47e- Claude à Aumale
Claude à Aumale
Avant mon service militaire , jamais je n’avais entendu parler de la ville d’Aumale en Algérie !
Mais après une année de formation « électronique RADAR » je fus à mon tour envoyé sur le « théâtre des opérations »
Après une traversée horrible de la Méditerranée en furie en décembre 1959 sur le Sidi Ferruch , je titubai sur le quai du port d’Alger en essayant de suivre un gradé qui nous avait réceptionné .
Heureusement un gamin me proposait de porter mon sac de 15 kilos , moyennant une petite pièce , je pus ainsi suivre le groupe de « troufions » du contingent , tout en admirant l’incroyable spectacle d’Alger la Blanche au soleil levant .
Ce fut la seule vision d’Alger car , embarqué dans un camion , toute bâches baissée je perdis toute notion de temps et d’espace .
Curieusement les secousses d’un camion militaire étaient agréables après le roulis et le tangage de la Méditerranée en furie .
Il faut dire , je l’ai appris plus tard , que j’avais subi une des tempêtes parmi les plus mémorable de la méditerranée …..les galets ayant été envoyés sur la promenade des anglais de Nice !!
L’arrivée à Aumale était surprenante : une petite ville européenne enfermée dans des remparts !!! avec des portes qu’on fermait chaque soir comme au moyen âge mais avec de superbes casernes !
La ville d’Aumale est située à 124 kilomètres au sud-est d’Alger sur le versant Nord du djebel Dirak au milieu d’un vaste plateau à 850 mètres d’altitude .
Elle est érigée sur un site ou se sont succédés Auzia, ville romaine importante et un poste fortifié turc nommé Sour El Ghozlane.
L’Auzia des Romains est devenue le Sour-el-Ghozlane, « Rempart des gazelles » des arabes.
Des mosaïques, des tombeaux et de nombreuses médailles ont été découverts sur l’emplacement de la cité romaine.
Lorsque le général Marey-Monge explora les ruines d’Auzia en 1843, il n’y trouva qu’un amas de débris informes encadrés par une enceinte à moitié détruite, mais s’élevant encore sur quelques points à 2 ou 3 mètres de hauteur. Auzia, fondée sous le règne d’Auguste, dut avoir une certaine splendeur. C’était, dit Tacite, une forteresse entourée de tous côtés par de vastes forêts. Tacfarinas, chef de bandes numides, révoltés contre la domination romaine, l’avait occupée .
Vers l’an 365 après J.-C., Auzia fut la base d’opérations du révolté Firmus, qui y battit Théodose, général de Valentinien. A partir de cette époque, la nuit la plus profonde nous cache l’histoire d’Auzia. On ignore même la date de sa ruine.
Auzia fut, dans les deux premiers siècles de notre ère, occupée par une forte garnison romaine. Une ville importante s’y développa, qui eut rang de municipe, puis de colonie. On a découvert sur son emplacement un grand nombre d’inscripions latines, dont près d’une centaine, qui n’ont pas été détruites, et qui se trouvent aujourd’hui au Musée en plein air installé sur une place devant la Sous-préfecture mais il ne reste plus rien de la ville antique, qui possédait pourtant un forum, un cirque, un marché et un temple à Saturne.
Ensuite l’histoire d’Aumale appartient à la Berbérie : là, comme ailleurs, les Arabes et les Turcs avaient défait l’œuvre des Romains.
Les Arabes lui donnèrent le nom de Sour-R’ozlan. Plus tard, les Turcs, frappés de l’importance de la position de ce poste militaire, y construisirent un fort dans lequel ils entretinrent une garnison destinée à maintenir les tribus environnantes et à surveiller un marché qui se tenait sur ce point et que fréquentaient les Arabes d’alentour.
Le fort turc, bâti en partie avec les plus belles pierres de la ville antique, était à peu près ruiné lorsque le général Marey-Monge parut devant l’Auzia
Nous arrivons ensuite à la présence française : en 1846, les français y établissent un poste permanent qui prend le nom d’Aumale en hommage à Henri d’Orléans Duc d’Aumale (1822-1897) quatrième fils de Louis Philippe, Vainqueur d’Abdelkader et Gouverneur de l’Algérie.
