49 d -Voyage en Orient 1967
Voyage en Orient ( Turquie – Liban ) été 1967
Par Nelly Josset-Rebière
Dans une Bretagne grise , en proie au vent et à la houle des grandes marées d’ Août , j’ai peine à imaginer le violet de la mer Turque sous son ciel bleu , l’ocre des colonnes grecques ou romaines , le bruissement éclatant de la lumière des pays du sud . Redevenue barbare dans ce nord fui des Dieux , comment croire à la beauté , à l’harmonie des paysages et de la vie dans ces pays de très haute civilisation –« Grande est notre indignité , Ô Zeus , Ô Baal , nous voilà très humbles , mais aussi pleins de ferveur devant vos autels , ne repoussez pas l’étranger , sacré pour vos peuples , et accordez-nous de retourner , en rêve dans vos pays préférés ».
Vendredi 30 Juin
Nous partons à 18h30 , joyeux et pleins d’espoir , mais avec une pointe d’inquiétude car notre équipage laisse à désirer d’une part , et d’autre part , nous ne savons pas si nous pourrons traverser la Syrie et entrer au Liban , l’année est évidemment mal choisie pour le tourisme en pays Arabe ! Or le but de notre voyage : c’est BAALBEC au Liban et PALMYRE en Syrie .
A 21h30 nous sommes à l’étape , Bourges , le terrain de camping est calme , à la française ! Profitons-en avant les grands campings internationaux …
Samedi 1er Juillet
Départ 8h30 …jadis nous nous levions plus tôt pour les longues étapes , mais après tout , qui veut aller loin ménage sa monture …nous découvrons avec plaisir que les transversales françaises se sont améliorées , enfin …sur quelques tronçons …
A Bourg en Bresse nous faisons quelques ultimes achats . Un autre arrêt à Saint Jean de Maurienne pour garder l’habitude quand nous allons au Sud , nous aimons nous y promener .
Vers 20h nous décidons de passer la nuit à Modane , nous suivons allègrement un fléchage « camping » pour nous apercevoir après quelques lacets dans un chemin caillouteux , à pente raide , que ce camping n’est sûrement pas accessible aux caravanes …pas d’autre solution que de poursuivre …une petite angoisse dans l’âme …effectivement nous accrochons et arrachons l’éclairage de la caravane et aboutissons à bonne hauteur ( à peu près le Mont Cenis ) à un petit espace plat où pourraient camper tout juste 3 ou 4 personnes !!! étant donné l’acrobatie pour y arriver , nous y passerons la nuit , très seuls , ravis de l’air frais aux senteurs alpestres et de la vue merveilleuse sur Modane et les monts environnants .
Dimanche 2 Juillet
Le lendemain matin , il faut réparer les dégâts et Claude passe une heure à refaire sa prise et à la fixer un peu plus haut .
Nous passons la frontière italienne vers 10h , et heureusement car la montagne est le centre de pique-nique pour les Italiens de Turin , et nous croisons de longues files de voitures . Puis c’est l’autoroute jusqu’à Venise avec le moment pénible de chaleur intense , humide , très peu supportable autour de Milan .
L’Italie est vraiment un pôle de chaleur , nous le vérifions chaque fois .
Nous arrivons à Venise vers 21 heures à notre camping habituel , hanté de moustiques comme à l’accoutumée … Naïvement nous choisissons un coin solitaire …hélas vers minuit , comme d’habitude ! des campeurs bruyants viennent monter des tentes en baragouinant allemand …j’avais oublié , mais ce sera la seule fois du voyage que nous ne regarderons pas les plaques des voitures dans un terrain de camping afin de nous établir près des français ou des anglais . Il faut fuir par dessus tout les Allemands gratteurs de guitare , grands chanteurs et grands buveurs de bière …et cela , toute la nuit !
Lundi 3 Juillet
C’est notre journée de repos à Venise , notre parking habituel a disparu , remplacé par un immeuble , nous voilà obligés d’aller sur l’île , c’est plus loin pour aller Piazzale Roma prendre le vaporetto , tant pis , l’enthousiasme de nous retrouver à Venise fait oublier fatigue et chaleur .
Agréable parcours sur le Grand Canal , les Palais Vénitiens sont bien beaux sous le soleil , le Rialto , la place Saint Marc suscitent toujours en moi la même émotion …les petites rues sont fraîches , nous allons à notre Café au pont du Rialto , d’où l’on regarde le trafic sur le canal , nous déjeunons un peu plus loin , toujours le long du Canal , de pâtes et d’une friture de poulpes , près d’une station de gondoles-ferry .
Comme il fait chaud , nous traversons jusqu’au Lido pour aller nous y baigner , la température de l’eau est 25° , nous apprécions ! Un petit orage sème la panique parmi les Vénitiens , pas question de se baigner sous la pluie dans ce pays ! Il est évident que Jupiter exprime toujours sa colère par le tonnerre et les éclairs , et qu’il est sage de chercher alors refuge et protection .
Nous revenons écouter un orchestre de la place Saint Marc , déserte encore de touristes à cette date . Le soleil couchant dore toujours les coupoles de la Basilique , quel dommage de ne pouvoir admirer cela plus souvent !
Nous recherchons ensuite le Théâtre et la place de la Fénice où nous dînons d’ une pizza à chacun de nos passages à Venise . C’est une toute petite place , comment en dire l’atmosphère ? : toute entourée de murs de pierre , sécurité , quiétude de ces pierres qui n’évoquent pas la prison mais la grâce et la douceur de vivre des Palais Vénitiens , grâce à un beau balcon en ogive , très Roméo et Juliette , romantisme et irréel du petit théâtre où s’allument des flambeaux à 21 heures , à l’heure où les belles vénitiennes , habillées de soie et de mousselines légères envahissent la petite place ; on assiste au spectacle et on y participe , sensation rare , dans la nuit claire , humaine et familière , on s’attend à voir paraître les Colombines et les Pierrots de la Comedia del Arte .
Le retour à Mestre fait toujours le même effet de chute , hors du paradis terrestre …
Mardi 4 Juillet
Longue route de Trieste, pour l’écourter nous prenons une autoroute toute nouvelle que nous ne connaissions pas , épisode comique , plus de Lires pour payer à la sortie , heureusement les voitures françaises sont nombreuses et nous échangeons facilement quelques Francs !
Le passage de la frontière Yougoslave est très rapide , les formalités bien simplifiées maintenant , un simple coup de tampon sur le passeport et en route pour Zagreb , où nous allons tout droit à notre camping – motel bien connu . Il est dit que nous arriverons toujours à Zagreb sous la pluie , notre pauvre caravane prend l’eau et nous faisons de tristes prévisions ( qui se réalisent très exactement ) sur le mauvais temps orageux et pluvieux qui règne comme à l’accoutumée en Europe Centrale .
Et pourtant , aujourd’hui , notre voyage a vraiment commencé car nous avons visité les Grottes de Postojna , que nous n’avions pas réussi à voir lors de nos précédents voyages . Sur 23 km un petit train électrique nous transporte dans des galeries et des salles aux étranges formations calcaires , en stalagmites , stalactites , rideaux , vasques et voûtes de toute couleurs , tantôt d’une blancheur éblouissante , tantôt rouillées , tantôt vertes , suivant les différents minéraux dont l’eau est chargée .
La visite , pourtant au pas de course ! dure 2 heures et les spectacles sont surprenants et toujours variés . J’ai fini par me sentir angoissée de me trouver sous terre dans un univers aussi étrange .
Dans les grottes vivent des poissons « humains ! ».
Et à 3km il y a la grotte noire , et un peu plus loin les Grottes de Skocjan…que nous verrons une autre fois …nous en avions vraiment suffisamment pour une journée ! Mais , bien sur , quel paradis pour des spéléologues .
Mercredi 5 Juillet : Zagreb –Belgrade
Nous faisons bonne route jusqu’à Slavonski Bröd , petite ville que nous connaissons déjà et où nous nous arrêtons pour faire des courses et chercher de la glace . La ville s’est transformée : grands immeubles , beaucoup d’autos ,il nous semble que la Yougoslavie est en bonne voie , les enfants ne mendient plus , les gens sont détendus et nous les trouvons beaucoup plus accueillants .
Hélas , c’est là que commencent nos malheurs , un pneu de caravane crève , puis un pneu de voiture , il va nous falloir sans doute passer beaucoup de notre temps si précieux à la recherche de pneus. Pour ajouter une touche grise , la pluie se met à tomber et nous songeons avec inquiétude au bas des placards de notre caravane qui prennent l’eau …Assez tôt nous décidons de nous arrêter avant l’arrivée à Belgrade : beau camp , un emplacement goudronné pour chaque installation , sanitaires luxueux et garage ! Nous devons renoncer pour ce soir à la chasse aux pneus car les garages ouvrent de 6 heures du matin à 14 heures …comme beaucoup d’administrations et d’usines .
Le rythme du travail yougoslave adapté à son climat chaud , nous semble bien séduisant !
Et nous nous endormons sous la pluie . Ah ! Ces climats d’Europe centrale !
