90- Sur les pas d’Alexandre le Grand !!
Plutarque, dans sa Vie d’Alexandre, raconte comment, une nuit , en -331, alors qu’Alexandre le Grand projette de construire sa ville d’Égypte, il rêve d’Homère, qui lui parle de l’île de Pharos :
« Vers la mer houleuse, il existe un îlot , en avant de l’Égypte , on l’appelle Pharos. »
( L’Odyssée, IV, v. 355 )
Au réveil, il part voir cette île et commence à tracer les contours de la cité sur la côte qui lui faisait face.
Homère avait en effet indiqué un emplacement éminemment favorable :
« Une langue de terre semblable à un isthme suffisamment large qui s’étend entre une vaste lagune (le lac Mareotis) et la mer » (Plutarque,Vie d’Alexandre ).
Repartant dans sa conquête de l’Empire perse, Alexandre confie à Cléomène de Naucratis (une colonie grecque d’Égypte, dans le delta) et à Dinocrate de Rhodes la construction de la ville , conçue sur un plan orthogonal, ou en damier, avec de larges avenues se coupant à angles droits.
C’est Ptolémée Soter qui a assuré le règne sur l’Égypte , il a établi son siège à Alexandrie. Proche de la ville se trouve l’île de Pharos, laquelle était liée au continent par une digue, l’heptastade (digue d’une longueur égale à sept stades), ce qui donnait à la ville d’Alexandrie un double port. Comme les conditions de navigation étaient souvent dangereuses et que le littoral était plat, la construction d’un phare s’imposait pour guider les bateaux.
Le projet a été conçu et initié par Ptolémée Soter (364-282 av. J.-C.). Le monument lui était dédié également.
Le phare était une tour de 120 à 135 mètres de haut, faite de marbre et de granit, et qui comptait trois étages : le premier était carré, le second octogonal et le troisième cylindrique ; l’ensemble étant surmonté d’une lanterne couronnée représentant le dieu grec de la mer .
Mais, peu à peu, le Phare disparut, faute d’entretien. Le bâtiment dut affronter le raz de marée de 365 après Jésus Christ, ainsi que deux séismes, aux XII° et XIV° siècle.).
En 1477, les restes du phare servirent à la construction d’une forteresse mamelouk, au nord est de l’île de Pharos : le château de Qâyt Bay.
Après être passé par Alexandrie ( en 1981, avec le camping car J7) sans trop nous y arrêter , nous décidons , en 2006 , de consacrer un voyage à Alexandre le Grand : Alexandrie et Siwa ! Ce voyage à quatre (avec nos amis Berger) se déroule du 21 au 29 Janvier en minibus avec chauffeur –guide .
Mais revenons à l’Histoire :
Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en -331. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des
traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l’emplacement de la future Alexandrie qui n’est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu’Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon.
La Bibliothèque d’Alexandrie :
Ptolémée souhaita créer (vers 290) dans sa ville un établissement important qui réunirait les savants, les écrivains, tous les chercheurs de son temps. C’est ainsi que fut élevé tout près du Palais royal un temple de la science et des Muses, le Mouséïon (musée), dont l’exemple venait d’Athènes. A l’origine, ce qui devint ensuite la célèbre Bibliothèque n’était qu’une annexe du Musée. Ptolémée confia le projet au précepteur de ses enfants : Démétrios de Phalère défend l’idée aristotélicienne que la bibliothèque doit contenir tous les savoirs du monde. Mais c’est sous le règne de Ptolémée Philadelphe que la bibliothèque s’enrichit de nombreux volumes.

Le dessein de Ptolémée est d’acquérir toutes les œuvres écrites de l’Humanité, pour cela plusieurs moyens sont mis à contribution : Ptolémée demande aux autres souverains de lui envoyer tout ouvrage écrit digne d’intérêt ; les œuvres sont empruntées contre gage le temps de les copier ; tout bateau arrivant dans le port d’Alexandrie se voit confisquer ses livres qui seront copiés par des scribes,
A cette époque la bibliothèque compte déjà 500 000 volumes (rouleaux de papyrus) et moins de trois siècles plus tard, elle en comptera 700.000. Face à cet afflux, il fut nécessaire de construire un second bâtiment le Sérapéion dans le temple de Sérapis.
La bibliothèque fut incendiée une première fois durant l’entrée de Jules César à Alexandrie (48 av. J.-C.) : César fait incendier la flotte amarrée dans le port pour empêcher que la flotte de Ptolémée XIV ne prenne la ville à revers, de là l’incendie se propage à la Bibliothèque toute proche et entre 40 000 et 400 000 rouleaux sont détruits. En compensation, Antoine offre à Cléopâtre la bibliothèque de Pergame. En 295, les collections sont de nouveau endommagée durant la révolte d’Aemilianus.
En 365 de notre ère, le plus important séisme historique de Méditerranée orientale (estimé à 8,3 / 8,5 sur l’échelle de Richter) déclenche un tsunami qui touche Alexandrie et le delta du Nil, tuant des milliers de personnes et qui endommage gravement la bibliothèque .
Enfin, en 691, Alexandrie étant tombée aux mains des Arabes selon la légende le général Al-as Amrou ordonne la destruction de tous les livres.
Revenons en 2006 : Mille six cents ans après sa disparition, renaît à Alexandrie la plus grande bibliothèque de l’Antiquité, celle où pour la première fois fut traduit l’Ancien Testament de l’hébreu vers le grec et où Euclide inventa la géométrie. «Il est merveilleux de penser qu’au milieu de tant de guerres, alors que l’on parle de “choc des civilisations”, s’élève à nouveau en Égypte, à quelques mètres de l’endroit où se dressait l’Antique Bibliothèque d’Alexandrie ce temple du savoir .
Les travaux ont commencé en 1995 sur la corniche d’Alexandrie
Comme le phénix qui renaît de ses cendres, la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie est la résurgence de l’ancienne.