C’est un centre essentiellement militaire, dont la construction est entièrement française , entouré d’un mur crénelé et percé
de quatre portes.
On y remarque un beau jardin public, une église, une mosquée et l’hôtel de la subdivision. La ville ne se compose guère que d’une longue rue ombragée de beaux platanes peu différente des rues des villes du midi méditerranéen .
Quelques fûts de colonnes, des débris de chapiteaux, des statues mutilées, voilà tout ce qui reste de l’antique Auzia, que décoraient des palais et des temples remarquables, au dire des anciens.
Le marché (le dimanche) existait encore, et il n’avait rien perdu de son importance passée. (Ce marché se tenait au pied de la muraille, dans la plaine au sud-ouest de la ville. On pouvait y accéder directement par la cinquième porte. Il réunissait des participants venus de trois régions dont les productions étaient différentes et complémentaires. Il y avait des Kabyles qui venaient vendre leurs huiles d’olive, leurs figues sèches et des produits de leur artisanat, tels les bijoux en argent de Djemma-Saharidj, et qui rencontraient les vendeurs de blé et d’orge venus de la plaine des Aribs et les marchands de moutons des hautes plaines au sud de Sidi-Aïssa.)
Ce qui frappe c’est le quadrillage des rues et le style européen des édifices : l’Hôtel de ville, de deux étages avec une façade en pierre de taille sculptée et qui abrite la Justice de Paix, le Greffe et le Commissariat. ; l’église, dont le gros œuvre est également en pierre de taille, qui fait un bel effet sur la place Thiers .
ville typiquement française !! seules les djellabas paraissaient déplacées !
La ville possède deux halles
- celle du haut de la ville est fréquentée par les maraîchers,
- celle du bas beaucoup plus grandiose, est le rendez-vous des colons et des indigènes qui y écoulent leurs produits, surtout le dimanche, jour de marché,
Dans les dessous de cette dernière ont été aménagés dix vastes magasins toujours loués.
Quatre groupes d’écoles sont fréquentées par jusqu’à 415 élèves tant de la ville que de la banlieue.
Lorsqu’on entre en ville par la porte du nord ou d’Alger, on est agréablement impressionné par la vue de deux belles constructions de réalisation récentes:
à droite, la Medersa
à gauche, la Mosquée ou Djemaa
toutes deux d’un élégant style mauresque.
Toutes ces constructions récentes ont coûté à la ville environ 550.000 francs (de l’époque) sans compter les conduites d’eau qui reviennent énormément chères tant d’établissement que d’entretien.
L’hôtel des Postes, la Gendarmerie, la Prison civile et bon nombre de constructions particulières, aident au bel aspect de la petite cité.
Formant une ligne de démarcation entre les constructions civiles et militaires, s’étend l’Esplanade d’Isly, qui est divisée en deux places.
La ville a, à peu près, la forme d’un vaste rectangle partagé en deux par la voie principale, la Rue Grande.
Parallèlement à cette voie, on trouve à l’est la rue des Zouaves, à l’ouest la rue de l’Hôpital. Un chemin contourne les fortifications intérieurement.
Plusieurs rues transversales coupent à égale distance ce rectangle jusqu’aux murs d’enceinte.
La garnison est importante surtout dans cette période de « pacification » et occupe une partie importante de la ville : Deux immenses casernes, le quartier Lanusse pour l’infanterie, le quartier Mireur, pour la cavalerie, construites sur rez-de-chaussée, élevées de deux étages et combles et pouvant contenir 2.000 hommes.
En tant que garnison, Aumale, comptait un bataillon d’infanterie (zouaves, tirailleurs, infanterie de ligne), 2 escadrons de cavalerie (spahis ou chasseurs d’Afrique), une section d’artillerie, et était le siège depuis plus de quarante ans de la portion centrale de la 4e compagnie de discipline.
Il y a même un Hôpital Militaire qui peut contenir trois cents malades .
Ma caserne est près de la porte de Bou Saada .