Jeudi 6 Juillet Belgrade – Sofia
Nous avons obtenu au camp un pneu tubeless , mais pas de pneu de caravane …ce malheureux pneu de 2 CV va nous occuper .. je devrais dire préoccuper jusqu’à 16h30 … de 8 heures du matin jusqu’à 16h30 … sans déjeuner , bien sûr … les anecdotes pittoresques se déroulent … au garage Citroën , point de pneus de cette dimension , au Garage Yougoslave , dépositaire en gros , on veut nous en donner un parfaitement extravagant , trop grand pour la jante , … essai d’acheter une jante non couronné de succès ….rencontre d’ un yougoslave qui nous emmène dans sa Dauphine au Consulat Français … sommes très émus et plein d’espoir ! notre premier recours à un consulat ( j’oublie cependant notre mariage au Consulat Français de Grande Bretagne !) Nous obtenons des éclaircissements techniques pour Claude … « un 16 pouces ..il me faut un 16 pouces et ça ira … « espoir » … mais il est 1h30…le Consulat est loin de notre voiture … une course à travers Belgrade par une chaleur torride …. Comme dans un film …question de vie et de mort …et il y en a qui nous accusent d’être toujours en voiture et de ne pas faire de sport !! a 13h30 ;; nous achetons le pneu …restent deux problèmes ! Déjantera-t-il ? et voudra-t-il entrer dans le logement du précédent – Claude se fait fort de massacrer le bas de la penderie en 5 minutes , de retour à la caravane , l’espoir luit … un Yougoslave qui parle bien français (résistant dans le maquis du massif central ) nous aide et même nous indique un vulcaniseur pour réparer très …provisoirement la roue de secours.
A 16h30 , départ de Belgrade …embouteillage , queue de voitures , fin du travail .
Nous sommes très anxieux et je passe constamment la tête à la portière … la caravane a pris son allure claudicante , plus haute de 5cm d’un coté que de l’autre qu’elle va garder jusqu’à la fin du voyage .
A !heures du soir nous sommes à Nis , nous nous y arrêterons pour la nuit …hésitations…un petit regret , c’est si agréable les promenades le soir dans les villes Yougoslaves ….une foule intense .
Mais , d’après l’itinéraire , nous devons aller coucher à Sofia …et nous irons !
Nous passons la frontière à 11heures du soir , la pluie a transformé en bourbier le chemin accédant au camp , aussi continuons-nous sans trouver d’autres possibilité jusqu’à notre camp au delà de Sofia ( 10 km) où nous arrivons à 1h30 du matin …grâce à l’entêtement de Claude , car on nous avait embrouillé notre entrée de camp , depuis deux ans ! Quel plaisir de dormir seuls , sans bruit , dans la forêt mouillée .
Vendredi 7 Juillet Sofia – Edirne
Sous la pluie qui tombe encore , nous sommes déviés , et nous traversons la belle terre noire Bulgare , avec des serres à perte de vue , et les routes bordées de rosiers .
A Plovdiv nous allons déjeuner dans notre Balkantourist , yaourts et cafés qui sont de véritables chef-d’œuvres .
Nous assistons à une petite scène typique …qui me rappelle la Russie : une interprète Bulgare morigénée par une pure communiste .
Et nous crevons encore ! la roue arrière gauche de la voiture …nous en sommes , très humblement à prier les Dieux pour nous permettre simplement , d’atteindre Istambul … mais rester en Bulgarie , c’est trop triste !
A la frontière Turque , le premier miracle turc : la pluie cesse …le soleil brille , le ciel est bleu et le paysage ondulant sans végétation , prend une allure désertique .
Il y aurait beaucoup à dire sur la douane turque , c’est dans la tradition caravansérail ( les étapes des caravanes de la route de la soie) on y séjourne , on s’y attarde …l’organisation des bureaux y aide …mais aussi les gens s’y plaisent , c’est indéniable … l’indolence orientale fait des adeptes …les gens sont pittoresques , bizarres et louches . Les Turcs qui se ramènent des voitures allemandes , un groupe d’anglaises très folkloriques …
Nous finissons tout de même par gagner Edirne par une route finie , très bonne .
Notre premier Mocamp est confortable , silencieux , . Nous faisons le tour du camp ; seules deux voitures anglaises , tout le reste est français .
Grâce au Grand Charles , seul le Français se risque au Moyen-Orient cette année
Nous prenons notre premier repas turc avec un Fruko glacé .
Samedi 8 Juillet Edirne-Istambul
Sur le sol Turc , qui nous est cher , commencent nos vacances … les plus belles vacances de notre vie , pas une bribe , je n’en voudrai perdre et c’est pourquoi , vautrée dans mon indolence Préfaillaise je me chantais tous les soirs cette phrase d’ Eluard « avant que ma mémoire ne s’ensable » pour provoquer un sursaut d’énergie en moi .
Belles et bonnes , ces vacances , les belles choses vues m’ont fait du bien , transformée , j’ai retrouvé en moi un ancien enthousiasme , et passionnée d’enrichissement , la Beauté m’a donnée une joie permanente , adieu le spleen .
Si j’écrivais ma biographie (mais il faut un beau talent pour réussir dans un genre littéraire si démodé !) je diviserai ma vie en deux : avant mes vacances orientales et après !! mais que je revienne à Edirne .
Dès 4heures du matin , nous nous savions en Orient , sonnailles , clochettes des troupeaux , roues des charrettes cahotant sur les routes , coqs , poules , chats , chiens , gens , …et les appels des Muezzins de toutes les mosquées d’ Edirne . La poussière , le bruit , la lumière éclatante .. ;je jubilais et je pensais « nous y sommes bien !» Nous allons désormais nous offrir des loisirs , des retards , ..savourer la paresse .
Au lieu de nous précipiter à Istambul , nous allons donc faire un petit tour à Edirne qui est une ville très pittoresque .
Nous entrons dans la Selemaje Canié (1569-1575 ) , niche à prière ornée de faïence émaillée et nimbes en
marbre ajourée . La mosquée possède 4 minarets cannelés à 3 balcons , très belle , Claude essaie son turc sur un vendeur de souvenirs ..quiproquo sur le mot Büz ( glace ou autobus ).
Nous allons nous promener un peu dans le Bedessen ( Bazar couvert de 1414 avec 63m de long et 32 de large ) où nous achetons de la glace .
De retour au camp nous faisons le graissage de la voiture et la caravane , nous découvrons l’état catastrophique du 2ème pneu de la caravane …ce sera le second miracle Turc s’il tient jusqu’à Istambul ….mais pas d’autre solution que de s’y risquer … Je suis assez fière de la manière dont nous avons « fait face » …et pourtant , parfois , le moral était très , très bas …mais à deux , on est forts contre l’adversité .
Nous voilà donc sur la route d’ Istanbul , nous rencontrons des montreurs d’ours en grand nombre ,
régulièrement espacés , nous finissons par nous arrêter pour en filmer un , pensant au plaisir des enfants ( depuis qu’ils ont vu le film , ils descendent sur la plage , l’un jouant du tambourin , l’autre dansant appuyé sur son manche de pelle !) .
Petit incident , les 10 lires turques semblent insuffisantes !
Nous traversons d’immense champs de blé , une tortue traverse la route , nous avons des aperçus sur la mer avec des motels , de belles villas de vacances turques .
Nous oublions de manger à midi , une bonne habitude qui nous fait gagner du temps .
Nous arrivons à Atakoy , sur la mer de Marmara , vers 16h .
Nous nous baignons dans l’eau froide et le vent , du genre mistral . Comme à l’accoutumée Istambul , c’est bien Marseille , comme climat , jamais trop chaud , avec ce petit vent !
Puis nous filons à la poste restante : rien .
La route en bordure de mer relie complètement Atakoy à Istambul en passant sous Topkapi , jusqu’au pont de Galata – c’est très agréable avec la vue sur des bateaux de pêche verts et rouge , le ventre enfoncé sous l’eau , à la turque !
Sur le Bosphore les Ferry relient sans arrêt l’ Europe et l’Asie .
Verrons-nous des bateaux Russes ? En tout cas , le Bosphore est bien surveillé , des bateaux munis de gros phares balayent l’eau de leurs faisceaux lumineux , continuellement .
De jour comme de nuit le Bosphore nous offre un spectacle fascinant et nous nous attardons longuement dans un petit jardin en bordure de mer .
Dimanche 9 Juillet
C’est juré , ce dimanche est à nous , hors du temps décompté , on ne parlera pas de pneus , on en jouira pleinement .
Vers 10h30 nous sommes dans la Mosquée Bleue , doucement émus de la trouver plus belle qu’en nos souvenirs soi-disant idéalisés et nos rêves .
La mosquée du sultan Ahmet (1609-1616) possède 6 minarets à 2 ou 3 balcons , soutenus par des encorbellements de stalactites . La cour à portiques à 26 colonnes de granit supportant les coupoles des 4 galeries . Le Sardivan : Fontaine aux ablutions .
L’intérieur est majestueux : 72 mètres par 64 , les 4 grands piliers ont 5m de diamètre .
La décoration des murs est unique , revêtus de faïences ( fin 16ème ) où dominent les bleus et les verts .
Le mihrab et le minbar en marbre blanc de Marmara , ajourés ( il y a un morceau de la pierre noire de la Kaaba dans le Mihrab ) .
Grâce aux 260 fenêtres , la mosquée est très claire .
Malheureusement , l’afflux de touristes a un peu gâché les plaisirs d’autrefois , on est parqués dans un coin de la mosquée pendant l’office . Autrefois on été mêlés aux musulmans et on prenait part à la distribution de Loukoums et d’eau parfumée .
En quittant la mosquée , nous voyons une R16 de Libanais et leur demandons s’il nous sera possible de traverser les frontières (Syrienne et Libanaise ) . Le Libanais distingué et chauve , à l’accent français irréprochable , nous affirme que « pour nous » tout est normal , grâce à De Gaulle , et c’est le début des « Vive De Gaulle » qui nous accompagneront durant tout notre voyage au Liban .