Nous visitons l’intérieur : les salles de lecture s’étagent sur sept niveaux dont quatre se trouvent sous le niveau de la mer.

De hautes colonnes ornées de fleurs de lotus décorent l’intérieur des salles de lecture qui peuvent accueillir jusqu’à 2 000 personnes.
Un musée est réservé à des milliers de manuscrits anciens, dont deux copies de la Bible offertes par le Vatican à la bibliothèque, ainsi qu’une copie de la Description de l’Égypte. Il possède une copie identique de la pierre de Rosette et un livre du mémorandum de l’inauguration du canal de Suez .
Hélas nous ne verrons pas le phare d’Alexandrie mais seulement le Fort de Qaytbay construit par les Mamelouks , sur son emplacement , avec des pierres du phare.

Nous découvrons dans un jardin la colonne de Pompée seul vestige du Serapeum détruit vers l’an 100 de notre ère . 
Sur le site près de la colonne , deux sphinx proviennent d’Héliopolis .
Nous ne verrons pas les aiguilles de Cléopâtre qui se trouvent maintenant à Londres et New York .
Nous visitons les Catacombes de Kom El Chougafa et la tombe de Tigrane .
La route Alexandrie – Siwa :
Le visiteur le plus célèbre de Siwa est sans aucun doute Alexandre le Grand, venu consulter l’oracle d’Amon dans un temple construit sous le règne d’Amasis, au VIe siècle avant notre ère.
Lorsque Alexandre entreprit ce périple mystico-politique pour venir consulter l’oracle lors de l’hiver de l’année 331 av. J.-C., il avait 24 ans, et avait réussi à chasser les armées perses d’Egypte. Alexandrie était sur le point d’être choisie comme nouvelle capitale .
Alexandre tenta de faire reconnaître aux prêtres d’Amon sa nature divine, gage de bon moral pour son armée et pour lui-même. Lorsqu’il se présenta aux portes du temple, il voulut qu’on lui confirmât qu’il était à la fois fils de Zeus et fils d’Amon, en qualité de nouveau pharaon.
Parti de Memphis, le jeune conquérant longe la côte jusqu’à Paraetonium (Marsa Matrouh), empruntant la piste qui porte en arabe le nom de Sikkah el-Sultân “le Chemin du Prince”, puis traverse le désert en cinq jours (alors qu’il en aurait fallu huit) par une piste qui n’a été goudronnée qu’en 1985.

Après quelques jours de marche alors que les hommes n’ont plus rien à boire, des trombes d’eau providentielles leurs permettent de remplir leurs gourdes; puis une tempête de sable efface la piste, deux corbeaux apparaissent et guident la caravane jusqu’à l’oasis. Alexandre est reçu dans le temple dressé sur l’acropole d’Aghourmi, par le Premier prêtre qui l’accueille par ces mots prononcés en grec : “Je te salue, mon fils ! Et reçoit ce salut comme venant du dieu. - J’accepte ce titre, mon père, répond Alexandre. Et désormais je m’appellerai ton fils.”L’oracle poursuit : “L’heureux succès de tes entreprises prouvera que tu es né du Dieu . Par le passé , tu étais invaincu , tu seras désormais , à tout jamais invincible ! ”
Nous suivons la même route sur 600km , et en une seule journée arrivons à Siwa qui est à 20m au dessous du niveau de la mer .

L’oasis est habitée depuis 10000 ans avant Jésus Christ , par des population Bérbères , les constructions étaient faites de terre séchée salée (Kershif) mais en 1926 des pluies intenses durant trois jours détruisirent une partie de la ville de Shali , destruction qui se poursuivit en 1970 puis en 1982 provocant l’abandon complet de la vieille ville .

Pourtant sur cette photo de 1922 les remparts avaient encore fière allure :
La ville moderne de Shali est construite en pierre de calcaire enduite de terre ocre qui permettent de conserver le caractère du site .
Mais nous sommes surtout intéressés par le Temple où se tenait l’oracle d’Ammon Zeus .

Il faut beaucoup d’imagination pour se représenter la scène d’Alexandre venu chercher sa légitimité dans cette oasis aux confins de l’Egypte .
Nous visitons l’oasis et ses magnifiques résurgences d’eau douce qui permettent les cultures et les palmeraies à perte de vue .
Nous faisons une excursion dans le désert Lybien , vers la frontière .

