47d - Claude et les radars
Claude et les RADARS
Je n’ai pas l’intention de vous raconter mon service militaire et ses histoires de « troufions » , mais je voudrai vous faire part de ma rencontre avec les Radars !
N’ayant pas été retenu pour faire la formation d’ EOR , à cause d’une vision catastrophique ( astigmatisme) je fus sélectionné pour une formation de dépanneur radio , puis , grâce à ma licence de science envoyé à Pontoise pour devenir dépanneur de Radar .
L’armée de terre s’intéressait beaucoup aux Radar , non pas pour ses petits avions de ALAT ( aviation légère de l’armée de terre créée en 1954 ) mais plutôt pour surveiller les frontières et le champ de tir nucléaire de Régane .
Au lieu de partir en Algérie en octobre 58 , avec mes camarades de Villeurbane j’eus le privilège de prolonger mes stages en France à l’ESTT de Pontoise.
La vie à Pontoise était idyllique , les cours et les exercices pratiques très intéressant , et les loisirs nombreux .
La formation consistait à dépanner et à opérer sur deux types de radar : l’
ANTPS1D Américain
et Le COTAL fabriqué par Thomson .
Mon grand plaisir était de m’enfermer dans le radar Cotal et d’ inspecter le ciel de la région parisienne , à l’époque il n’y avait pas un gros trafic aérien et je détectai les avions autour du Bourget et d’ Orly , avions qui répondaient à mes interrogations IFF ( indentification amis ou ennemis ).
Le soir je prenais le train pour Paris , une vraie vie de patachon .
Mais les bonnes choses ont une fin .
Le commandant de l’ESTT de Pontoise , en nous remettant nos diplômes nous avertit : je connais les Transmissions , ils ne sont pas très futés , vous serez affecté n’importe où , et sûrement pas dans les RADAR , je vous demande de me prévenir .
Après une petite perm à la Riche , je pris la direction de Marseille .
Le 17 Décembre 1958 j’ embarquai sur le Sidi Ferruch à destination d’Alger .
La traversée fut terrible , une tempête mémorable de la méditerranée , les journaux racontèrent que tous les galets de la plage de Nice avaient été transportés sur la promenade des anglais !
Après deux jours de traversée l’arrivée à Alger n’était pas brillante , je ne pouvais pas porter mon sac confié à un gamin sur le port .
La surprise fut alors d’être embarqué sur un camion à destination de la 715ème compagnie de transmission d’ Aumale .
A Aumale je me vis attribuer les fonction de responsable du réseau téléphonique , tâche redoutable car les paquets de fils pendaient lamentablement le long des rues . Je me mis à fabriquer des faisceaux de fils par longueur de 100m et à les substituer au réseau existant . Cette tâche m’accaparait , mais de temps en temps je participai à des opérations dangereuses de protection de convoi .
Je me souvins alors de la recommandation du commandant de Pontoise : je pris ma plus belle plume : « Mon Commandant , comme vous l’aviez prévu je ne répare pas les Radar , je suis dépanneur téléphonique à Aumale » .
Ma lettre qui mit plusieurs jours pour parvenir au commandant entraîna un séisme à Aumale sous forme d’ un ultimatum :
« le caporal Josset doit rejoindre immédiatement la 106 CMT d’ Aouch Adda à Hussein Dey sous peine de sanctions » .
Le 20 Janvier 59 j’eus à peine le temps de rassembler mes affaires avant de monter dans un camion à destination d’Alger .
La caserne de l’Aouch Adda était presque un centre de vacances : chambrées ultra confortable , restaurant agréable , ateliers ultra équipés , et regroupement de techniciens de radio , de télécom d’ EDF … A part cette partie technique , la vie militaire comportait cependant des patrouilles en ville avec fouille de véhicules . Les hommes de troupe étant tous algériens , et pour la plupart habitant Hussein Dey .
Le dépannage des RADARS est passionnant , les schémas sont clairs , chaque étage électronique , a une seule fonction , ce qui facilite le dépannage avec les instruments de mesure et les oscilloscopes . Et il y toujours un professionnel de radio pour apporter ses connaissances . Il faut préciser qu’il s’agissait uniquement d’électronique « à lampe » .
Les Radar Cotal Thomson (Radar de conduite de tir ) que nous possédions n’ étaient pas couplés aux canons dont ils doivent normalement commander le tir . En envoyant les faisceaux au ras du sol on obtient une multitude d’ échos , une « herbe » sur l’écran , en poussant le gain au maximum on peut détecter au milieu de cette herbe des échos en mouvement : des hommes , des véhicules , du matériel .
Placés derrière la barrière électrifiée , les radar détectent ainsi les intrusions des hommes et des armes après destruction du barrage .
Pour les vacances d’été , Nelly , courageusement , embarque sa Dauphine Renault sur un bateau à Marseille et arrive à Alger , grâce à la femme de Monsieur Gérin , prof d’allemand à Tours , parente de Madame Hartman , directrice d’école à Hussein Dey , nous pouvons occuper son logement de fonction inoccupé .
Grâce à De Gaule qui décrète l’amnistie générale pour les fautes des militaires du contingent , je suis promu Caporal Chef , puis Sergent .
Fin septembre je peux accompagner Nelly en France avec une cabine sur le bateau .