Nous osons , enfin , entrevoir notre arrivée à Beyrouth ….moi , je pense aux temples de Balbeck .et Claude se voit sur le bateau Turc qui ramènera notre pauvre mécanique fatiguée de Beyrouth à Marseille …l’embrayage de la Consul devient bizarre , et Claude a déjà passé une soirée au camp à régler diverses « choses » , couché sous la voiture .
Pour célébrer , nous mangeons à midi …une foi n’est pas coutume ! devant la Mosquée Bleue : döner kebab , salade , yaourt . Puis nous allons traîner près de la porte de Beyazit de l’Université pour découvrir que le Bazar est fermé le Dimanche . Mais que toutes les places et rues du quartier s’adonnent avec frénésie à la foire aux puces . Pas un article que vous ne puissiez trouver là ! On imagine les yeux exorbités des antiquaires devant tant de trésors ! Nous achetons (presque) un samovar électrique !…
Vers 15h , nous décidons d’aller nous rafraichir sur l’eau , il y a tant d’excursions à faire sur le Bosphore et la Corne d’Or . J’aimerai bien aller voir la vieille forteresse de Rumeli Hisar ( édifiée en 1452 pour commander le détroit du Bosphore ) .
Nous prenons donc deux tickets pour 2 heures de bateau ( 1f50 chacun !) et nous nous installons avec
délice sur le pont . Nous faisons le trajet zigzag , une ville en Europe , une ville en Asie , en sautant quelques étapes …..jolies mosquées , , longs palais d’une élégance classique , jardins soignés , cafés , restaurants , bains dans la verdure … de chaque côté du Bosphore les pentes sont couverts de forêts … ah , les forêts turques , nous y penserons souvent un peu plus tard , confrontés à l’aridité Libanaise .
Nous formons le projet qui serait de louer une villa sur le Bosphore , et de passer de sages vacances à aller et venir avec un bateau à moteur sur le Bosphore , 15 jours de repos .
Les Turcs savent profiter de leur nature , partout des « gazinozu avec musique » le long de l’eau .
Et voici que nous sautons la forteresse de Rumeli Hisar pour aller directement à Enirgan ! Tant pis , des châteaux forts , cela fait barbare occidental …on se résigne facilement en Turquie , allons prendre un thé bouillant sortant de son samovar , que nous avons appris à manœuvrer , il y a deux ans à Ankara !
Ce fut délicieux mais très rapide car il valait mieux reprendre le bateau de 5h30 pour arriver avant la nuit à Istambul .
C’était le bateau du retour pour les habitants d’ Istambul aussi , très plein , le marchand de glaces y monte avec son triporteur sur lequel il a une place assise ! puis le vendeur de poires y prit place à une autre petite station balnéaire , et ensuite le marchand de Pickles avec tous ses bocaux qui balançaient dangereusement …
L’eau était douce et lisse , dorée par le soleil couchant .
Mardi 11 Juillet
La chance nous sourit , nous échangeons le mauvais pneu contre celui qui convient , et nous embarquons pour l’Asie pour Uskudar : nous prenons sans hésitation l’autoroute que nous connaissons bien , dans ma joie de nous retrouver pendant deux heures et progressant vers notre but …je néglige les pancartes et nous dépassons l’embarcadère de Yalova pour Kartal , nous faisons donc le tour de la mer de Marmara par la route … hélas , si nous avions su … Après Ismit nous tombons dans une route chantier de la pire espèce , ce n’est plus du 10 km à l’heure : c’est monter les roues les unes après les autres au sommet d’un trou qu’il faut en plus prendre en biais pour ne pas arracher l’attache de la caravane ….dans une chaleur intense et une poussière jaune continuelle .
Cherche-t-on à nous vacciner contre les déceptions et désespoir ?
C’est là que nous passons tout près d’Adaparazi ,qui sera 8 jours après le centre d’ un tremblement de terre . Les 232 km entre Istanbul et Bursa nous tiennent toute la journée sur la route , sans arrêt pour déjeuner , naturellement ! Grâce aux 60 derniers kilomètres , convenables , nous parvenons tout de même au camp de Bursa vers 4 heures et demie , nous dételons et nous précipitons à la mosquée verte (dédaignant .. hélas …la piscine du camp …qui aurait été bien méritée après une telle étape !)
Bursa , c’est une ville où nous aurions aimé rester , nous nous sommes longtemps promenés dans ses ruelles propres , aux marchés abrités du soleil par des banderoles de tissus tendues en travers des rues , avec des jardins et cafés autour de fontaines , sur les toits en terrasses . Ville très accueillante qui semble « vivre en marge du temps » dit le guide bleu , enthousiaste . C’est une ville très ancienne avec une acropole et des thermes de l’époque byzantine . L’antique Nicée aux remparts hellénistiques et byzantins se trouve tout près .
Mais comme nous ne pouvons tout voir , nous choisissons l’art turc des mosquées . La Yesil Cami ou Mosquée Verte se trouve sur une terrasse d’où l’on jouit d’un beau panorama sur la ville ( agréable café où nous dégustons nos premiers Vishnas : jus de cerise ) .
La mosquée date de 1424 , sur sa façade des fenêtres à encadrement de marbre ornées d’arabesques et de rinceaux . De chaque côté du porche dont la voussure s’orne de stalactites , se trouve une petite niche .
Un vestibule décoré de panneaux de faïence verte , donne accès à la salle centrale couverte d’ une coupole ornée d’arabesques . Là se trouve une fontaine où chacun boit et fait un vœu .
Dans l’Ulu Cami aussi il y a une grande fontaine occupant tout le centre de la mosquée , pour moi c’est une révélation du paradis , la beauté de la fontaine de marbre , la fraîcheur , le bruit de l’eau , la lumière tamisée , les tapis et les murs décorés , quelle récompense que la halte dans la mosquée , après une journée de travail avec les ablutions reposantes et purifiantes …la Paix !
Mais j’anticipe , revenons à notre mosquée Verte , nous faisons nos vœux , puis nous nous laissons imprégner par la beauté des lieux , assis sur un tapis . La salle du Mihrab est un peu surélevée par rapport à la première , les murs sont couverts de ces faïences vertes , ornées d’arabesques de fleurs formant des médaillons des rosaces et des guirlandes . Les richesses des coloris et les finesses des décorations sont exceptionnelles . Cela me fait penser aux merveilleuses coupoles d’ Ispahan .
Dans un jardin empli de cyprès , nous visitons ensuite le Yesil Türbe ou Mausolée Vert . Extérieurement il est recouvert de carreaux de faïence verte , au dessus des fenêtres court un grand bandeau reproduisant des versets du Coran .
L’intérieur est orné de faïence émaillée, l’encadrement du Mirhab est fait d’inscriptions en relief au milieu des guirlandes de fleurs , les vitraux et les faïences qui ornent leur encadrements sont aussi très beaux .
Nous dînons dans un grand restaurant spécialisé dans le Dolmer Kebab ( rôti de bœuf qui tourne sur une broche et dont on retire continuellement le dessus grillé en fines lamelles !) nous mangeons bien pour un prix très Turc , c’est à dire très modéré .
De retour au camp , nous abusons des délices des douches chaudes et du confort des Mocamps .
Mercredi 12 Juillet
Nous nous levons tôt , car nous avons une longue étape jusq’à Smyrne , par Balikesir , Sindirgi , Manisa , Izmir et le Mocamp d’Inciralti , au bord de la mer Egée .
Il faudra décidément y revenir , nous laissons un temple d’ Apollon sur une petite Île de l’Apollyont Golië , et près de Mangas , la paradis aux oiseaux où vivent une trentaine d’espèces d’ oiseaux ! Les routes sont bonnes mais tortueuses et surtout le relief est accidenté , nous passons plusieurs cols et comme il fait très chaud , nous pensons à notre pauvre vieille voiture !
Manissa est située dans une plaine fertile où l’on voit beaucoup de vignes .
Bornova , dans la banlieue d’ Izmir est entouré de vergers et de sources thermales .
Izmir est une grande ville (520 000 habitants) et il nous faut du temps pour parvenir jusqu’au port (le 2ème de Turquie ) . Notre cœur est pris aussitôt . La situation D’Izmir au fond de son golfe , étagée au dessus de la mer , me fait penser à Naples . La Place Konak est plantée de palmiers , toute simplette avec sa tour de l’horloge et sa mosquée , et quelle merveille de voir l’eau au ras des quais , inonder même la place ! On se croirait à Venise , comme cette mer Egée doit être douce et bien apprivoisée pour qu’on la laisse lécher Smyrne avec autant de familiarité .
A 11km , à Inciralti , plage abritée de gros palmiers se trouve notre Mocamp .
Les « bains » sont privés à la manière italienne et nous payons 2 lires pour aller nous revivifier après la longue route , nous trouvons encore l’eau fraîche … nous faisons les difficiles jusqu’à la côte Sud Turque !
Perse , Hellénistique , Pergame atteint son apogée en 190 avant notre ère , c’est une grande place de commerce qui rivalise avec Alexandrie avec une bibliothèque de 200 000 volumes , ( l’Egypte , jalouse , ayant interdit l’exportation du papyrus ) , le Parchemin , (du latin Perganem) fut découvert à Pergame .
Marc-Antoine offrit ces parchemins à Cléopâtre
Les Romains dotèrent la ville de deux théâtres , de constructions autour du Temple d’Esculape , la Basilique Rouge , L’Asclépion fut un lieu de culte consacré au Dieu de la médecine Esculape , et aussi un centre thérapeutique de réputation mondial . Marc-Aurèle et Caracalla y obtinrent guérison .
