55 ter- Bénévent l’ Abbaye
Yves à Bénévent l’Abbaye
En 1989 Yves est nommé Professeur titulaire à l’Ecole de musique de la Creuse , il habite dans un petit pavillon ….impossible à chauffer …
Il pense se fixer dans la Creuse et part à la recherche d’une maison à acheter .
Avec une liste de maisons à vendre , Yves lance une prospection des annonces à l’ouest de Guéret afin de ne pas trop s’éloigner de Limoges ..la grande ville de la région Limousin .
Cette prospection est décevante …la plupart des maisons n’étant pas entourées d’ un terrain valable .
Nous avançons une explication …. Les « maçons de la Creuse » montés à Paris revenaient construire une belle maison ..souvent à plusieurs étages …. Sur de tout petits terrains dont ils avaient hérité !!!
Au retour d’une vaste prospection nous passons voir sans enthousiasme une ex-ferme à Bénévent l’Abbaye .
Là , surprise ! une vue imprenable sur l’Abbaye de Bénévent l’Abbaye !
C’est une impression étrange de se trouver sous la présence d’un tel monument !
Mais en nous retournant nous contemplons un « énorme « bâtiment sur deux niveaux » de 30 mètres de long ! …..avec un volume impressionnant .
La visite est éprouvante …une pièce transformée en « fumoir de jambons et d’andouilles » ….noire de fumée .. des portes bloquées par l’humidité ! des sols recouverts de crottes de poule ! ….seule une ancienne salle à manger semble habitable .
Mais si le bâtiment semble aménageable , avec un grand potentiel de surface habitable ..les bâtiments annexes sont décevants ; une porcherie en parpaings dont le propriétaire semble fier occupe une partie de la cour , un hangar énorme coupe la vue et obscurcit la façade , et un ancien four accolé à une porcherie tombe en ruine !
Le propriétaire , assez surpris par nos commentaires nous propose de démonter le hangar , mais est stupéfait de notre intention de détruire la porcherie …..en si bon état …et il propose de démolir « l’horrible four à pain en ruine » . Il est très très surpris de nous voir admirer cette ruine !
Mais il est prèt à satisfaire les idées des gens des villes aux goûts bizarres .
Une négociation sur le prix peut commencer avec Yves qui est le seul dans la famille ( avec Papy) à savoir mener .
Le propriétaire Jeannot Dumas est un personnage haut en couleur à Bénévent . Moutonnier de profession il a fait construire pour sa retraite une maison neuve à l’entrée du village de Bénévent et souhaite depuis déjà quelques années vendre l’ancienne ferme au petit Murat . Nous sommes au début des années 1990 et les vieilles bâtisses se vendent assez mal en Limousin . Le marché immobilier étant plutôt tourné vers des maisons neuves .
Un rendez vous est pris avec Yves pour la négociation finale .
Jeannot Dumas a invité pour cette occasion des copains à lui pour trinquer ensemble et faire boire ce jeune professeur !
Après une heure bien arrosée Yves se lève pour prendre poliment congé pour rejoindre ses élèves à l’Ecole de musique .
Il avait fait une proposition financière à Monsieur Dumas quelques jours plus tôt avec un prix nettement inférieur au prix de vente proposé en prétextant les nombreux travaux à réaliser .
Monsieur Dumas prend peur en voyant cet acquéreur potentiel tourner les talons !
Sur le pas de la porte il accepte la proposition en tapant dans la main ,
comme pour toute transaction commerciale chez les marchands de bestiaux .
Yves repart donc avec le nez un peu rouge mais avec une promesse de vente devant témoins ! L’ancienne ferme est vendue pour le prix de 180 000 francs ( environ 30 000 € ).
Reste la phase 2 , pouvoir bénéficier pour la bonne marche de la rénovation , de l’expertise et de la surveillance et de la direction du chantier par Claude , celui ci passera tout l’été 1991 à travailler comme ouvrier , artisan , électricien et comme Maître d’Oeuvre !
Le projet démarre sur la planche à dessin .
La façade sur cour est consternante : l’ immense perron de 3 marches est devenu inutile et incongru depuis que la deuxième porte a été remplacée par une fenêtre …..la solution sera de « noyer » ces marches dans une terrasse . Quant aux volets en fer qui dégoulinent de rouille ….il faudra purement et simplement les déposer .
Le plan intérieur est bizarre , mais on croit comprendre qu’il comporte deux logements un pour les maîtres et l’autre pour les domestiques .
Coté maître : une petite salle à manger avec un plafond plâtré , une grande cuisine , une « laiterie » ‘ pièce pour le lait et les fromages , et super luxe un WC et une douche ! et au premier étage …que l’on atteint par un bel escalier un grand palier qui dessert deux chambres et un petit local .
Coté domestique une grande cheminée pour fumer les jambons , qui avait réussi à enduire les murs et les plafonds d’une épaisse couche de suie, avec un escalier de « meunier » qui dessert une chambre de domestique, et un palier sur lequel un concasseur de grains était installé ,
ayant certainement servi à écraser des graines d’oléagineux au vu d’une énorme tache d’huile sur le palier.
