48 d -la 201 Peugeot

La première voiture que j’ai conduit : la 201 Peugeot

Pour moi , aussi loin que remontent mes souvenirs : c’est la 201 Peugeot qui est ma première voiture .

En 1934 mes parents qui s’étaient retrouvés dans le fossé avec une voiture sans différentiel (elle ne supportait pas les virages trop serrés !!) , s’achetèrent une 201 Peugeot , avec l’habitacle tout tôlé et roues avant indépendantes !

Par prudence , ayant un fils de 3 ans assez remuant (moi-même) ils optèrent pour le modèle 2 portières (sur la photo j’ai 5 ans) .

Dans les conversations entre grandes personnes , au sujet des voitures j’entendais parler de « roues indépendantes » , je ne savais pas alors la signification de cette avancée technologique , ce qui permettait sur une route bombée et avec des nids de poule de rouler à 70 -80 Km/h !

Enfin la 201 possède des ressorts arrière quart élliptiques inversés comme les Bugatti !!

Ces ressorts très souples avaient l’inconvénien majeur d’être très fragiles

Sur la photo ci-contre on distingue l’empilement des lames qu’il fallait vérifier car il n’était pas rare d’en trouver plusieurs cassées .

On distingue également l’amortisseur à “friction” assez inefficace !!

C’est la 201 6 cv qui inaugure le nouveau système d’appellation , un procédé original et qui signe une Peugeot à travers le monde. Mais il peut paraître mystérieux au non initié.

Comment est-il composé ?

Le premier chiffre indique la “famille” du véhicule, sa taille dans la gamme, le second, systématiquement un zéro, est le maillon qui relie le chiffre d’appartenance à une famille et le troisième chiffre qui indique la génération du modèle selon son apparition dans le temps. Bien sûr, il peut y avoir des chevauchements quand un ou plusieurs modèles se trouvent à cheval sur deux périodes.

La 201 marque , pour Peugeot , le passage de l’ère de la production artisanale à l’ère de la production industrielle .

Désormais, tous les modèles Peugeot obéissent à cette loi des séries, à commencer par les voitures lancées après la 201 au début des années trente : 301, 401 et 601. Toutefois certains véhicules utilitaires ne sont pas concernés par cette règle à l’image du D3A ou du J7. De nos jours, ils portent des noms comme Bipper, Partner, Expert ou Boxer.

Lorsqu’on soulevait le capot de la 201 (chaque fois qu’un ami ou un parent admirait la voiture) , on découvrait le moteur qui développait 23 chevaux! et ses accessoires rutilants (la toilette du moteur était aussi importante que celle de la carrosserie !) .

Tout d’abord le réservoir au dessus du moteur , avec son robinet a essence qu’il valait mieux fermer au garage , le bloc moteur avec les durites d’entrée et de sortie du circuit de refroidissement vers le radiateur , et évidemment la pompe à eau couplée avec la dynamo .

Sur la photo on voit la bobine chargée de fournir la haute tension aux 4 bougies grâce au distributeur placé de l’autre côté du moteur .

Le distributeur a deux fonctions , provoquer la coupure brutale du 12volts qui alimente le primaire de la bobine ( ceci grâce au rupteur actionné par une came avec les contacts vis platinées et condensateur), et ensuite avec la tête du Delco (le distributeur) , envoyer successivement la haute tension sur les 4 bougies .

A cette époque , lors d’ un incident de démarrage il fallait successivement vérifier l’écartement et la propreté des électrodes des bougies , vérifier l’écartement des vis platinées , et sécher l’intérieur de la tête du Delco et le faisceau haute tension …..ensuite tourner la manivelle !!!

Voici d’ailleurs les conseils dispensés dans une brochure :

Mais quand le moteur ronronne …quel plaisir !!

Pendant la guerre , la voiture est restée sur 4 cales , avec les roues démontées , la batterie enlevée , et un peu d’huile injectée dans les cylindres par le trou des bougies .

Heureusement les allemands ne s’intéressaient qu’aux 11 chevaux Citroën , traction avant !

En 1944 , après cinq années d’immobilisation , nous étions anxieux de remettre la voiture en ordre de marche …et oh ..miracle , après quelques tours de manivelle le moteur toussa puis ronronna !

Quel plaisir de retrouver ce luxe de la voiture qui donnait l’autonomie aux habitants de la campagne .

J’étais en âge de m’intéresser au tableau de bord de la voiture , et bien sur au compteur de vitesse qui me faisait rêver avec sa graduation 130 …..et oui , un jour nous avions atteint le 100Km/h !!

Il m’a fallu attendre mes 18 ans ..en 1950 pour être autorisé à prendre le volant .

La boite de vitesse était très délicate , il fallait attendre que les pignons soient arrêtés pour passer la première , puis , avec beaucoup de douceur passer la seconde et la troisième …mais le plus difficile était de « rétrograder » , à moins de réussir le double débrayage , les pignons avaient tendance à craquer ! Voici la définition :

Lors du rétrogradage (changement pour un rapport inférieur), l’arbre en relation directe avec le moteur va devoir accélérer, puisque l’on va engager un pignon plus petit, alors que l’arbre en relation avec la transmission ne change pas de vitesse angulaire. Il faut donc accélérer les pignons de l’arbre moteur  :

  1. Le conducteur lâche l’accélérateur.
  2. Il débraye et désengage le rapport en cours.
  3. Au point mort, il embraye et accélère le moteur à la vitesse voulue (il faut mettre la vitesse de rotation du moteur à la vitesse à laquelle il sera avec le rapport inférieur).
  4. Il débraye à nouveau et engage le rapport inférieur.
  5. Il embraye avec le bon rapport enclenché sans à-coup.

Toutes ces opérations se font le plus rapidement possible, pour un maximum d’efficacité.

Si vous avez compris vous pouvez conduire un vieux tacot

Hélas , les problèmes de freinage et le manque de place pour les passagers devaient entraîner la réforme de la 201 et son remplacement par une 11 chevaux Citroën .