Suggestion , interprétation de rêves , bains d’eau et de soleil , remèdes à base de plantes , représentations théâtrales et divertissements , figuraient parmi les méthodes thérapeutiques …qui nous semblent étrangement modernes !
Un peu plus loin se dresse l’Acropole , sur un piton rocheux , dominant toute la contrée , dans un site magnifique . L’étendue des ruines est considérable et les fouilles sont encore en cours : murailles flanquées de tours , temple de Trajan , temple d’Athènes , amphithéâtre pourvu d’une scène mobile …plusieurs gymnases dotés de dépendances telles que : Odéon , douches , galeries de peintures et sculptures , thermes …qui ressembleraient à d’idéales maisons de la culture !
Les oliviers , les cigales , la douceur du climat sont toujours les mêmes …et comme notre vie me paraît mesquine , futile , barbare … après un tel degré de civilisation .
Nous nous promenons longuement autour de cette colline sacrée …puis nous reprenons la route d’ Izmir .
Nous nous baignons dans une jolie crique , l’eau cette fois est réellement bonne ..enfin ! et d’une transparence …
A Izmir , nous voulons rencontrer un ami de Bleuette , qui est avocat , il travaille dans un immeuble étrange , en bas , les écrivains publics avec leurs machines à écrire , au 1er et au 2ème , de longs couloirs avec des portes numérotées et des noms dessus , tous les avocats de la ville sont réunis là , nous découvrons Suha qui congédie son client et nous fait servir le thé , un ventilateur se balance sur la bibliothèque , cela donne l’impression de vivre dans un film au Mexique ! Il ne fait pas chaud à ce point , d’ailleurs .
Suha nous invite à dîner , ce que nous acceptons avec une joie indicible , notre rêve réalisé : enfin le contact réel avec la Turquie …nous pénétrons dans un intérieur Turc , en attendant l’ heure du dîner , Suha nous emmène sur les hauts de la ville , Izmir paraît de là une ville de rêve avec son golfe lisse , figé de paix , ses parcs , ses belles demeures étagées .
Nous bavardons à une terrasse de café jusqu’au coucher de soleil .
Puis nous allons chez Suha , il habite un appartement au bord de l’eau ! Sa femme est brune et très Turque , nous faisons également connaissance de la belle mère et de son fils de 18 mois qui nous surprend par son calme oriental …je ne plaisante pas : rien à voir avec nos affreux jojos occidentaux !
Une soirée de nuit claire , de clapotis d’eau , de calme détendu , d’amitié aisée sans effort .
Nous rentrons tard au Mocamp
Vendredi 14 Juillet
Très tôt nous arrivons à Ephèse ( Selçuk) .
Ephèse , avec Balbek , fut un de nos sommets artistiques , de très belles ruines , importantes , bien conservées , toute la beauté du marbre inaltéré , chaud sous le soleil , avec de belles statues encore en place dans les rues parfaitement dallées de marbre .
Il faut peu d’imagination pour recréer ce qu’il fut : d’abord Perse , Ephèse connut ensuite son âge d’or sous la domination romaine en 190 avant JC . Déjà ,au 2ème millénaire avant JC on y vénérait Cybèle , la grande Déesse mère que l’on identifie ensuite avec Artémis dont on peut voir de remarquables statues au musée d’ Ephèse .
Le temple d’Artémis était l’une des plus belle réalisation de l’art grec , 4 fois le Parthénon . Sans autre accès qu’un chemin à travers champs , nous ne l’avons vu que de la route ! Ensuite nous sommes allés à la ville romaine , les thermes du port ne sont pas encore dégagés , la voie Arcadienne reliait le grand théâtre au port ornée de colonnes et de statues d’allée de marbre .
Le grand théâtre comportait 66 rangées de gradins et pouvait recevoir 24.500 spectateurs ( c’est là que Saint Paul essaya de convertir au christianisme les habitants d’ Ephèse ) .
Après le théâtre , on prend la rue de marbre autrefois ornée de monuments , on y voit encore des bas-reliefs représentant des gladiateurs .
Au bout de la rue on parvient à la bibliothèque de Celsus , sa façade était ornée de statues de la Sagesse , de la Fortune , de la Science et de la Vertu . La salle de la bibliothèque était pourvue de 10 niches où l’on rangeait les parchemins , et , derrière ces niches , était aménagé dans l’épaisseur de la maçonnerie , un couloir d’un mètre de large pour protéger les manuscrits de l’humidité .
Au nord de la bibli se trouve l’agora hellénistique
Autrefois entourée de portiques sur lesquels s’ouvraient les boutiques du marché.
Le centre n’est pas encore dégagé d’une épaisse couche de terre .
On s’engage ensuite sur une large et longue voie dallée qui monte jusqu’à un petit col entre le Mont Pion et le Mont Cnossos .
Bordant cette voie de splendides vestiges nous apparaissent , une fontaine de marbre de style dorique , puis l’élégante façade du petit temple d’ Hadrien à côté des thermes de Scholastikia . Cette artère était bordée de portiques à colonnes de 5m de large , sous les portiques s’ouvraient les boutiques . Un peu plus loin se dresse la fontaine de Trajan avec une façade monumentale ornée de piliers et de statues , les frises des architraves sont très fines .
Au col , il y avait un arc de triomphe dont il reste les deux bases avec deux Heracleides sculptés en haut relief et un gros bloc sculpté montrant une Déesse de la victoire .
La voie est bordée d’un Temple , d’u Prytanée et d’un petit Odéon , plus loin des gymnases et la route de la Maison de la Vierge , reconnue comme lieu de pèlerinage par le Pape depuis 1963 , et ensuite , un immense champ de fouilles , toute une colline à creuser , à sonder . Les tremblements de terre , l’ensablement , ont enseveli toutes ces ruines , ce n’est que le début des découvertes , ici comme au Liban . Depuis 8000ans avant JC , ces pays ont connu des civilisations successives , on est en droit d’imaginer que chaque pouce de terrain fouillé révèlera quelque chose , pensée grisante pour l’esprit ! Toutes ces richesses possibles et mystérieuses accroissent encore mon goût pour la Turquie et je reprend place dans la voiture en imaginant colonnes et temples enfouis partout sous la route ! Et nous n’avons même pas assez de temps pour aller voir les ruines de Söke , de Piriene , de Milet , de Didyne , sans compter toute cette belle région de Mugla …où les sites archéologiques sont à tout touche sur la carte ! Il y aura matière à 2 ou 3 voyages encore…et pourquoi pas , l’an prochain …avec une Land Rover , car il n’y a guère de routes par là …les Turcs sont de grands bâtisseurs et ils en créeront vite , nous admirons tout ce q’ils ont fait en deux ans !
Nous allons à Kusadasi , nous baigner et déjeuner sur l’eau , merveilleux petit port où nous nous attardons quelques heures .
Le Mocamp est très attirant , plage privée de sable blanc avec paillotes comme à Tahiti !
Mais qui veut aller loin …doit prendre un esprit spartiate et nous voilà en route pour Pamukkale par Aydin et Denizli .
A la sortie de Selçuk ( nous visitons le musée au passage) , nous voyons un trè bel aqueduc romain construit sous le règne d’ Auguste . Nous continuons à passer près des ruines signalées par le guide bleu .
Nous subissons un petit orage avant Denizli , mais pas de camping en vue …nous continuons donc , de nuit jusqu’à Pamukkale ( en Turc : château de coton ) . Nous passons à coté de falaises très blanches dans la lumière des phares , et nous découvrons un sigle Camping sur une agora hellénistique … sans gardien , ni clôture ! ce sera notre seule expérience de camping sauvage en Turquie , nous sommes à côté du Motel de Pamukkale , et Claude découvre que l’on peut se baigner dans la piscine d’eau minérale et dîner sur le bord ensuite .
Merveilleuse cette piscine , à 10 heures de la nuit , entrer dans de l’eau à 40° . C’est la première fois de ma vie que je me baigne dans de l’eau un tantinet trop chaude pour pouvoir y nager vigoureusement , mais l’expérience est prodigieuse .
Nous dînons ensuite au bord de cette eau chaude avec l’impression de faire un rêve .
Samedi 15 Juillet
Le lendemain matin …triste découverte … la comédie …je ferais mieux de dire …la tragédie des pneus recommence ! Claude change un pneu et quelques minutes plus tard , le nouveau se dégonfle …panique ! Nous fuyons vers Denizli en regonflant de temps en temps , et nous voilà encore au garage . Pour un pneu ce n’est que la valve , mais pour l’autre , rien à faire , il refuse de s’appliquer à la jante …en désespoir de cause , on met dans ce « tubeless » …un tube .
Nous revenons et visitons Pamukkale , sous un soleil torride ….ayant dormi au milieu des ruines de l’ancienne Hierapolis ( 2ème siècle avant notre ère ) nous écourtons un peu cette partie là du programme pour passer à l’étrangeté du site naturel . Pamukkale s’étend sur un plateau de travertin formé par les
précipitations calcaires d’ une source abondante . Plusieurs canaux où coule une eau surchargée de sels calcaires sillonnent le plateau pour se jeter 100m plus bas. Sur la pente des falaises où l’eau se précipite en minces filets , s’épanouissent de nombreuses vasques à bords côtelés blanches et roses , spectacle surprenant . Les anciens croyaient que c’était une des portes de l’Hades à cause des émanations de gaz carbonique qui rendaient l’air irrespirable .