Mais que peut faire un troufion des transmissions dans cette garnison ?
En fait je suis affecté au téléphone ….et une rapide visite de la ville me fait entrevoir l’ampleur de ma tâche !!
Des centaines de fils téléphoniques se promènent sur les trottoirs , dans les arbres , sur les lampadaires , chaque fois qu’une liaison téléphonique tombe en panne ..on repasse un fil ( il s’agit d’un fil double mi acier mi cuivre qui a la qualité d’être incassable mais qui se dénude facilement !!
Devant ce « désastre » je décide alors de canaliser les rues avec des câbles « multi-paires » mais il faut les fabriquer : dans la cour de la caserne , m’inspirant des « cordiers » je tend un fil double de 75 mètres puis je lui adjoint un deuxième , et ainsi de suite jusqu’à 15 …..et réalisant ainsi un câble à 15 paires légèrement torsadé .
Ce câble ainsi réalisé serait accroché sur les façades de la ville sur tous les supports possibles …. : poteaux , balcons , candélabres , arbres , ….ensuite il suffisait de supprimer un par un les fils existant en les raccordant sur le nouveau câble … cet exercice était très divertissant car pour identifier chaque fil je branchai un téléphone portatif pour savoir si la ligne était en service !!
avec des surprises diverses de tomber au milieu de conversations privées ou de déranger des officiers supérieurs !!
Parmi tous ces câbles je découvris une liaison directe avec Alger ,et la France ! que j’amenai à la tête de mon lit ….hélas je ne pus jamais en profiter car ni Nelly en France ni ma famille ne possédaient de téléphone en 1959 , j’en été réduit à appeler l’horloge parlante !!
Ce qui était bizarre c’est que je n’avais aucun supérieur à qui rendre compte de mes activités , mystère de la hiérarchie militaire mais qui découlait de mon appartenance aux « transmissions ».
La vie de caserne était parfois interrompue par des « spectacles » d’artistes courageux qui faisaient la tournée des garnisons , c’est ainsi qu’un guitariste extraordinaire nous fit passer une soirée de rêve dans la salle de spectacle de la ville .
Cette vie idyllique était cependant interrompue par des gardes et des missions de protection de convoi où on risquait sa peau , car la plupart des victimes de la guérilla l’étaient dans des embuscades sur la route d’Alger ou de Bou Saada .
C’est ainsi que dès le premier jour je fus mis dans un camion avec un « flingue » que je ne connaissais pas , la nuit , pour escorter la voiture d’un officier qui voulait regagner Alger (pendant tout le trajet je n’était pas arrivé à charger mon fusil !!!) ce qui était stupide c’est que notre JMC poussif n’arrivait pas à suivre la voiture des officiers . Circonstance aggravante nous roulions tout phares éteints !!
Ce qui me surprenait le plus c’était la rudesse du climat , après la saison des pluies de l’automne c’était le froid et la neige qui s’installait , je n’aurait jamais pensé me réveiller un matin en Algérie avec le thermomètre à moins 10 .
Cependant je trouvai bizarre et anormal qu’après m’avoir formé pendant 6 mois à Pontoise à la réparation des radars , je me retrouvai dans les « téléphones » ……je pris donc « ma plus belle plume » et j’écrivis à Monsieur le Commandant des Radars de Pontoise » : Comme vous l’aviez prévu , au terme de ma formation de dépanneur radar , j’ai été affecté comme spécialiste des téléphones à Aumale !!
Quelques jours après , l’officier responsable de l’Unité recevait un message « ordre impératif » : le Caporal Josset Claude doit rejoindre immédiatement l’atelier Radar d’Hussein Dey …..sinon sanctions !! »
Je n’eus pas le temps de dire au revoir à mes camarades de chambrée , me sentant un peu fautif de les abandonner dans le bled ! car je pris le premier camion pour Alger !!
C’est ainsi que j’arrivai à la caserne Aouch Adda ,à Hussein Dey , au milieu des ateliers de réparation des Radars .
( voir le chapitre Claude et les Radars).










