir la route , et bizarrement les langues de sable sur la route sont très dure et sollicitent la suspension !
Nous arrivons au point le plus au Sud de notre périple , sur notre carte : 1cm pour 40 km !! nous sommes à 17 cm de la Méditerranée , soit 17X40 = 68O km !!

Cela nous fait un drôle d’effet lorsque nous quittons la route du sud vers Adrar et Réggane pour repartir vers l’est : Timimoun …El Goléa … : notre réservoir d’essence est plein ainsi que le jerrican , en ce qui concerne l’eau nous n’avons que 20 litres !!!

Nous passons au sud du grand erg occidental , mais en l’absence de points de repères , le long de la route nous perdons toute notion de temps et d’espace …seule l’aiguille du compteur et le ronronnement du moteur nous prouvent que nous avançons .
Enfin …au loin …une tache verte grandit…grandit …c’est l’oasis de Timimoun …l’oasis rouge ! nommée ainsi à cause de la couleur rouge des constructions du village .
L’ hôtel Gourara , construit aussi en argile rouge nous accueille dans le confort . C’est une oeuvre architecturale de fernand Pouillon, il constitue en fait une des plus belles realisations de cet architecte dans les années soixante dix .
Cet ensemble dominant la palmeraie et la sebkha, est le plus bel hôtel dans le Gourara.

Il est superbement placé en bordure de la palmeraie luxuriante parcourue par des petites rigoles où l’eau coule en permanence .
Nous descendons quelques marches et nous sommes dans la palmeraie ! 
La culture s’y pratique à 3 étages : l’étage supérieur du palmier dattier , étage moyen occupé par des arbres fruitiers et l’étage inférieur des cultures de céréales et de légumes .
Tout cela est rendu possible par un réseau sophistiqué de rigoles qui distribuent l’eau si précieuse sans la gaspiller .
Mais d’où vient cette eau !! …des Foggaras !!
La foggara est une galerie souterraine légèrement inclinée, qui draine l’eau de l’aquifère en amont vers les terrains les plus secs situés en aval, en direction de la palmeraie. Ce procédé utilise un système de galeries en pente douce d’une longueur pouvant atteindre les 20 km, équipées d’une série de puits d’aération espacés de 5 à 22 m, dont la profondeur peut atteindre 20 m .
Nous admirons le système astucieux de répartition de l’eau .
Mais quel est ce mystère d’où vient cette eau qui ne tombe pas du ciel !!

Nous apprenons avec surprise que nous sommes sur l’ancienne rive d’une mer intérieure : la Sebka.
Une carte sur un mur nous fait rêver .
Nous nous laissons tenter par une excursion en Jeep dans l’ancien lac !!
Eh oui sur un mur nous consultons la carte de l’ancien lac
un lac en plein sahara cela mérite une explication!
L’excursion commence par la rive sud du lac Visite du village de Badriane et de la grotte d’Ighzer. Pique-nique à Aghled. Visite de l’oasis d’Ouled Said et de ses Foggarah . Retour à Timimoun après une démonstration de conduite dans les dunes de sable et arrêt dans les champs des roses de sable.

On croit rêver lorsqu’on arrive à « l’ancien port d’El Mers » il faut beaucoup d’imagination pour se représente cette mer intérieure
mais il faudra se rendre à l’évidence lorsque nous ramasserons des coquillages dans le sable .
Nous revenons en passant par les dunes et les conducteurs en profitent pour nous faire une démonstration de conduite dans le sable
Le lendemain nous faisons une étape de rêve entre Timimoun et El Goléa : 360 kilomètres au pied des dunes le long de la « mer de sable »

Le plaisir de rouler dans le désert c’est d’arriver dans l’ oasis avec une grande tache verte qui repose les yeux .

Nous arrivons à l’Hôtel El Bousten , magnifique réalisation de Fernand Pouillon dans la palmeraie .
La température est idyllique et nous dînons sous les palmiers .

Le lendemain matin du haut du Ksar , nous admirons la magnifique palmeraie d’El Goléa, aussi appelée El Meniaa, est située à huit cent kilomètres au sud d’Alger, et à deux cent kilomètres au sud de Ghardaïa. Elle abrite le tombeau du père de Foucauld.
Maintenant cap au nord , sur cette route qui n’en finit pas

Tout le long de la route nous rencontrons des troupeaux de dromadaires
Mais le spectacle le plus extraordinaire nous attendait dans le désert : l’horizon qui disparaît et dans une vaste dépression apparaît l’oasis de Ghardaïa

Nous nous dirigeons vers le magnifique hôtel des Rostemides .
Ce magnifique hôtel face à la ville dispose de 150 chambres et sa situation nous permet de nous promener vers la place du marché et monter dans les ruelles vers la mosquée .
La place du marché de Ghardaïa est entourée d’arcades et de boutiques, c’est un lieu de rencontre fort animé jusque tard dans la soirée.
Au marché, on y vend toute sorte d’objets en particulier de superbes tapis dont la réputation dépasse largement les frontières de la vallée du Mzab .
En s’élevant vers la vieille ville, en direction du minaret, par des ruelles en escaliers, on croise à mi-hauteur une rue circulaire, qui marquait jadis la limite de la cité.
Les maisons sont étagées les unes au dessus des autres , les terrasses sont soutenues par des arcades .
La grande mosquée est surmontée d’un minaret pyramidal qui s’élève à 22mètres et se termine aux quatre coins par des doigts dressés .