Ensuite nous retournons dans notre hôtel nous baigner dans la piscine , sous le soleil brûlant , il est bizarre de se plonger dans de l’eau chaude , mais ô miracle , dans l’eau transparente , nous apercevons des colonnes doriques , des frises , des entablements , des chapiteaux . Claude court chercher son masque , c’est merveilleux , toute une cité antique engloutie sous nos pieds . Le plus drôle c’est que Claude avait formulé le vœu de visiter des ruines sous l’eau fraîche de la mer , après avoir quelque peu souffert à travers les ruines de Pergame !
Cette piscine , nous ne sommes pas près de l’oublier , on lui décerne le prix du mystère et de l’insolite .
Nous repartons vers Antalya , par Burdur , nous voyons deux lacs dont l’un est salé comme le Tuz Golü avec des mirages et des couleurs extraordinaires de l’air au dessus de la croûte de sel .
Claude voit une charrette aux roues de bois pleines , comme celles d’un char romain . Pour moi j’admire , sans oser hélas , les filmer les merveilleux costumes des villageoises de cette région : pantalons de velours rouge brodés , larges ceintures , camisoles de soie et une large bande tissée et brodée qui retient les bébés sur le dos des mamans .
Nous déjeunons le long d’une route agréable , bordée d’arbres , une petite fille vient nous apporter des concombres et des pêches , par sens de l’hospitalité , sans accepter d’argent !
L’arrivée à Antalya , en traversant de longues forêts de pins , sur des collines rocailleuses dans le bruit assourdissant d’insectes qui nous rappelle la Provence , mais lynx , panthères , et loups peuvent être chassés en toute saison , dit un dépliant Turc qui pense ainsi attirer le client !
Antalya sera une de nos villes favorites du Sud , des allées de palmiers dans la ville , des portes romaines , des musées , un petit port enchassé dans les falaises et ses murailles antiques .
Nous en avons une première vision à partir d’un café qui le surplombe , et c’est encore plus beau que Kusadasi . A l’extérieur du port , un gros bateau de croisière est ancré , cela fait rêver !
Mais nous reviendrons demain matin , il nous faut maintenant trouver un gîte . Nous dédaignons un motel où l’on est déjà trop serré …et nous campons , vaguement sauvage ! dans un terrain Turc ! nuit folle …c’est samedi soir , motos et autos défilent , les chanteurs se succèdent au casino voisin ….et pour compléter , un cri étrange , à vous glacer le sang , se fait entendre à intervalles réguliers : hyènes , lynx , chats sauvages …. Je suis morte de peur .

Partant d’une petite place à minaret cannelé , nous descendons par d’étroites rues bordées de vieilles maisons à balcon en encorbellement .
Le gros navire de la Denizli Bankasi , qui avait jeté l’ancre dans la rade extérieure , est parti , une fois par semaine , la Denizli Bankasi relie Istambul àIskenderum en 7 à 9 jours , faisant escale dans bon nombre de jolis ports de la côte ouest et sud ( une petite croisière à envisager pour le prochain voyage ) .
Sur le port , une petite mosquée , un café frais , des bateaux de pêche verts et rouges , des gosses traversent le port à la nage en tenant leurs vêtements d’ un bras hors de l’eau , cela me rappelle un épisode du « roman de la momie » dans lequel un des héros traverse ainsi le Nil .
Les remparts qui enserrent le port , et la tour qui devait servir de phare , furent construits sous le règne de l’empereur Hadrien en 135 avant J C .
Le port fut utilisé par les Croisés qui évitaient ainsi la traversée de l’Anatolie sous contrôle Turc .
Il faut avouer que si l’on se baigne en hiver à Antalya , il fait très chaud en été dans le petit port abrité , aussi nous remontons vers la place de la tour de l’horloge encombrée de vrais cafés où l’on sent l’air de la montagne qui borde la splendide plage d’Antalya de tout son long ( des galets blancs sur 9 kilomètres ).
Nous achetons du pain et des fruits , nous longeons le parc municipal (beau jardin sur la falaise) . A ce propos je regrette de n’avoir pas parlé plus tôt de tous ces magnifiques parcs et jardins qui embellissent toutes les villes et jusqu’au moindre village . Le jardin public , avec des fleurs bien soignées et de beaux arbres , est une institution turque , et les gens semblent s’y promener avec le plus grand plaisir …L’effort mérite d’être loué car tout de même , il fait chaud , et il ne pleut pas ! Les Turcs savent vivre : jardins , tables et chaises de café à perte de vue , musique diffusée par haut-parleurs ! êtes-vous fatigué ou assoiffé , il est naturel de s’asseoir à une terrasse de café et d’u boire un grand verre d’eau glacée sans rien payer ! Quel sens de l’hospitalité et de l’amour de son prochain ….et comme nous avons honte de notre monde mercantile , dominé par l’argent ….mais je m’égare …en descendant un grand boulevard planté de palmiers et de fleurs , parcouru de calèches aux chevaux ornés de colliers de fleurs , on passe près de la porte d’Hadrien , percée dans la muraille Romaine , ce Propylée de marbre blanc s’ouvre par trois portes couvertes de voûtes en berceau ornée de caissons à rosettes et fleurs . L’entablement est richement décoré de rinceaux , d’acanthes , d’oves et de têtes de lions .
Vers midi , nous prenons la route d’Alanya en bordure de la Méditerranée . Nous laissons Pergé pour la prochaine fois ( avec notre caravane , nous voulons éviter les mauvaises routes ) . Mais nous bifurquons pour Aspendos où se trouve l’un des théâtres antiques le mieux conservé .
En effet , jamais nous n’en avions vu de plus beau , l’hémicycle dépasse le demi cercle ( 95 m ) . Comme beaucoup de théâtres romains d’Asie Mineure , la cavea est divisée en 2 meananium ( ensemble de gradins ) desservis par de nombreux escaliers ( 19 gradins et 21 escaliers dans le maenanium supérieur ) et 20 gradins et 10escaliers dans le maenanium inférieur .
Au sommet des gradins se développe une galerie voûtée reposant sur des piliers.
Les entrées au théâtre s’ouvraient sous une galerie de part et d’autre du bâtiment de scêne qui est intact de l’extérieur , quoiqu’il ait perdu son revêtement de marbre et ses niches à l’intérieur . Il subsiste des vestiges des deux étages de colonnades d’ordre ionique à la partie inférieure et corinthienne à la partie supérieure .
Le théâtre revit tous les ans en Mai à l’occasion d’un festival .
Tout le long du chemin qui nous ramène à la route principale , les enfants nous offrent des statuettes « antiques » … « antiques » …crient-ils ! qui sait ,il y en a peut-être d’authentiques .
Beau paysage de vergers d’orangers , de plantations de bananiers , et nous voilà à Side , enrichie par le commerce des esclaves , où le théâtre antique s’élève au dessus de la mer , les fouilles sont en cours et on dégage , une voie à portiques qui conduisait à la mer , des colonnes corinthiennes s’élèvent sur l’agora de plan carré .
La situation du théâtre qui domine une mer si belle , est remarquable , si le spectacle n’était pas bon , on pouvait toujours se repaître des beautés naturelles !
Sur cette plage , Cléopâtre et Marc-Antoine , se sont promenés .
Les archéologues Turcs font des fouilles dans le bâtiment de scène , et retrouvent les colonnes et les chapiteaux ornés de frises de tête de méduse et de masques comiques et tragiques .
Pour le bon équilibre de la journée , il nous faut quelque rare spectacle de la nature , nous l’avons à Manavgat où se trouvent les chutes de la rivière du même nom . Dans un paysage aride et à 3h de l’après-midi , par 35° ou plus , c’est un miracle que de découvrir ces chutes ! Il règne tout autour du site aménagé en lieu de pique-nique une fraîcheur de caverne .
Lundi 17 Juillet Alanya – Silifke
Nous partons très tôt et un peu angoissés , c’est l’étape que nous redoutons depuis le départ de France , la route est mauvaise , parfois une simple piste , Claude a même acheté une pelle américaine au cas où il faudrait refaire la route avant de passer . Nous nous arrêtons un peu à Alanya qui a beaucoup de charme avec son promontoire où les maisons s’étagent au dessus de l’eau et dans la verdure , là encore il y a des murailles grecques et romaines , et des chameaux sur la plage …
Puis la route s’élève dans une région montagneuse couverte de belles forêts , passant souvent en corniche au-dessus de la mer pour révéler des points de vue remarquables , cela rappelle la côte Dalmate en Yougoslavie : caps montagneux et golfes , , changement de teinte de l’eau du violet au turquoise , effets de mirage des nuages de la ligne d’horizon .
Les Turcs , installés sur leurs belvédère de feuillage , dans ces paysages si beaux ont bien de la chance . Pour profiter du courant d’air , sans doute , et bien dormir , les Turcs des villages plantent 4 perches et installent dessus une plate-forme munie d’un dais de feuillage , qui est leur chambre à coucher d’été ! En ville , on installe ses piquets et ses lits sur la terrasse ou le toit de la maison . L’architecture des maisons tient compte de ces habitudes .
Vers 11 heures nous arrivons au Château d’ Anamur , situé sur le cap le plus méridional de toute la Turquie
. Nous le visitons en détail car il est bien conservé et tellement bien situé . Nous nous en remettons à un petit guide Turc qui m’offre des fleurs de laurier rose .
Construit en 1230 par les Emirs de Karaman , et autour d’une cour se disposent : fontaine , bains , mosquée , donjon . Les tours sont battues par les flots , et de tout côté le spectacle est ruisselant de lumière .
Du haut de la tour j’aperçois une paysanne à la démarche de reine portant une amphore sur sa tête .