C’est cette suie qui entraîna une réaction négative des femmes de la famille alors qu’Yves et moi-même n’avions d’yeux que pour l’importance des volumes !
Pour compléter la visite , il nous faut parler de l’étable pour les vaches !! avec ses mangeoires en ciment avec une double porte , l’étable pour les veaux avec sa propre porte , et un troisième local de destination inconnue peut être pour les veaux !!
Mais la grosse astuce de cette ferme d’élevage , c’est de stocker le foin et la paille au dessus de l’étable en utilisant la pente de la colline pour accéder directement en tracteur .
Notons que le volume de la grange est le même que celui de la maison !!!
Il y a un mystère , c’est celui de l’ancien captage d’une source dans la colline qui alimentait l’étable avant l’adduction au réseau de la ville . Cet ancien captage amène de l’eau dans l’étable , et remplit mystérieusement les anciennes auges de l’étable …il faudra trouver une solution pour drainer cette ancienne source .
Mais revenons à l’urgence , faire tous les travaux dans un délai raisonnable !
Nous sommes ambitieux , il va falloir rendre la maison habitable pour la rentrée scolaire .
Première urgence : faire le plan de l’existant et celui du projet , définir les travaux et le planning .
Le projet comporte plusieurs étapes :
- remplacement de toutes les fenêtres par des châssis à vitres isolantes
- mise en place de deux portes d’entrée ( rez de chaussée et premier étage)
- création d’une grande pièce principale en ouvrant le mur de séparation entre deux pièces du rdc .
- création d’un chauffage central avec chaudière au mazout
- aménagement d’une salle de bain au rez de chaussée et d’un cabinet de toilette avec douche au premier étage .
- création d’un couloir au premier étage pour faire communiquer les deux parties de la maison
- ouverture d’une porte vers le premier étage de la grange servant de garage
- mise en place d’un circuit électrique réglementaire conforme aux règles de sécurité .
- mise en place d’une cuisine avec éléments commandés à la CAMIF
Le choix des entreprises est délicat : pour le gros œuvre on prend le moins cher : G……… on s’aperçoit vite que ce « petit » entrepreneur ne sait pas lire le plan du projet et qu’il faut chaque jour définir le travail à faire !!
Le plâtrier nous fait du bon travail .
Le plombier chauffagiste Monsieur T…….est excellent …parfois un peu impulsif , mais un champion de la soudure !
Enfin l’électricien ex EDF(moi-même), campe sur place et réussit à passer des kilomètres de câbles (n’exagérons pas !) .
Afin de mettre fin au supposé droit de passage dans la cour ( de temps en temps un vélomoteur passe à 40 Km/heure ) nous faisons construire le petit mur côté route .
Nous ramenons de Limoges les 9 fenêtres et les 3 portes de chez Lapeyre , chose bizarre les dimensions de fenêtres sont toutes différentes ce qui posera un problème au maçon !!!
Le maçon nous fait peur lorsqu’il pratique une ouverture dans le mur de la salle de séjour pour l’agrandir , une ouverture de 3mètres 60 dans un vieux mur de pierre …..tout peut s’écrouler !! il a beaucoup de mal à remplir son coffrage de béton et le résultat n’est pas brillant avec des ferrailles à nu ! Il a la bonne idée de renforcer le mur à l’étage au dessus ce qui nous rassure sur la robustesse de la poutre .
A l’extérieur nous cachons les affreuses marches par une terrasse limitée par des bacs remplis de terre dans lesquels nous escomptons planter une petite haie de rosiers et de tuyas . .
L’été 1991 est très très chaud , avec Yves nous alternons les travaux d’électricité et les travaux de terrassement …..jusqu’à la nuit tombée …nous prenons nos repas « ouvriers » à Vieilleville .
Tout va bien sur le chantier jusqu’au jour où le maçon s’aperçoit qu’il est entrain de « bouffer la grenouille » et houspille ses deux « compagnons » à finir le chantier .
Nous avons commandé à la CAMIF de magnifiques éléments de cuisine ….que nous mettons en place avec l’aide du plombier , c’est ce qu’il y a de plus beau dans la maison !
EDF nous a refait un beau branchement sur le pignon et nous mettons en place une armoire électrique dans un élément de la cuisine .
Du côté sanitaire c’est « la classe » , cabinet de toilette au premier étage , salle de bain et WC séparé au rez de chaussée …superbe !
Le secret d’un chantier aussi rondement réalisé , c’est la présence permanente du propriétaire …qui donne l’exemple ..et cerise sur le gâteau c’est l’arrivée de la spécialiste du carrelage sur le chantier , Catherine la femme de Jean-Marc est une spécialiste de la pose des carrelages , et les deux pièces du rez de chaussées sont à la mesure de son talent / 12mètres par 6 mètre 50 : soit 78 mètres carrés de carrelage à poser en 4 jours ..qui dit mieux ..les artisans du chantier sont admiratifs .