Au sud-ouest de la dépression de Siwa commence la grande mer de sable avec le champ de dune le plus vaste du monde entre l’Egypte et la Libye , on y trouve une dune de 140 km de longueur !

Parmi les singularités de ce désert , on y trouve le désert blanc là où la craie formée au fond de la mer au tertiaire (pliocène) subit des érosions éoliennes .
On y trouve de nombreux coquillages fossiles . Nous nous arrêterons sur le site d’une source d’eau chaude où les plus jeunes se baignent longuement .
A la tombée de la nuit nous assistons à un somptueux coucher de soleil sur les dunes

Nous nous promenons dans l’oasis luxuriante , avec ses 250000 palmiers dattiers avec une cinquantaines de variétés depuis le bas de gamme pour le bétail jusqu’à la grosse datte brillante et sucrée pour l’exportation .

Avant de quitter Siwa , nous nous arrêtons devant le mur , seul vestige du temple dédiéà Amon qui date de la 30ème dynastie (règne de Nectanebo2) . Ce Temple endommagé par un tremblement de terre en 1877 , fut ensuite détruit par un officier Egyptien en 1897 pour en récupérer les matériaux .
L’armée de Cambyse (il s’en est passé des choses à Siwa !!!)
C’est le célèbre historien grec Hérodote (484-425 avant JC ) qui avait relaté cet évènement dramatique : d’après lui, le fils de Cyrus II dit “le grand” : Cambyse 2 avait décidé d’envoyer une armée depuis Thèbes vers l’oasis de Siwa
afin d’en finir avec l’oracle du temple d’Amun.
C’est ce même oracle qui a été consulté un siècle plus tard par Alexandre le Grand et qui lui a révélé qu’il était le fils divin de Zeus, le même dieu qu’Amun.
Les soldats auraient marché durant 7 jours dans le désert et aurait trouvé une “oasis” (Al-Khargha probablement) Hérodote a écrit :
Un vent s’était levé depuis le sud, fort et meurtrier, apportant de vastes colonnes tourbillonnantes de sables qui ont enseveli les troupes et les ont fait disparaître.
Cette histoire était oubliée depuis l’antiquité car aucune trace des soldats n’avait jamais été retrouvée et on a pensé qu’il s’agissait plutôt d’une légende.
Les deux frères chercheurs italiens Castiglioni se sont concentrés durant 13 ans sur cette recherche même de cette armée , Alfredo Castiglioni révèle que tout a commencé lors d’une recherche de météorites près de Bahrin, une petite oasis non loin de Siwa.
Les deux frères ont alors trouvé des restes humains et quelques objets puis ce qui ressemblait à un abri naturel.
Il s’agit d’un rocher de 35 mètres de long, de presque 2 m de haut et de 3 mètres de profondeur. C’est un refuge parfait en cas de tempête de sable.
Les petits objets qu’ils ont trouvés grâce à des détecteurs de métaux sont très importants d’un point de vue archéologique car il datent de l’époque de Cambyse II.
Une analyse de la boucle d’oreille en argent retrouvée en très bon état montre qu’elle date de la période de l’empire Achaménide .
Alors que les soldats croyaient atteindre leur destination, ils ont trouvé devant eux un vent chaud venant du sud qui souffle sur le désert du Sahara : le Kahmsin .
Certains soldats se sont réfugiés dans l’abri naturel constitué par ce rocher et les autres se sont dispersé.
Après une enquête auprès des bédouins, les archéologues ont trouvé des centaines de crânes et autres ossements.
Certains de ces restes ont été dépouillés de leurs objets par des pilleurs de tombes : une épée a déjà été vendue à des touristes américains depuis longtemps.
Les archéologues pensent que le gros de l’armée est enterrée là, sûrement à 5 mètres de profondeur sous le sable …
A notre retour nous ne prendrons pas la route directe par le désert comme Alexandre pressé de retrouver le Nil , mais nous regagnons la côte avec un arrêt gastronomique à Marsa Matroum .
Pour ma part je ne veux pas quitter cette région proche de la Cyrénaïque sans visiter le musée militaire de la bataille d’El Alamein .
Montgomery arriva le 13 Août 1942 au Caire pour prendre le commandement de la 8ème armée il mit fin à la retraite des anglais devant Rommel vers Le Caire .
Il décida « de ne plus céder un pouce de terrain , chacun se battra et mourra sur place » .
Dans cette bataille longtemps incertaine , Monty ,contre l’avis de son état-major , refusa de stopper l’offensive , et au prix de 13500 tués ou blessés , il remporta cette victoire décisive .
Inauguré en 1956 par Gamal Abd El-Nasser le Musée commémore la bataille d’El Alamein où les troupes de l’axe Allemandes et Italiennes furent stoppées dans leur marche vers Le Caire .
Nous visitons avec émotion le cimetière anglais .
Ainsi se termine notre voyage sur les pas d’Alexandre le Grand