La route nous promène à travers une région très accidentée et soudain la voiture s’arrète , explosion du
côté du radiateur …un moment de vraie panique , nous sommes si loin de tout . Claude , heureusement comprend , remet de l’eau et ne rebouche pas hermétiquement le radiateur , et nous pouvons repartir …mais combien de temps , l’embrayage et la pompe à eau , tiendront-ils ? Il devient nécessaire d’atteindre Beyrouth …nous sommes incapables de rentrer par la route !
Après toutes ces alternatives de joie et de désespoir , nous arrivons tout de même au Mocamp de Silfifke qui m’a marqué le cœur … je l’ai regretté , ce camp …quand j’étais au Liban . Si nous avions su , nous aurions pu y rester 2 ou 3 jours . C’est un des plus joli coin , cela ressemble à Sveti Stephan .
Le camp au bord de la mer , est situé à côté du Château de la Terre de Korigos (élevé par des rois Arméniens au 12ème siècle , et des fouilles sont entrain de révèler des vestiges grecs et romains . Ce château est prolongé par le château de la mer , établi sur un îlot et qu’une digue , aujourd’hui détruite reliait au premier.
Nous installons la caravane dominant la mer face au château sur l’îlot , nous nous baignons , nous filmons , nous dévalisons les réserves du mocamp .
Le lendemain matin nous déjeunons sur la table à pique nique dans le plus beau site du monde .
Mercredi 19 Juillet
En route pour la frontière ( Yayladagi) .
Avant d’y arriver nous prenons un douanier Turc en auto-stop ! Cela nous semble de bonne augure .
Quand nous arrivons à la fameuse frontière Syrienne nous voyons une voiture Libanaise , c’est rassurant , , il y a aussi de beaux panneaux : Bienvenue en Syrie …Camping à …km
Les pauvres , c’était l’année internationale du tourisme …quel gâchis !
Ils sont d’une amabilité , nous font asseoir , parlent français , recopient tout notre passeport de gauche à droite sur un grand livre .
Puis nous allons prendre notre assurance valable pour les trois pays ( Syrie , Liban , Jordanie) , et là , nous avons la surprise de notre vie , l’assureur nous entreprend et s’indigne : »comment ! juste traverser la Syrie …vous n’y pensez pas , vous n’avez rien vu si vous n’avez pas vu Palmyre , le Krack des chevaliers , Damas …L’année prochaine vous reviendrez ? Mais non , vous serez morts l’année prochaine , qui peut prendre une assurance sur la vie ! Et de nous sortir un prospectus de tourisme et nous faire un plan de visite de la Syrie en 3 jours … en couchant à Tripoli au Liban , cependant il ne nous invite pas à coucher en Syrie . Notre étonnement et notre joie sont grands ! Je me sens énervée par le contraste entre ce que nous avions pensé et la réalité et , pour un peu je pousserai des cris et je danserai .
Il reprend sa démonstration sur un autre plan , la Syrie c’est l’Orient, et pour appuyer sa thèse , il de fait apporter son narguilé et nous offre deux bons cafés arabes ! Nous remercions avec effusion et le quittons ,décidés à faire en partie ces conseils , à nous Palmyre , demain !! Je suis vraiment très très heureuse car je n’y comptait pas pour cette année .
Grâce à De Gaule , nous passons donc la frontière , un peu honteux en passant devant tous les européens qui sont interdits de Syrie .
La Syrie est d’abord très boisée à sa frontière , et la route est mauvaise .
Lattaquié est un grand port assez laid . La côte est plate et sans comparaison avec la côte Turque ! Les ponts sont gardés et je vois , une seule fois deux mitrailleuses braquées sur la route .
Aucun cri hostile , pas de barrages , somme toute moins de surveillance qu’au Liban . Les hommes portent le voile blanc retenu par une tresse noire , quelques uns sont entièrement vêtus de blanc . Nous prenons un auto-stoppeur français (professeur d’ histoire ) avec lequel nous passons la frontière Libanaise . Les Libanais sont curieux , ils demandent à Claude toutes sortes d’explications et c’est très long ..
Enfin nous voilà au Liban , avec le sentiment d’avoir accompli une action d’éclat ( non pas à cause des frontières , mais à cause de la voiture ) .
A un barrage de police peu après , notre fanion bleu , blanc , rouge , fait merveille : « Bienvenue et vive De Gaulle » Tout Libanais est bien élevé et commence toujours ses phrases par « bienvenue au Liban » . Ils sont d’une gentillesse extraordinaire et tellement pro-français , que c’en est gênant !
Dès cette première après-midi … nous sentons que nous avons perdu le dépaysement , en un sens , nous sommes déjà rentés en France ! Tout est écrit en français dans les rues et les gens parlent français dans les rues et même parlent français entre eux …avec un accent qui rend la chose encore plus troublante .
Nous arrivons à Tripoli , le bureau de tourisme nous indique un camping : c’est un établissement de bains , nous sommes en bute à la curiosité des gens , et en temps que femme , nager en maillot fait un peu scandale ….je me sens alors en pays arabe ! Constamment nous allons y penser , à la suite de petites anecdotes …ah …non , ce n’est plus la Turquie .
Nous nous promenons à Tripoli , c’est une ville assez peu attirante , louche …nous cherchons une banque , mais au Liban on ne change pas d’argent dans les banques , il faut avoir recours aux changeurs dans la rue , c’est libre nous dit-on …nous n’apprécions pas !! et la poste qui n’a pas de boite aux lettres à l’extérieur !! Un seul bon point de très bonnes glaces mangées dans un genre de salon de thé . Quand nous rentrons le soir , à la nuit tombée , des gens alignés sur des chaises à côté de la caravane …ça nous rappelle « Bambou village » à Athènes .
Jeudi 20 Juillet
A 6 heures du matin , pleins d’entrain , nous voilà partis à la conquête de Palmyre , 200 km de désert , l’ Oasis de Palmyre ! je relis fébrilement mon Guide Bleu . Nous voyons le gros pipe-line qui transporte le pétrole depuis l’ Irac , et toutes les installations et raffineries derrière les barbelés de la « Iraq Petroléum Company » La route est encombrée et Claude commence à subir les conducteurs Libanais qui ont vraiment des notions originales avec des Mercedes , ils klaxonnent et passent …on doit se garer …rentrer dans la paroi rocheuse ou descendre dans le fossé ! Il faut compter les rencontres dans tous les tournants et tout les sommets de côte …heureusement , on ne va pas vite dans ce pays .
A la frontière Libanaise , les douaniers nous avertissent « ils ne vous laisseront pas passer » .
Confiants grâce aux assurances qui nous ont été données hier , nous poursuivons jusqu’à la douane Syrienne où effectivement nous nous faisons refouler …rien à faire , dans un mois disent-ils …nous sommes furieux …en même temps que déçus .
Par la suite nous apprendrons l’incohérence qui règne aux frontières Syriennes , à l’un on permet de séjourner 3 jours , à l’autre on ne donne qu’un permis de 10 heures pour traverser le pays …et certaines nations (les anglais) n’ont droit à rien …. Nous renonçons du même coup à Damas .
A 10 h nous sommes de retour à Tripoli et comme il commence à y faire chaud , nous partons aux Cèdres , ce sera le début d’une habitude Libanaise que nous adoptons , aller passer les plus chaudes heures en montagne car la chaleur forte et humide est oppressante et désagréable ( bien différente de la chaleur sèche tempérée de brise qui régnait en Turquie ) et la montagne est toute proche et à 15 km nous sommes au dessus de 1000 mètres et il fait frais et partout des hotels , des cafés , des belles villas . Toute la montagne le long de la côte , n’est qu’une villégiature d’été . Les familles s’y transportent dès le début de l’été et les Libanais y remontent chaque soir après le travail .
Nous montons jusqu’à 1921 mètres , les cèdres se plaisent près des neiges éternelles .
Nous traversons de très jolis villages recouverts de tuiles rouges où voisinent , Ô surprise , la mosquée et le clocher , la tolérance existerait-elle vraiment ?
Faudrait-il pour jouir de la sagesse avoir derrière soi 8000 ans de civilisations ?
Des gorges profondes avec des couvents , les Maronites se sont longtemps réfugiés dans ces montagnes . On peut encore voir des églises décorées de fresques dans des cavernes .
A Dimanz , qui est la résidence d’été du Patriarche Maronite , on peut voir dans le couvent des fresques Byzantines du 15 ème siècle .
Et voici les cèdres de Bécharré , derniers vestiges des vastes forêts qui recouvraient les monts du Liban à l’époque biblique . Constamment , nous déplorerons ces monts arides et pelés …où nul n’a eu la sagesse d’amorcer un reboisement .
Salomon , pour son temple , les Egyptiens , les Phéniciens , tous les utilisèrent pour faire des statues , des maisons , des mâts pour les navires .
Les Cèdres qui restent sont sous la protection du Patriarche Maronite qui a défendu qu’on les coupe ou les abîme Certains ont 700 , 800ans, et même 1000 ans , les plus hauts mesurent 25 m de haut et 12 m de circonférence à la base du tronc . Le bois ferme et imputrescible ,
ressemble au bois d’olivier .
Les noms de Lamartine et de sa fille Julia sont gravés le tronc de l’un d’eux .
Nous achetons de petits chameaux et un petit cèdre sculpté dans ce bois , puis nous prenons un café sur une terrasse au dessus des cèdres .
Nous revenons vite à Tripoli et comme nous avons déjà fait le tour de la ville hier , et que le camping ne nous plait guère , nous partons pour Beyrouth . Nous traversons des plantations d’orangers et nous filmons des éoliennes à perte de vue le long de la mer , qui servent à faire monter l’eau de mer sur des plaques cimentées où elle s’évapore et laisse son sel . Tous ces moulins qui tournent sur la mer bien
bleue nous ravissent !