Les hivers en Creuse sont terribles , la chaudière à fuel est installée dans la première cave , on se réserve la deuxième comme cave à vin !
Mais pour abriter la cuve à fuel (en plastique) , nous la plaçons dans l’ex étable , le conduit a 20 mètres de long …nous sommes inquiets sur la capacité de la pompe à fuel , a aspirer le fuel sur une si grande longueur .
En fin le grand jour arrive …la maison est prête pour la rentrée , un vrai miracle , Yves paie rubis sur l’ongle , tous les artisans sont contents !
On peut savourer le champagne sur la terrasse .
La salle à manger est superbe avec un magnifique buffet qu’Yves a racheté a l’ancien propriétaire , nettoyé et ciré il convient au cachet de la pièce avec ses pierres apparentes .
L’emménagement des pianos d’Yves au premier étage nous crée un gros problème : les poutres de 5 mètres qui supportent le plafond de cette « salle de piano » sont de section insuffisantes , certes le bois « plie mais ne se rompt pas » mais à la longue on pourrait craindre un accident .
Heureusement , un charpentier voisin accepte de régler le problème :
Il arrive avec deux troncs d’épicéas qu’il façonne dans la cour .
Après avoir ménagé des appuis dans le mur , son équipe , à la force des bras tente de mettre les poutres en place : 100 kilos , 200 kilos ..peut être plus ! les 6 paires de bras n’y suffisent pas , la situation semble désespérée , mais à 50 mètres de là un scieur travaille chez le voisin … c’est un colosse , il soulève les poutres comme un fétu de paille . Il ne reste plus qu’a les sceller au plâtre dans les murs de pierre .
Une étape du travail qui va mobiliser notre énergie pendant une semaine c’est de tapisser le plafond entre les poutres , nous avons acheté un papier « avoine » , mais comment coller un papier au plafond !! après de nombreux essais , armés de balais nous trouvons un moyen de réussir le collage de 5 mètres de papier sans les déchirer et sans tout recevoir sur la tête .
Yves a fait des folies en achetant à la Camif une énorme table de salle à manger avec de superbes chaises …style Château !!
Après le passage des égouts le terrain devant la maison est bouleversé, comme le sol était celui sous la grange , il est impropre à toute culture ..même un gazon .
Yves commande un camion de terre , un 20 tonnes , le chauffeur renonce à entrer dans la route du Petit Murat , il ne peut même pas se garer sur le bas coté de la route qui s’enfonce sous ses roues ….il finit par déverser son chargement sur la chaussée …. Nous sommes affolés , mettons en place une signalisation avant et après le tas de terre .
Nous utilisons tous les moyens pour transporter la terre …nos voisins nous aident …et avant la nuit tous les mètres cubes de terre sont évacués …ouf nous avons eu chaud …pas d’accident à nous reprocher !
La terrasse et la cour devant la maison , depuis la destruction de la porcherie et du hangar sont un peu trop exposés aux regards des passants , nous optons pour une haie de tuyas en bordure du chemin .
Nous les apportons de Tours , et nous les alignons en bordure du chemin .
Il faut croire que la terre est bonne car ils poussent rapidement dès la première année .
Nous n’avons pu nous soucier des dépendances , et durant l’hiver , le four à pain dont le toit est en mauvais état s’écroule après une forte pluie .
Yves est consterné , la vielle bâtisse que nous voulions conserver semble à bout de souffle .
La première urgence est de rebâtir le four .
Rien ne nous arrête , après Le mur nous refaisons la charpente , puis les tuiles , nous supprimons les affreuses tôles ondulées qui couvrait la porcherie .
Vue de la rue la bâtisse devient présentable .
Nous finissons par le coté four à pain .
La petite route derrière la maison est bordée par une tranchée profonde qui pourrait se révéler dangereuse pour un piéton ou un enfant .
Nous décidons de mettre en place une barrière « de sécurité » le long de la maison .
Le chemin qui contourne la propriété est étroit , et en particulier un virage est presque impossible à prendre …
Yves propose de donner à la commune une partie de terrain derrière « la maison des petits cochons » pour élargir la voirie , les cantonniers de Bénévent reconstituent le mur de pierre , les tracteurs et les camions peuvent maintenant prendre le virage .
Mais l’histoire du Petit Murat ne s’arrête pas là car Yves , sur la lancée continue à aménager , à entretenir , avec l’aide des entrepreneurs locaux et de son ami …
On croit rêver en voyant la photo du résultat dans la salle de séjour (remarquez le lustre fait avec un joug des bœufs du cultivateur) .
Quelques années après la façade rejointoyée est superbe , et les tuyas ont beaucoup poussé ; voici donc la photo du « Petit Murat » dans toute sa splendeur .
Pour en arriver là il en a fallu des travaux : création de la salle de musique , création de deux nouvelles chambres , ravalement de la façade (magnifique ) …….aménagement d’une salle de jeux ..
Et pour finir EDF accepte de poser un câble sur façade , juste sous le toit pour déposer le potelet et les fils devant la maison …..
Et voilà le résultat !!!!!!!!!
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