En Novembre , un Dimanche , étant Sous-officier de permanence je laisse sortir les tôlards quelques heures pour rendre visite à leur famille à Hussein Dey , une indiscrétion ou plutôt une dénonciation me vaut un arrêt de rigueur à la caserne .
Pour échapper à la punition , je me porte volontaire pour prépares les Radar Cotal qui vont suivre le nuage radioactif de la première explosion atomique de Régane .
Le camion atelier dont nous disposons est un vieux GMC poussif , et avec seule protection pour le chauffeur une petite toile accrochée au pare-brise .
L’automne est arrivé en Algérie , ce qui signifie pluie diluviennes . Je construis une cabine avec deux panneaux latéraux en plexiglass , protection qui se révèlera illusoire dans les tempêtes de neige des hauts plateaux .
Pour descendre vers le sud on doit s’ intégrer à un convoi protégé . Nous partons sous la pluie , dans un convoi de camions Renault tout rutilant , mais notre vitesse maximale étant de 60km/h , tous les camions nous doublent à 80km/h , Nous devons voyager seuls , Nous rangeons nos 3 mitraillettes dans le coffre et attaquons les premières pentes de l’atlas par les gorges de la Schiffa . La neige entre dans la cabine exigue , nous sommes transis , et je propose de voyager à l’arrière dans la cellule atelier , confortablement installé sur une pile de couverture
Au début j’ ai un peu mal au cœur , mais devant l’ impossibilité de communiquer avec le conducteur pour un arrêt éventuel , la raison l’emporte et le malaise se dissipe .
De l’arrière du camion j’assiste à une scène comique : un haut gradé dans une superbe voiture avec des fanions tente de nous doubler ; notre conducteur n’entend rien compte tenu du vacarme du moteur du GMC poussé à bout , l’officier tente le passage et tombe dans un trou rempli de boue et disparaît complètement , nous ne l’avons jamais revu .
Il fait nuit depuis longtemps lorsque nous arrivons à Laghouat , après 450 km parcouru en 12 heures .
Nous sommes bien reçus mais aucun officier ne consent à nous délivrer un bon d’ essence pour continuer , depuis Alger nous avons consommé 250 litres d’essence , nous nous cotisons pour acheter 200l à la station d’essence ( 5000 f).
Il va falloir économiser car il nous reste 420km jusqu’à Ouargla , la route est un vrai billard et bonne surprise à Ghardaia des militaires nous refont le plein . Nous prenons le temps de visiter cette magnifique oasis , la guerre d’Algérie y apparaît très lointaine .
A Ourgla , nous sommes très bien accueilli par les aviateurs qui habitent avec leur familles dans des immeubles avec des climatiseurs à eau . Nous faisons un repas mémorable concocté par la femme du Chef Dépanneur du Centre Météo , elle nous avoue qu’elle ne sait pas si elle pourra tenir le coup l’été prochain .
Le Radar Cotal est en piteux état : le sable rentre partout même dans les boites étanches , les collecteurs des commutatrices 400 hertz sont bouffés par le sable , nous bricolons et règlons pour le mieux ces engins qui doivent suivre le nuage radioactif de l’explosion atomique qui doit avoir lieu en février .
Je dors dans le camion atelier , chauffé par une résistance de fer à repasser , car dans la nuit la température descend à moins 5 degré . Nous sommes admis à manger au mess des officiers , un restaurant 4 étoile !
Pour nous promener sur le site nous avons une 403 camionnette avec laquelle nous nous entraînons à la conduite sur le sable .
Nous nous octroyons une pause pour visiter Hassi-Messaoud , Au passage nous nous arrêtons près d’ un forage où nous sommes autorisés à monter sur la plate-forme nous assistons à l’assemblage du train de tige avec la dextérité inouie de l’équipe de forage . et à la remontée complète des tiges et du trépan .
L’arrivée à Hassi-Messaoud , Maison verte , est comme un mirage : des bungalows entourés de verdure ou l’eau coule à flot , un immense restaurant ou on nous offre des fruits de mer , des vins fins de France , ….un rêve de verdure au milieu du Sahara !
Mais tout a une fin et nous reprenons la route d’ Alger . Dès que nous retrouvons les hauts plateaux , c’est à nouveau la pluie et la neige , et la piste caillouteuse nous cisaille les pneus , sur les 8 roues arrière nous n’en n’avons plus que 5 à l’arrivée à Alger .
La mission a été remplie et on ne me parle plus de la punition infligée avant mon départ .
La « quille » qui semblait inaccessible et lointaine arrive enfin .
C’est avec un pincement de cœur que je quitte les copains , tous sursitaires et tous un peu déboussolés par la durée de 27mois du service : Comment se réinsérer dans la vie civile… ?
Un certain nombre d’ appelés sursitaires de 25 ans , envisagent de s’engager , tellement la vie civile les angoisse après 2 ans et demie d’armée
Un mois après mon retour , la première bombe atomique était expérimentée à Régane .
Le tir Gerboise bleue se distingue nettement par sa puissance (trois fois celle dégagée lors du bombardement d’Hirochima )
Les vents ont porté des retombées radioactives sur 100 à 300kilomètre