En passant à Byblos ( Gubayl) , sur une intuition , nous décidons d’entrer sur le terrain de camping ….et nous découvrons le merveilleux camp d’ Amchit , le seul du Liban , en fin de compte , et merveilleux autant par son confort , sa situation , que par l’accueil chaleureux du propriétaire qui ne sait que faire pour nous rendre heureux ! La caravane est installée au bord de la plateforme au-dessus d’ une belle crique méditerranéenne de rochers , où l’eau est limpide et délicieusement tiède ! le bloc sanitaire est inclus dans la terrasse de café –restaurant , on peut prendre une douche en regardant la mer comme si on était dans un yacht …je
mets mon beurre au frigo où un compartiment est prévu , à l’usage des campeurs . Il ya une épicerie très complète avec prix non majorés et le petit garçon brun qui régit le camp en l’absence de Monsieur Malek nous sert à la fois de mère-poule ( il commande du pain pour nous sans qu’on lui en parle ) et d’ange gardien ( après avoir barricadé sa grille de fer et son cadenas, il dort sur un lit de camp devant la dite grille !)
Nous laissons le camp pour aller à la découverte de Byblos , le plus vieux port du monde . En 5000 avant J.C Byblos était le grand centre commercial et religieux de la côte , avec des liens constants avec l’ Egypte qui explique le culte d’ Isis , et que les Rois se fassent enterrer à la mode égyptienne .
L’art phénicien est un mélange original d’influences Mésopotamiennes et Egyptiennes , avec des Dieux Sémitiques . C’était la terre des Dieux dans le monde antique . Isis venait chercher Osiris , la mort d’Adonis faisait rougir le fleuve d’Adonis , lieu de culte !
Nous commençons par admirer le petit port à l’abri de ses remparts médiévaux , à l’avant des rochers se trouve le port phénicien .
Une auberge de « Saint Tropez » et un Biblos Fishing Club démontrent que les gens de Beyrouth apprécient sa beauté .
Nous montons au château Franc par des petites rues étroites , bordées de murs . A l’entrée un guide local nous propose ses services , nous l’acceptons , il nous fait d’abord visiter l’affreux château féodal édifié par nos barbares de croisés qui ne trouvaient rien de mieux que de couper les colonnes des Temples antiques pour consolider leurs murailles ! Ce pauvre Liban est tout couvert de ces châteaux Francs , témoins honteux d’un vandalisme qui dépasse l’entendement , nous fuirons leur visite autant que possible , mais nous retrouverons ces pauvres colonnes dans les murs du château de la mer à Sidon (Saïda) ! Ensuite notre guide , du donjon du château , nous montre les différents remparts de la ville , et les différents des fouilles : 7 niveaux de civilisations accumulées , et il faut déplacer le théâtre romain et le rebâtir ailleurs pour trouver dessous la ville phénicienne , la ville néolithique avec des sépultures en jarre , puis les vestiges préhistoriques . Monsieur Maurice Durand , que nous avons la chance d’apercevoir , dirige les fouilles depuis 1⁄2 siècle ( depuis 1921) , il a dégagé des remparts , des temples , des tombeaux .
La nécropole Phénicienne nous passionne , neuf hypogées dégagées , on y a trouvé dans des sarcophages et autour dans des chambres funéraires , des objets , des ameublements , des bijoux très intéressants ( ils ont été transportés au Musée de Beyrouth ) . Le dernier tombeau découvert le fut grâce à un raz de marée qui força la porte du couloir d’accès qui était tout tapissé d’ or , au pied de la colonnade . ( les inscriptions Phéniciennes du tombeau D’Ahiram , roi de Byblos ) .
Sur l’acropole , on voit des colonnes du sanctuaire romain et le théâtre reconstitué , le sol de l’orchestre qui comportait une belle mosaïque représentant un Bacchus a été transporté au musée de Beyrouth .
Nous rentrons à notre camping d’Amchit , au pied du village d’ Amchit sur une colline pierreuse qui est célèbre par le séjour de Renan qui perdit là sa sœur , enterrée dans le cimetière d’ Amchit . :
« sous les palmiers d’Amchit , près de la Sainte Byblos , non loin du fleuve Adonis , où les femmes des mystères antiques venaient mêler leurs larmes » ( Renan : Préface de la vie de Jésus )
Dimanche 23 Juillet
Nous partons à 7 heures moins le quart pour pouvoir visiter un peu avant la grande chaleur . Nous suivons une longue route à travers la montagne pelée , avec des paysages arides mais grandioses .
Baalbeck se trouve au pied de l’ Anti-Liban , à 1100m d’altitude , ce qui lui vaut un climat tempéré .
Nous arrivons vers 10h et découvrons l’entrée des temples après quelques errements . Nous prenons un guide pour une première visite , puis nous reverrons tout seuls , nous attardant où il nous plaît .
Nous montons les degrés qui mènent aux propylées , puis nous passons dans l’avant-cour hexagonale de 60m de profondeur , entourée d’un portique sur colonnes et nous continuons dans la grand cour aux sacrifices de 135m de long par 113M de large . De là, nous avons une vue général de l’autel monumental et du temple de Jupiter Héliopolitain , nous sommes accablés , écrasés par les les proportions gigantesques de l’ensemble architectural …et étonnés par l’ordonnance , l’organisation des sanctuaires .
L’entreprise était à l’échelle de l’Empire Romain et non d’une province . Les Empereurs Romains voulaient unir dans un même culte l’ Orient et l’Occident . Ces temples symbolisaient leur politique religieuse : le Dieu Phénicien du soleil : Baal devint Jupiter Héliopolitanus ( les Grecs ayant nommé Baalbeck :Héliopolis , cité du soleil ) . Et d’autre part l’Orient a influencé l’ Occident dans la construction des temples ( la suite des cours rappellent les parvis du Temple de Jérusalem ) Les figures divines qui représentent les Dieux Assyriens ( Hadad avec la foudre et le fouet ) L’autel monumental ( 18 mètres ) où devait s’accomplir ces « sacrifices sur les toits » dont parle la Bible .
Dans cette grande cour , deux bassins servaient à purifier les animaux avant le sacrifice , sur l’un d’eux , de fines sculptures de tritons , méduses Cupidons chevauchant des dragons et des motifs de style funéraire : génies , bucranes (tête de bœuf sculptée) , porte guirlandes .
L’autel monumental reconstitué au centre de la cour permettait aux fidèles de monter par des escaliers pour assister aux sacrifices sur l’attique .
Un autre autel-tour permettait d’apercevoir la statue du Dieu au fond du temple.
Le temple de Jupiter est construit sur un énorme soubassement qui le surélève de 7m50 au dessus des autres monuments . Il mesurait 87m de longueur sur 47 m , avec 54 colonnes (il ne reste que 6 d’entre elles de 20m de hauteur et 2m20 de diamètre , dominés par un entablement merveilleux que nous contemplons longuement . La frise de l’architrave est décorée de taureaux et de lions et la corniche décorée d’entrelacs , de perles , oves , grecques , acanthes , têtes de lions gueules béantes .
Les six colonnes furent très admirées de Lamartine , ainsi que les trois fameuses pierres de la terrasse ( chacune mesure 20m par 4,50m par 3,60m : la légende populaire a évoqué des géants , des êtres venus d’autres planètes pour mettre en place ces blocs).
Sur la terrasse du temple , on jouit le mieux de l’atmosphère et du site extraordinaire . Entre ces pierres et ces colonnes roses et dorées , on aperçoit les montagnes couvertes de neige éclatante , très loin . Le soleil règne , s’insinue dans la pierre , en sublime la décoration , grandit encore le groupe des 6 colonnes élancées , si parfaites dans leurs proportions et leur grâce , régal de l’œil comme de l’esprit .
Baal , Soleil , maître des Dieux et Seigneur de la Beqaa , quels sacrifices t’offrirons nous sur tes autels consacrés ?Nous accorderas-tu la durée de cette paix et de cette joie qui s’enroulent autour des colonnes de tes temples !
Les animaux égorgés , tu dois en avoir perdu l’habitude depuis dix huit siècles ! voici nos offrandes à nous , précieuses pour qui aimerait les pauvres humains ! La lassitude et les épreuves du voyageur venu de terre lointaine pour t’adorer , sa ferveur et son amour pour ta demeure , son émotion douce et vive à la fois . Je ressens douloureusement comme « la charrue de mes mots est rouillée »pour exprimer à quel point nous avons été comblés dans ces temples . Dans cette pure lumière bleue et dorée qui vibre , les angoisses métaphysiques des pays brumeux et voilés , ne sauraient survivre .
Si j’étais psychiatre je soignerai mes clients (efficacement) avec un billet d’avion pour Baalbeck et tant pis pour le déficit de la Sécurité Sociale !
Mais , me voilà revenue sur terre et je continue ma visite par le Temple de Bacchus (pour le guide Libanais) Mercure (pour le guide bleu) . Il est bien conservé , de 9m sur 36m , huit colonnes en façade et 15 de chaque côté , et des colonnes cannelées dans le pronaos . Le péristyle est très bien conservé avec 9 colonnes et son plafond à caissons , ces caissons sont merveilleusement sculptés : Mars cuirassé , une Victoire ailée , Diane prenant une flèche , une Tyché avec corne d’abondance , Vulcain , Bacchus , Cérès …
Sur des fragments de caissons tombés du plafond , on distingue Ganymède enlevé par un aigle , Héliopolis , une Méduse , un Sylvain …
Les chambranles du portail de la Cella sont sculptés avec une très grande finesse : épis et pavots entrelacés de pampres et lierre .