Ce qui est extraordinaire c’est la vue sur les trois villes Mélika et Beni Isguen .
Le lendemain nous visitons Beni Isguen avec une pause inévitable chez un marchand de tapis .

Nous sommes le Vendredi 6 Avril , Colette doit assurer sa rentrée , il nous reste 514 kilomètres à parcourir pour ramener Colette à Médéa , direction Laghouat et Djelfa sur les hauts plateaux .
Nous apercevons les tentes noires des nomades dans les steppes désertiques , mais les paysages sont désolés sauf quand nous traversons le « grand barrage vert » destiné à stopper la progression du désert.

Nous redescendons des hauts plateaux pour arriver à Médéa ou Colette nous fait visiter la ville , son Lycée et sa petite maison à deux logements superposés .

Avec la visite de son magnifique lycée …tout neuf
Et maintenant direction Alger pour prendre le bateau Alger-Alicante (la traversée la plus courte ) sur le bateau Tipaza .
Mais les douaniers algériens sont perspicaces : ils ont affaire à un français qui vient du Maroc !!! et qui , pour ramener sa cargaison d’herbe achetée dans le Rif à choisi de revenir par l’Algérie !!
Le chef douanier m’annonce , nous allons être obligés de démonter la voiture !! en route pour le garage … nous voilà dans les rue d’Alger , le douanier fin psychologue s’étonne de mon flegme , il engage la conversation …très amicale … devant mon calme il doute de son intuition …il me demande de faire demi-tour et me déclare « je vous avais pris pour untrafiquant de drogue car ils empruntent exactement votre trajet ..encore quelques échanges sur mes souvenirs de guerre d’Algérie et nous voilà revenus au port .
Il nous reste à « Avaler » les 1500km jusqu’à Tours …pas de problème avec l’autoroute .
Au retour le souvenir de la visite de la Sebka de Timimoun me hante …. se promener dans l’ancien fond marin d’une mer au sahara …cela mérite de consulter l’histoire géologique du sahara …j’apprends
qu’une vaste contrée d’eau souterraine s’étend de Béchar, à Biskra en passant par Laghouat sur le versant sud de l’atlas saharien, allant jusqu’à l’extrême sud, à la limite de Reggane, In-Salah, In-Amenas et enjambant une bonne partie de la Libye et le sud de la Tunisie.
Une eau emmagasinée dans les entrailles de la terre depuis des millions d’années. Le mot Sahara évoque, étendues désertiques, pauvre en eau et aride, du fait qu’il est peu arrosé, par de faibles précipitations pluviométriques, dont les nappes d’eau de surface sont rares. En fait, l’aquifère du Sahara septentrional, qui s’étend sur plus de un million de kilomètres carrés sous l’Algérie, la Tunisie et la Libye, recélant environ 31 000 milliards de mètres cubes d’eau, dont les 2/3 se trouvent en Algérie. Plus de 20 000 milliards de mètres cubes se trouvent enfermé à l’intérieur des frontières algériennes. Par un simple calcul empirique sur la base d’une consommation annuelle de 10 milliards de mètres cubes par an, nos besoins en eau seront couverts sur 2000 ans
Au Sahara …il n’y a pas que du pétrole !!!
Au retour je me renseigne sur cet architecte génial découvert durant ce voyage en Algérie :
Fernand Pouillon est né le 14 mai 1912 à Cancon dans le Lot-et-Garonne où son père, entrepreneur de travaux publics, construit la voie de chemin de fer. 