En bas , des thèmes historiques : Pan , Satyres , bacchantes . Sur le Soffite du linteau , un aigle tient dans ses serres un caducée , et dans son bec de longues guirlandes que supportent des génies .
La cella est très richement décorée de colonnes cannelées engagées et d’une double rangée de tabernacles , l’Adyton a disparu .
On sort des temples par un immense tunnel de 120m sur 5m . A l’extérieur le troisième Temple dit de Vénus , est en cours de fouille .
Nous achetons quelques cartes , les vendeurs se disputent notre clientèle , étant donné la rareté du touriste ! Le guide nous avait déjà expliqué comment les autres années , les temples grouillaient de visiteurs les dimanches .. Dans un certain sens nous avons de la chance !
La communion avec le Dieu ne doit pas être facile dans la foule ..
En cherchant la carrière ..nous visitons une source abondante à Râs el Aïn , site ombragé où les Libanais pique-niquent , ou mangent dans de nombreux restaurants . Des fûts de colonnes dispersés près de la source ajoutent encore à l’intérêt de l’endroit .
Nous finissons par trouver la carrière où reste un des blocs de pierre destiné au temple , celui-là mesure 21m50 de long , 4m20 de haut , 4m80 de large : 2000 tonnes !!
Nous faisons un détour par Anjar ( restes d’un palais arabe) avant de rentrer .
Nous traversons d’immenses troupeaux de moutons , il semble qu’il y ait beaucoup de nomades dans cette région .
A Anjar , nous sommes encore les seuls touristes , quel bonheur de découvrir toutes ces ruines , il y a la belle colonnade des ruines des Palais des princes Omeyyades mais aussi toute une ville antique , qu’on est en train de découvrir , des statues , des colonnes , assez loin des ruines plus vieilles , des lions …
En l’absence de tout guide , je n’ose me prononcer pour une civilisation Assyrienne ? C’est émouvant , on a presque l’impression de participer aux découvertes .
Nous traversons Chtaura , ville étape sur la route de Damas (restaurants , pique-niques) et nous rentrons à Byblos , ravis , et avec suffisamment de soleil encore pour nous baigner dans la crique .
Ensuite : dîner de concombres cuits , œufs et yaourts , dans la belle lumière sur la crique au soleil couchant .
Ce qui me donne un petit regret : assister au coucher de soleil sur Balbeck et …si possible à un spectacle là bas . La compagnie Barrault de l’Odéon s’y produit fin Août …dommage , il faudra revenir .
Mardi 25 Juillet
Nous prenons un bain matinal dans notre crique , les vagues , assez fortes nous font craindre une mauvaise mer pour demain .
Nous partons à la recherche du Musée de Beyrouth que nous avons beaucoup de mal à trouver ! Nous avons encore du mal à payer ensuite ! Mais nous sommes récompensés de nos efforts , car cela complète notre visite de Byblos .
En bas , nous voyons des stèles avec des inscriptions Phéniciennes , une statue Egyptienne colossale , des trônes Phéniciens , des statues grecques et romaines et des mosaïques .
Au sous-sol se trouvent des sarcophages , comme celui d’Ahiram ( roi de Byblos : 13ème siècle avant JC) , l’hypogée de Tyr , décorée de peintures représentant des scènes de mythologie grecque ( Tantale , Héracles , Hermes , Pluton …). Et des sarcophages de Sidon, qui se dégagent de l’influence égyptienne .
Au premier étage , c’est le plus intéressant , tous les objets provenant des fouilles de Byblos , des armes et outils de pierre , des haches ( du paléolithique inférieur ) .
Au 4ème millénaire avant JC : des jarres sépultures .
Au 3ème millénaire avant JC : des bronzes, des poteries, des vases d’albâtre donnés par les Pharaons .
Au 2ème millénaire : des céramiques , des figurines de bronze , des ivoires , des bijoux et des vases .
Dans le Temple aux obélisques de Byblos on trouva des haches en argent , des bronzes , de l’or , des figurines , des bijoux , des coffrets , des sceptres .
Le musée ferme à midi , et on nous met à la porte , heureusement , un guide a aidé notre progression devant les vitrine du trésor de Byblos .
Nous revenons vers la corniche de Beyrouth , nous filmons les immeubles et la circulation devant la grotte aux pigeons .
Ensuite nous allons faire nos achats de souvenirs : coffret précieux … le marchand nous offre à boire .
En rentrant à Byblos , nous nous baignons sur une très belle plage de galets , près d’ une vieille muraille . Nous achetons à Byblos des fruits et notre Journal d’Orient , et nous rentrons au camp pour manger nos habituels yaourts et préparer la valise .
Claude lave courageusement la voiture , et nous allons ensuite faire nos adieux à Monsieur Malek et son aide , il faut écrire sur le livres d’or et promettre d’envoyer une photo .
Mercredi 26 Juillet
Il nous faut aller embarquer sur notre Akdeniz pour 6 jours , ce sera long si on a le mal de mer .. je suis très inquiète et je cherche vainement et longuement des pilules anti mal de mer !! Dire au revoir nous donne l’occasion de visiter la grande caravane des parisiens , partis pour visiter Persépolis et revenus rapidement , dégoûtés de trouver un soldat Jordanien sous chaque grain de sable du désert , et de ne pouvoir progresser , à raison d’un contrôle militaire tous les 10 km dans la région de Jérusalem !! Evidemment , l’année n’est pas favorable .
Leur caravane est magnifique : frigo + glacière , volets à projection, fenêtres à manivelles , double cloisons , double toit bourré de matière isolante anti chaleur et anti froid , magnifique mais lourde : 1 tonne 200
Nous parcourons une dernière fois , notre route sinueuse en bordure de mer qui nous mène à Beyrouth , en arrivant , je vois notre « Akdeniz » à quai .
Il est 9 heures moins le quart quand je me présente à la sûreté nationale pour faire viser les passeports avec la voiture et la caravane en stationnement interdit …. Et la queue qui n’en finit pas … 20 minutes d’attente dans cette situation ! enfin , nous avons tout notre temps .
Nous entrons sur le port et la voiture ne veut plus rien savoir , l’embrayage se met en grève , un marin nous met d’autorité de l’huile ordinaire dans le réservoir , moyennant quoi nous réussissons à atteindre le flanc du bateau .
Il faut attendre l’ouverture de la douane pour pouvoir monter à bord , j’y monte vers 11heures , et m’installe dans la cabine , très joyeuse , je défais ma valise , bois un « normogastril » ( toujours ma phobie du mal de mer) , avec l’eau non potable du robinet …puis je monte sur le pont regarder l’embarquement de la voiture et de la caravane , c’est très lent …à se demander si ce n’est pas fait exprès …et pauvre Claude qui subit toute la chaleur de midi , à coté de sa voiture qu’il ne veut pas abandonner dans sa grande épreuve ! moi je suis bien , j’ai de l’air sur le pont . Un employé du C.N.T. ( conseil national du tourisme ) vient m’interviewer sur mes vacances au Liban …ça fait passer un moment . Je redescends à la cabine pour prendre la caméra pour filmer lz voiture au bout d’un fil …je me perds dans les couloirs …ça ne fait rien , ça occupe le temps ! je remonte sur le pont où j’assiste …enfin…au chargement de la voiture . Pour la caravane ils n’ont pas l’air
de savoir comment s’y prendre , et la cloche du repas a joué son air oriental , deux fois , et un serveur est venu me chercher …et j’explique par gestes à Claude qu’il faut aller manger …il finit par abandonner la pauvre caravane et nous nous précipitons , bons derniers , à la salle à manger , table à trois , nous déjeunons avec un libanais , je suis ravie , nous allons pouvoir demander des tas de choses sur le Liban .
Claude va donner un coup d’œil de temps en temps sur le quai …c’est épique , enfin nous quittons la salle à manger , à temps pour voir la caravane monter , littéralement suspendue à un fil …les miracles arrivent en terre sainte …c’est évident ….multiplication des pains …pêche miraculeuse …. je crois tout maintenant … je filme , mais un peu tard , sous le coup de l’émotion …et la caravane est solidement arrimée sur le pont , en plein air ! nous aurions pu coucher dedans ! …ouf …nous voici détendus et enfin près à nous laisser pénétrer par l’ambiance croisière : chaises longues sur le pont , soleil , mer calme , piscine …orchestre au bar de première .
C’est une merveilleuse après-midi , et me voilà rassurée , on ne s’ennuie pas sur un bateau : on rêve , on dort , on regarde la mer , on prend le thé à 5 heures , on se promène , on regarde les gens , on nage , on visite le bateau … On est aussi dans la cabine , enroulés autour du hublot …par lequel j’ai peur de tomber . Ce trou bleu et frais donne l’envie de nager dans cette eau violette si opaque .
Le soir le bateau roule un peu , je pense à ce que Monsieur Malek a dit « de Beyrouth à Alexandrie , c’est mauvais , on a toujours le mal de mer .
Nous dînons avec notre compagnon Libanais , nous prenons le café ensemble et nous parlons longuement , nous prenons conscience d’ une nouvelle minorité : les Arméniens qui semblent doués de touts sortes de qualités !
Nous restons une petite demie-heure sur le pont , dans la nuit fraîche où le bruit de la mer prédomine maintenant .
La mer possède ce petit bateau maintenant que « le sablier de la mer et du soleil s’est retourné »