Dans les années 1930 Fernand Pouillon construit déjà beaucoup, alors qu’il a tout juste vingt-deux ans.
Ses premières réalisations montrent déjà son goût pour des proportions et des volumes équilibrés
C’est avec la réalisation du stade municipal d’Aix-en-Provence en 1946 qu’un vocabulaire véritablement personnel émerge : avec la «mise à jour» de procédés ancestraux de construction, la mise en valeur de chaque matériau par la juste combinaison de tous les matériaux entre eux.
Ses objectifs sont au service de l’architecture, mais ils sont surtout au service de ses semblables.
« …J’ai toujours placé l’œuvre architecturale au service de l’homme, de l’esprit social et de l’économie. J’ai toujours pensé que le respect des prix et la qualité des constructions permettaient d’atteindre deux buts : le premier de donner accès au luxe d’habiter aux plus petits revenus, le second d’assurer une excellente conservation des quartiers aménagés et d’éviter ainsi la clochardisation des grands ensembles dont on a parlé maintes fois ces dernières années… ». 9 janvier 1985. Lettre au maire de la Ville de Créteil.
Le projet du groupe de logements de la Tourette (1948) au-dessus du Vieux-Port de Marseille, voit l’aboutissement décisif de toutes les réflexions de Fernand Pouillon.
Jusqu’à la fin de sa vie l’énergie de Fernand Pouillon sera sans limite. En dehors du fait de construire des milliers de logements simultanément en France, en Algérie et en Iran , il est architecte-conseil du département du Vaucluse et il est professeur à Aix-en-Provence puis à Marseille.
Au milieu des années cinquante la stature de bâtisseur hors norme de Fernand Pouillon est avérée. Bridé dans ses immenses aspirations par une législation et une déontologie étriquées, Fernand Pouillon va créer ses propres «espaces» juridiques et économiques.
En 1955 il crée le CNL, Comptoir National du Logement, une structure commerciale et juridique qui va lui permettre de bâtir, pas seulement comme architecte mais aussi comme promoteur, des milliers de logements à Paris. À partir de 1959 la gestion peu orthodoxe du CNL met la société au bord de la faillite. Il est arrêté le 5 mars 1961. Le CNL est mis en liquidation.
Le 23 septembre de la même année le Conseil de l’Ordre des Architectes prononce sa radiation à vie du tableau de l’ordre des Architectes.
Le 13 juillet 1963, il est condamné à quatre ans de prison, ramené à trois ans par la Cour d’Appel le 15 janvier 1964. Il s’évade mais comme l’évasion est un acte punissable par la loi, Fernand Pouillon retournera en prison le 5 février 1965. Il sera libéré le 25 février 1965 après une ultime grève de la faim, et amnistié le 12 mai 1971 le Président de la République Georges Pompidou.
Pendant ces années de prison, Fernand Pouillon trouve le ressort d’écrire un livre qui affirme son talent d’écrivain. «Les pierres sauvages» publié en 1964, reçoit le prix des Deux-Magots. En 1964 Fernand Pouillon ne reste pas inactif.
À sa sortie de prison Guillaume Gillet (Grand Prix de Rome en 1946) l’accueille dans son agence et lui « prête » ses dessinateurs pour dessiner un projet qui ne sera pas réalisé. Puis Fernand Pouillon dessine un très grand et très beau projet qui ne verra pas le jour, celui de la ville nouvelle de Créteil mais il reçoit des menaces de mort lui intimant de ne plus œuvrer en France…et par conséquent il doit quitter le territoire.
Au même moment son ami Jacques Chevallier, l’ancien ministre, député et maire d’Alger qui n’a jamais quitté l’Algérie, l’incite à l’y rejoindre. Fernand Pouillon retrouve donc la maison qu’il occupait au début des années cinquante, villa et agence tout à la fois, la Villa des Arcades, très dégradée par l’occupation militaire française et qu’il restaurera pour la seconde fois, puis qu’il l’agrandira.
C’est donc l’Algérie qui bénéficiera des compétences de Fernand Pouillon pendant vingt ans, jusqu’en 1984, deux ans avant sa mort. Avec le ministre du tourisme Mohamed Maoui il couvrira le territoire algérien d’hôtels d’affaires ou de tourisme et de complexes balnéaires. En 1982 la Biennale de Venise sur le thème de l’architecture dans les pays islamiques rend hommage à son travail, aux côtés de Hassan Fathy, Louis Kahn et Le Corbusier.
Alors qu’il achève triomphalement et dans des délais record en juillet 1982 le chantier de l’hôtel El-Djazaïr à Alger (ex-hôtel Saint-Georges), qui doit être prêt pour les vingt ans de l’Indépendance de l’Algérie, sa fin dans ce pays est pourtant déjà programmée. L’Etat algérien ne paiera jamais, entre autres, les honoraires de ce travail, mettant l’agence de Fernand Pouillon dans l’impossibilité de payer d’abord les charges sociales et les impôts, puis les salaires. Au printemps 1984, Fernand Pouillon renonce à retourner à Alger, abandonnant ce qu’il y possède.
En France les événements se précipitent alors. Fernand Pouillon a bien réintégré le tableau de l’Ordre des Architectes et été élu au Conseil régional de l’Ordre d’Ile de France en 1980 mais la dette fiscale totale datant du CNL lui est toujours réclamée et le montant en est très important. Etablir une agence en France revient à commencer déjà perclus de dettes. Le Président de la République François Mitterrand aura à cœur d’aider Fernand Pouillon à réintégrer la France et à le réhabiliter en l’élevant au grade d’Officier de la Légion d’Honneur (1984). Ces attentions rassérènent beaucoup Fernand Pouillon.
Lorsqu’il meurt le 24 juillet 1986 dans le château de Belcastel en Aveyron, une ruine très délabrée mais majestueuse qu’il a restaurée pendant sept ans avec une équipe de courageux maçons algériens, Fernand Pouillon n’a rien dessiné de précis pour sa dernière demeure mais il a demandé que son nom n’y figure pas. Pour deux raisons : la première est que nombre de maîtres d’œuvre et d’architectes ont contribué dans l’anonymat total aux paysages architecturaux et urbains que nous aimons, la seconde est que la blessure avec son pays était si grande qu’il ne pouvait imaginer que l’on vienne se recueillir sur sa dépouille quand on l’avait tant mésestimé de son vivant.




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